La démographie de l’ouest évolue à un rythme exponentiel. On compte à peu près 250 à 300 habitants au km². Ce qui pose un véritable problème d’espace réservé aux cultures. En plus, ces espaces exploités depuis des décennies n’ont pas été mis en jachère jusqu’ici. D’où le problème de réduction des rendements dû à la baisse de la fertilité naturelle. En vue de renforcer les rendements, les engrais chimiques et pesticides sont de plus en plus utilisés et de façon incontrôlée. Les conséquences directes de cette situation sont l’intoxication des produits offerts sur le marché par les agriculteurs, lesquels produits toxiques entraînent la prolifération de plusieurs types de maladies au sein des populations, le problème de l’acidité et de la salinité des sols. De plus, les conflits tribaux en vue de la conquête de nouveaux espaces sont de plus en plus récurrents. Il en va de même pour les conflits entre les éleveurs et agriculteurs.
Devant cette situation, le CIPCRE n’est pas resté indifférent. Il y a plus d’une dizaine d’années qu’il apporte des appuis à ses partenaires notamment les unions paysannes, en vue de renforcer leurs intérêts stratégiques et leurs besoins pratiques. Ce faisant, dans sa mission de promouvoir un développement durable, un accent est mis sur la stratégie d’approche, la qualité des produits et les techniques utilisées. C’est ainsi que le projet de production et commercialisation d’oignons de l’union Madzong La’azizi et le projet de production et commercialisation des semences améliorées de maïs de l’union Madzong kwanno de Galim illustrent cette nouvelle approche.
La semence améliorée de maïs constitue le point de départ de tout projet de production de maïs de consommation, compte tenu des difficultés que rencontrent les paysans de Galim, (grands producteurs de maïs) et ses environs à s’en approvisionner à l’Institut de Recherche Agricole et de Développement (IRAD) du Nord Ouest (distance, frais de transport, le coût du kg, les quantités,…) l’union Madzong Kwanno s’est donnée pour objectif de couvrir 70% à 80% des besoins en semences de maïs de sa localité.
L’oignon quant à lui, est un produit très prisé par toutes les populations de la province. Jusqu’ici, c’est le grand Nord qui ravitaille le marché de l’Ouest en oignons et à un coût plus ou moins abordable en saison sèche. Cependant, il coûte excessivement cher lorsque les pluies sont abondantes. Pourtant, les conditions climatiques ainsi que le sol de la localité de Bangang dans les Bamboutos, sont favorables à la culture d’oignon. En plus, l’oignon se cultive en 2 cycles l’année et se commercialise toute l’année. Ceci à cause de ses qualités nutritionnelles et médicinales. C’est au regard de toutes ces facteurs que l’union Madzong La’azizi de Bangang s’est fixée pour objectif de satisfaire 85% des besoins des populations en oignons à partir de décembre 2006.
En marge des appuis financiers régulièrement apportés par le CIPCRE auprès de ses partenaires, l’originalité de ces deux projets mobilisateurs (projet de culture d’oignon et semences améliorée de maïs) réside dans son approche technique. Concrètement, il a été question d’amener les paysans à utiliser essentiellement les fientes de poule comme fumure de base associées au compost comme fumure de fond. En plus, des parcelles de pépinières de calliandra ont été mises sur pied dans chacune des unions en vue de permettre la fertilisation permanente des parcelles exploitées. En effet, les feuilles de calliandra apportent de l’humus au sol tandis que ses racines enrichissent et fixent l’azote dans le sol. Cette technique de fertilisation organique permettra de restaurer les terres. Elle vient résoudre le problème crucial d’espace qui se pose dans la région. Ce système ainsi mis en place est non seulement un système durable de fertilisation organique mais permet également de lutter contre l’utilisation abusive des engrais chimiques et contre l’érosion. Deux grands défis sont à relever : le défi de la couverture à grande échelle, et le défi d’auto-portance.
De caractère pilote, au départ, les projets mobilisateurs des unions partenaires du CIPCRE ne seront pérennes que dans la mesure où elles parviendront, chacune dans sa localité, à satisfaire la demande des populations. L’indice de vérification se trouve au niveau du taux de couverture du marché par les produits venant du grand nord du pays.
Concernant le défi d’auto-portance, il est question pour les unions de parvenir à financer elles-mêmes leurs projets au bout de cinq ans. De même, il sera aussi question pour ces unions de prouver leur maturité à travers la diversification des projets générateurs de revenus.
En tout état de cause, les indices observés dans le cadre des évaluations à mi-parcours desdits projets mobilisateurs ne nous laissent pas envisager le pire. Sinon nous restons convaincus que ces projets porteront et que l’exemple sera copié par plusieurs GIC et unions paysannes de la province de l’ouest, voire des autres provinces qui disposent des mêmes atouts. N’est ce pas là un exemple concret de promotion des produits agricoles sains et biologiques ?