|
Les paysannes et les paysans de l’Union MADZONLA’AZIZI de Bangang ont organisé le 11 octobre 07, en collaboration avec la Cellule Genre et développement du CIPCRE, une journée d’activités pour commémorer la journée mondiale de la femme rurale. Près de cinq cents personnes ont participé de bout en bout à cet événement : les autorités administratives, traditionnelles, politiques, religieuses, les encadreurs du monde rural, les ONG et partenaires, une délégation du Département Missionnaire Suisse, et des curieux ! L’une des plus importantes activités de cette journée fut la table ronde.
Une table ronde pour repenser la participation de la femme au développement communautaire
Le thème adopté pour l’occasion était : « EFFORTS DE PARTICIPATION DE LA FEMME BANGANG AU DEVELOPPEMENT COMMUNAUTAIRE ». Ces efforts, les paysannes et les paysans de Bangang les ont démontrés à travers une table ronde préparée et présentée par les membres l’Union.
Prendre en main son destin ou mourir !
Telle semble être la substance des quatre interventions prononcées au cours de cette table ronde par trois femmes membres de l’union (dont la présidente du réseau des femmes de l’arrondissement de Bangang et Déléguée de union, la Déléguée du Gic AGROFOBA, la Déléguée du Gic ENTENTE et le Délégué Départemental de la Promotion de la Femme et de la Famille (représentant la Déléguée Provinciale). Ces interventions ont porté successivement sur l’Union, sa vie et ses grandes réalisations, sur les principales difficultés spécifiques des femmes dans le développement communautaire, et enfin sur les perspectives et stratégies réalistes et envisageables pour une meilleure participation de la femme et de l’Union au développement communautaire.
Sur l’Union, nous avons appris qu’elle a 15 années d’existence et comprend 20 Gic actifs, représentant environ 600 personnes dont 75 % de femmes. Elle a réalisé sous l’accompagnement du CIPCRE, de nombreux projets durables : techniques durables d’agriculture (fertilisation organique, plantation des légumineuses, reboisement, marcottage…), plantes médicinales, approche genre avec la participation de tous les membres de la famille aux différentes tâches, ce qui a rehaussé depuis peu la qualité du travail au sein de l’Union, et les formations diverses…L’Union est devenue depuis 2003, le point focal de production de la pomme de terre, et est en train d’accomplir de sérieux progrès en matière d’oignon pour pouvoir obtenir un statut semblable.
Les difficultés spécifiques de la femme Bangang commencent par la surcharge socio-familiale et la passivité des conjoints face aux responsabilités familiales. Elle se lève tôt et se couche tard, ne se reposent pas suffisamment. Elle effectue parfois seule les travaux champêtres, ménagers, assiste et suit les membres de la famille malades ; elle ne possède pas les moyens de production suffisants et adaptés. Cependant elle reconnaît être mieux formée aujourd’hui qu’il y a dix dans plusieurs domaines, et maîtrise mieux son milieu de vie. Ses autres faiblesses sont relatives à la faible capacité de marketing de ses produits, le médiocre niveau d’information sur les projets et programmes de financement des initiatives paysannes, de la mise en réseau, l’organisation approximative en matière de vente groupée, le manque d’outils de transformation des produits…Malgré ces difficultés, les paysannes et les paysans Bangang envisagent l’avenir avec beaucoup de réalisme et d’espoir. C’est ainsi que parlant de son avenir, l’union envisage de renforcer ses capacités dans les domaines des techniques de production modernes durables, dans la planification de la production (quoi produire et quand produire). La mise sur pied d’un marché de produits biologiques est également une préoccupation que l’Union considère comme noble et urgente, compte tenu de la demande ; le perfectionnement en culture d’oignon et le maintien du leadership en matière de pomme de terre ont clos ce levé de voile sur l’avenir de l’Union.
L’intervention du Délégué de la Promotion de la femme et de la famille est venue mettre un peu de bémol aux plaintes et difficultés des femmes. Une véritable mise en relation s’est établie à partir de cette intervention entre la délégation et l’Union (car les femmes de l’Union et l’Union elle même n’avaient pas encore auparavant eu de contact avec le Délégué. Avant de répondre aux 7 questions à lui posées, le Délégué a félicité l’union pour les progrès accomplis en matière de genre et développement, et a encouragé l’Union à continuer la promotion du Genre sans forcer, malgré les pesanteurs socioculturelles qu’il connaît bien du milieu. Il s’est déclaré le meilleur défenseur des femmes à tous les niveaux, et a reprécisé son rôle essentiel : la recherche de solutions idoines aux problèmes de la femme. Il a cependant relevé la faible représentativité de Bangang aux formations et aux rendez-vous au niveau de l’arrondissement et de la province. La particularité de son intervention a été l’information donnée aux femmes sur les différents programmes de financement qui existent à l’Ouest pour soutenir les projets paysans : le Sous-programme de Réduction de la Pauvreté à la Base, qui est une subvention pour les activités agro-pastorales, peut aller jusqu’à 10 millions ; le Programme d’assistance financé par les fonds PPTE, le fonds rotatif du MINPROF qui a remplacé l’ancien Programme Genre et qui est devenu une véritable subvention. Il a donné les conditions très favorables d’accès à ces programmes et a invité les femmes séance tenante à y présenter des projets. Le délégué a terminé son intervention en prenant acte de la demande formulée par les femmes sur les techniques de transformation des produits locaux.
Le débat a été ouvert à toutes et à tous, et de nombreuses questions, réflexions et comparaisons sont venues enrichir sur le fond le contenu de cette table ronde.

|