Les perturbations climatiques ont sérieusement compromis les rendements agricoles dans la région de l'Ouest. Ces perturbations sont dues, entre autres, au recul de la végétation arborée, à l'érosion des sols et à une utilisation incontrôlée des terres agricoles et des pâturages. La recherche du bois-énergie et des terres agricoles pour satisfaire les besoins d'une population très dense (plus de 250 habitants au km²) et galopante a entraîné la mise en culture des zones à écologie fragile, la destruction des formations végétales spéciales telles que les forêts-galeries, les forêts sacrées et les raphiales ainsi que la disparition des espèces locales fruitières et médicinales à haut potentiel nutritionnel et économique.
L'on constate de ce fait que la destruction du couvert végétal par les actions anthropiques est amplifiée par l'accès différentiel des hommes et des femmes aux ressources ligneuses et aux produits forestiers non ligneux. En effet, dans la tradition locale, seul l'homme a accès aux arbres et à leurs produits. Dans ces conditions, les femmes manquent d'intérêt pour la plantation des arbres ainsi que pour leur présence dans les systèmes agricoles.
Outre les conséquences sur l'environnement en général et sur le climat en particulier, la disparition du couvert végétal a engendré une baisse de la production agricole, une diminution des revenus des populations rurales, qui éprouvent des difficultés à accéder aux intrants agricoles. De plus, la question du changement climatique est méconnue des populations à la base en raison de l'accès difficile à l'information. Cette situation amène les populations locales à expliquer les perturbations climatiques observées ces dernières années par des croyances mystico religieuses localement répandues. Par exemple, la population croit ici que l'abondance des précipitations et/ou le prolongement de la saison sèche sont une manifestation de la colère ou de la bénédiction de Dieu ou alors sont le signe précurseur de l'année prévue pour certaines pratiques initiatiques et/ou la sortie rituelle de certaines sociétés secrètes.
Ainsi, les populations de la région de l'Ouest-Cameroun dans sa grande majorité ignorent complètement le lien de cause à effet qui existe entre les activités de l'homme et le changement climatique. De ce fait, il n'est pas étonnant que ces populations continuent, dans l'ignorance la plus totale, à développer des activités qui contribuent aux émissions de CO2 et des autres gaz à effet de serre.
La première rencontre de planification qui s'est tenue au domicile du chef de quartier de Mbeye II a connu la participation de 15 agriculteurs et éleveurs dont 5 femmes. Les participant(e)s à la rencontre représentaient 5 villages du groupement Bagam qui ont été sélectionnés comme villages pilotes pendant la phase d'identification des bénéficiaires. Il s'agit de Mbévé II, Ngoyo, Menfong Centre, Tsinegha et de Tsuetap. Il est important de préciser que pendant la phase d'identification des bénéficiaires, les agriculteurs et les éleveurs ont été rencontrés séparément. Ces rencontres ont permis de présenter le projet à chacune des communautés, d'analyser avec eux le contexte environnemental de ses activités, de lancer un regard sur l'état des relations avec la communauté voisine et d'échanger sur les possibilités de collaboration entre les deux communautés. Cette phase préliminaire a permis de préparer la deuxième rencontre de planification qui a été organisée par la suite.
L'ordre du jour de cette rencontre a porté sur la présentation des activités du projet changement climatique, la planification des activités à mettre en œuvre dans le cadre du projet et la stratégie de mobilisation des populations pour les différentes activités.
Animé par le personnel technique du CIPCRE, cette rencontre a permis de définir et d'arrêter de façon participative un plan de travail pour la réalisation des actions concrètes dans les cinq villages identifiés. Ces actions concrètes sont : la sensibilisation sur les changements climatiques, la plantation des arbres fruitiers dans les exploitations agricoles, la formation et la création des parcelles de démonstration de la fertilisation des sols par le parcage nocturne des bœufs, l'amélioration du pâturage, le compostage des résidus agricoles et la sensibilisation contre les mauvaises pratiques de feux de brousse.
Concernant la mobilisation des participants pour les différentes activités, les chefs des différents villages retenus ont accepté d'assurer le relais de la communication entre les bénéficiaires et le CIPCRE.