La crise économique qui a secoué le Cameroun dans les années 1990, a eu d’importantes conséquences socio-économiques dont l’augmentation du chômage des jeunes, la défaillance des pouvoirs publics dans la gestion de la cité, et notamment dans la gestion des déchets des ménages. C’est ainsi que la collecte des ordures ménagères qui était jusqu’alors une tâche dévolue à la mairie, n’était plus assumée par celle-ci. Les poubelles spontanées naissaient un peu partout, et la ville croupissait dans un état d’insalubrité indescriptible. La population n’avait plus confiance aux pouvoirs publics. Aujourd’hui, les ordures collectées sont jetées dans un dépotoir sauvage et notamment sur les flancs d’une colline située à 7 km de la ville de Bafoussam. C’est dans ce contexte que le CIPCRE (Cercle International pour la Promotion de la Création), s’est engagé depuis une dizaine d’année, dans l’assainissement de la ville de Bafoussam.
Il s’est agi dans l’ensemble, d’organiser la collecte des ordures ménagères par quartier, de les traiter sur des sites appropriés et de les transformer en un engrais biologique : «le compost», aujourd’hui véritable contribution à la lutte contre la pauvreté des sols, la baisse et la qualité des rendements. Cette opération est aujourd’hui conduite par des femmes et des hommes, volontaires, organisés en GIC (Groupe d’Initiative Commune). Ces groupes couvrent quatre zones de la ville de Bafoussam (Banengo, Bamendzi, Ndiandam, Kouogouo).
Activités menées
Les principales activités conduites mars par ces GICs de composteurs sont : la collecte, le tri des déchets et la production du compost. Par ailleurs une place de choix est accordée à la sensibilisation des ménages à la participation à ce travail d’assainissement de leur cadre de vie. Plusieurs ménages de ces quartiers ont été formés à la fabrication du compost à partir de leurs déchets. Sur tous les sites, ces GICs ont mis sur pied des parcelles de démonstration en vue de promouvoir l’agriculture biologique. On y observe surtout les cultures maraîchères. De nombreux paysans et fleuristes ont également utilisé avec succès le compost sur les cultures suivantes :
- Pomme de terre
- Oignons, maïs,
- Légumes vers,
- Bananier plantain
- Fleurs |
|
|
De janvier à juin 2006
On peut estimer à 238 m3 la quantité d’ordures collectées par les GICs, et à 27,8 tonnes la quantité de compost produit. De plus en plus de personnes comprennent les enjeux autour de la productivité des terres agricoles et de la protection de l’environnement et utilisent de ce fait le compost, qui a des qualités exceptionnelles : il restaure les sols, augmente les rendements et est exempt de tout composé chimique. Aussi, la production du compost s’avère une véritable activité génératrice de revenu, car à Bafoussam, le sac de compost est vendu à 1500 Frs.
Difficultés rencontrées
|
|
L’utilisation depuis de longues années des engrais chimiques, n’a pas facilité l’acceptation du message sur l’adoption ou l’association du compost à ces engrais. Le contexte de pauvreté et de recherche effrénée de gain emmène les paysans à accepter plus facilement les engrais chimiques. Par ailleurs, la modicité des moyens des GICs ne leur permettent pas d’étendre leurs activités dans toute la ville : la collecte des ordures se fait au porte tout ; l’amélioration de la qualité du compost s’obtient par l’utilisation d’un broyeur, outil que ces GICs n’ont pas : l’enlèvement des refus (ordures non bio dégradables qui s’amoncellent sur les sites) demeure problématique, car un GIC peut débourser parfois jusqu’à 150 000 mille francs, afin que les camions de la mairie passent évacuer ces refus.
Cependant, il y a deux mois, l’arrivée de la société Hysacam a coïncidé avec les négociations entamées entre le réseau des GICs de |
composteurs, le PACDU et la mairie, au sujet de l’évacuation des refus.
Au terme de celles-ci, Hysacam a accepté de les enlever gratuitement ou mieux «naturellement».
Compte tenu de l’engouement que certains quartiers ont par rapport au compostage de leurs ordures, le CIPCRE continuera à appuyer les GICs, notamment pour une plus grande implication de tous les habitants à l’assainissement de leur cadre de vie, une plus grande promotion du compost, à travers la création des parcelles de démonstration dans les villages, une sensibilisation continue des populations sur la protection des sols, et la recherche d’une solution durable à l’enlèvement des refus sur les sites, car la société Hysacam travaillerait actuellement sur un mandat à durée déterminée.