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Gestion des ressources naturelles :

L'enjeu de la régionalisation

Par Fidèle G. HIEN

Nous vous proposons ici, une excellente réflexion relative aux hésitations des politiques lorsqu’il faut appliquer la décentralisation et l’intégration régionale en matière de gestion des ressources naturelles. Son auteur, qui est chercheur à l’Institut de l’Environnement et des Recherches Agricoles (INERA) du Burkina Faso, estime que le respect de ces deux exigences est le passage obligé pour un développement durable. Une conviction qui, au-delà du cas spécifique de son pays, est pertinente pour la quasi-totalité des pays africains.

'L’économie du Burkina Faso comme celle bien d'autres pays du Sahel, repose sur l'agriculture et l'exploitation des ressources naturelles. La dégradation des conditions climatiques qui y prévalent depuis maintenant trois décennies rend la survie des populations rurales encore plus aléatoire et leur dépendance vis-à-vis des ressources de l’environnement encore plus forte. Cela aboutit à une sorte de cercle vicieux dans lequel la pauvreté et la dégradation de l'environnement se tiennent étroitement. L'agriculture burkinabé évolue malheusement dans ce cercle destructeur, parce que, pour l’instant, on n’a pas su ou pu maîtriser à une échelle significative les facteurs qui déterminent la stabilité de la production et sa durabilité : l’eau et la fertilité des sols.

Le Burkina Faso a pourtant développé très tôt des initiatives dans la gestion des ressources naturelles et dans la vulgarisation agricole, avec l’appui de partenaires bilatéraux et multilatéraux comme la Banque Mondiale. Si ces programmes ont tous eu pour souci d’impliquer la participation des populations "bénéficiaires"-ce pays fut l’un des pionniers des approches participatives dans le domaine de la foresterie rurale par exemple-aujourd’hui, les résultats demeurent désespérément en de-çà des attentes des acteurs : le système de vulgarisation agricole conduit sous la houlette de la Banque Mondiale s’est révélé un échec en même temps que la Recherche Agricole s’interroge sur l’avenir de la démarche classique du "transfert de technologies", à un moment où les programmes d’ajustement structurel viennent imposer aux Etats qui les acceptent, des restrictions dans les politiques de gestion des ressources internes. On voit ainsi réapparaître des projets de gestion des ressources naturelles et même des projets de développement agricole qui versent davantage dans les shows politico-médiatiques, en s’entourant plus de concepts ronflants qu’ils ne s’appuient sur les connaissances et les capacités endogènes.

Décentraliser, mais

"sauver le gombo"

L’impression qui se dégage des grands projets nationaux de développement agricole ou de gestion des ressources naturelles est que leur conception fait des populations "bénéficiaires" l’un des maillons essentiels de la décision ou de la mise en œuvre. Cela est généralement la condition pour faire passer les projets auprès des bailleurs ; mais au moment de les mettre en œuvre, il y a comme une peur due au fait que donner trop de pouvoir à ces paysans pourrait entraîner la disparition de la classe des concepteurs de projets, c’est-à-dire les Services Techniques de l’Etat.

Il en est ainsi du processus de décentralisation dans ce pays. C’est l’un de ceux qui sont cités comme modèle en Afrique de l’Ouest. Le système d’administration du territoire superpose ainsi entités administratives et collectivités décentralisées : le Village, la Commune Rurale, le Département, la Commune Urbaine, la Province et même la Région (qui regroupe plusieurs provinces). Après bientôt cinq ans de mise en œuvre du processus de décentralisation, seules les Communes urbaines ont appliqué le principe d’autonomie de la gestion financière. Les provinces, appelées à devenir des collectivités décentralisées, continuent d’être considérées comme des entités administratives. Quant à la régionalisation, elle semble encore bien trop lointaine : un projet de loi introduit à l’Assemblée Nationale dans ce sens a été retourné au Gouvernement pour défaut de maturité. L’Etat, à travers ses institutions, donne l’impression d’avoir peur des conséquences du processus de décentralisation.

Or, dans le domaine de la gestion des ressources naturelles, il est avéré que les solutions les plus durables sont celles qui ont obtenu l’adhésion consciente des premiers acteurs eux-mêmes, c’est-à-dire ceux qui dépendent en premier lieu des ressources naturelles pour leur existence ; ceci, à condition qu’on accepte que ces derniers s’assument véritablement. C’est un constat que, en ce qui concerne les ressources naturelles, les politiques et les projets peuvent être "bien ficelés" au niveau central de l’Etat et souffrir dans leur application, en raison d’une insuffisance de motivation des acteurs locaux ; parce qu’il s’agit, quoiqu’on dise, d’une question d’intérêt mais aussi de liberté, deux notions fondamentales pour le développement d’une communauté, d’une nation. Si la décentralisation, vise donc à renforcer les capacités des collectivités à décider de leur sort, à réaliser leur développement à partir des ressources qu’elles mobilisent, l’autonomie de gestion devrait s’appliquer, au-delà des finances, à l’ensemble des ressources naturelles locales.

 

L’intérêt étant une notion stratifiée, allant de l’individu à la nation en passant par la communauté de base à laquelle appartient l’individu, la décentralisation ne peut se construire que selon le principe qui veut qu’on ne mobilise les acteurs du développement que sur la base de leurs intérêts respectifs. L’engagement de ces acteurs sera fonction de la proximité (par rapport à chacun d’eux) des intérêts en jeu. C’est pourquoi il ne sert pas à grand-chose de considérer sur le papier les intérêts d’un acteur lorsque dans les faits il ne lui est pas laissé le pouvoir, c’est-à-dire la liberté, de les réaliser vraiment. Malheureusement, depuis 5 ans, de nombreux textes d’application relatifs à la gestion décentralisée des ressources naturelles sont en souffrance d’adoption.

Cette rétention des pouvoirs publics serait liée au souci "d’aller par étapes", bousculés qu’ils sont par les changements technologiques et la mondialisation toute puissante, que nous risquons bien de nous retrouver suspendus, au vrai sens du terme, entre ce qu’on peut appeler un statut de Nation ayant les moyens de son existence et celui d'une communauté de consommateurs sans repères qui dépend des autres en tout. A cet égard, il paraît urgent d’aller franchement à la décentralisation, avec toutes les conséquences que cela suppose, de façon à mobiliser durablement, parce que librement, les intérêts des différents acteurs et à canaliser les énergies ainsi mobilisées vers le développement de l’homme et de la communauté.

Dans le cas du Burkina Faso, la "régionalisation" est une étape supérieure de la décentralisation qui ne pourra qu’en renforcer les résultats. En effet, l’impact de l’effort de développement des individus et des collectivités dépend essentiellement, au-delà de la liberté d’entreprendre, des ressources naturelles, économiques et humaines à partir desquelles on peut créer des richesses. De sorte que la viabilité du développement local se pose d’abord en termes de ressources. Or, dans le découpage du pays (274.000 km²) en provinces, bon nombre d’entre elles sont loin de répondre aux critères de capacité et de disponibilité des ressources qui constituent la base du développement local. Cela est encore plus vrai depuis un certain découpage de 1997 créant 45 provinces et qui correspond davantage à une redistribution de fiefs électoraux qu’à un instrument de développement local. Dans le cas d’espèce, le regroupement des provinces en régions s’imposera donc d’elle-même, si on conçoit l’approche du développement à partir de l’individu et de la communauté en donnant le maximum de chances à chaque entité de se réaliser et de réaliser la nation.

L’intégration Régionale inquiète les agriculteurs. Depuis le 1er janvier 2000, les Etats de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) ont procédé au démantèlement de leurs barrières douanières et à l’application d’un Tarif Extérieur Commun. Il s'agit d’une première en Afrique sub-saharienne qui mérite d’être saluée. Cependant, il faut reconnaître que le niveau de préparation des opérateurs économiques en général et des agriculteurs des pays membres en particulier est extrêmement variable.

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