ECOVOX

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Barre Ecologie pour tous

Zones à écologie fragile :
Que faire en cas de glissement de terrain ?

Par Jules TALOM et Augustin NGOMSEU

 

Le village Banefo, situé sur la Nationale n° 2 Bafoussam – Foumbot, point kilométrique 10, a été récemment le théâtre d’un important glissement de terrain . L’impact environnemental de cette catastrophe, ainsi que sa fréquence dans les zones à relief (comme l’Ouest-Cameroun) ont amené la rédaction d’ECOVOX à saisir deux spécialistes – un ingénieur agronome et un ingénieur des mines et de la géologie aux fins d’identifier le phénomène et d’y proposer des solutions alternatives.

Le spectacle écologique que la zone sinistrée offre est tout simplement terrifiant : un réservoir naturel d’eau souterraine situé dans une zone intensément fracturée avec un guidage du sous-écoulement par un système de fracturations qui traversent l’axe routier ;

- une partie d’eau qui échappe à ce guidage ; d’où les suintements observés dans le caniveau de la route, dans la buse qui la traverse et le long des berges du glissement ;

- deux failles au niveau du front du glisse-ment qui se confondent en une seule en aval de la ligne de démarrage de l’effondrement ;

- une zone de rupture de perte avec une vallée jusque-là sèche ;

- la présence d’une source avec un débit approximatif de 7 litres par seconde ; issu d’un sous-écoulement observé qui se situe au contact des formations de couverture et du socle gneissique ; d’une extension longitudinale du glissement sur environ 400 m ; extension latérale d’environ 30 m au point de départ, 26 m à l’amont, 7 m, puis 1 à 2 m à l’aval avec une profondeur maximale d’environ 10 m sur une berge puis 12 m sur l’autre ;

- de l’amont vers la zone encaissée de la colline, lieu du glissement, la profondeur de la couche du sol augmente ; les filets d’eau souterraines qui circulent plus ou moins facilement selon la porosité et les fissurations du sous-sol sur l’argile compacte se sont déplacés latéralement en suivant la pente de la couche imperméable jusqu’au lieu de la catastrophe : zone de l’entrave à la circulation des eaux souterraines dans les drains que constituent les deux fractures repérées et plus précisément au point de jonction des deux failles, ce qui a considérablement augmenté la pression d’eau dans les drains.

L’épaisseur de la terre ne pouvant plus résister, le barrage cède sous le poids des eaux avec un transdéborde-ment des failles. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase étant vraisemblablement la grande pluie de la nuit du 26 au 27 octobre 1999 avec un temps de réponse d’environ 24 heures. La stagnation des eaux derrière le barrage a dû entraîner une sursaturation des couches superficielles, riches en matières organiques ; celles-ci ont dû subir une putréfaction d’où les odeurs senties par les premiers à arriver sur le lieu du sinistre, odeurs du reste très localisées dans l’espace et dans le temps.

Conséquences pour l’avenir

Les conséquences à craindre pour l’avenir sont nombreuses :

- le comblement du caniveau d’eau du côté droit de la route Bafoussam – Foumbot et la dégradation conséquente de la chaussée par les eaux , suite à un écoulement progressif des matériaux à partir du réservoir naturel (en saison pluvieuse notamment) ;

- la perte de cohésion et l’entraînement progressif des matériaux du sous-sol et même du goudron vers le bas côté de la route ou alors un affaissement progressif de la route à ce niveau ;

- l’écoulement souterrain sous la chaussée (à l’extérieur ou à l’intérieur des multiples fractures qui traversent la chaussée) ;

- la perte de la diversité biologique due aux transports divers et à l’enlisement des végétaux ;

- la pollution des eaux des bas fonds par les déjections des argiles issues du glissement ;

- la perte des cultures présentes sur le terrain (haricot, bananes, palmiers, taro, raphia, etc.) et des superficies cultivées.

Que faire ?

Pour minimiser les effets de cette catastrophe ou des autres catastrophes de même nature, une approche globale et participative est nécessaire. Cette approche doit associer la population dans la définition des causes et des solutions à ce problème d’effondrement. En effet, les services publics, les ONG, les administrations doivent rencontrer les populations de la zone, afin de leur restituer les rapports des différentes missions d’évaluation de terrain réalisées ; les solutions locales et externes (celles des techniciens) doivent être mises ensemble pour opérer un choix définitif des solutions à développer, pas seulement dans la zone du glissement, mais, dans toutes les régions où l’on retrouve des zones à écologie fragile.

D’autres grandes mesures pouvant être envisagées sont les suivantes :

- disposer d’une volonté politique ferme de protection des zones à écologie fragile ;

- définir, délimiter et caractériser clairement ces zones avec des justifications économiques, écologiques et culturelles (pour la zone du glissement, les limites pourraient être de 400 m de part et d’autre autour du lieu de la catastrophe) ;

- créer un cadre institutionnel approprié de protection des zones à écologie fragile. Ce cadre pourra définir une mise en défens totale ou partielle de la zone, l’efficacité de la mise en défens devant se faire après des mesures compensatoires ou de substitution ;

- définir, en fonction des risques naturels évalués, des dispositions tendant à organiser les populations pour une auto défense en cas de catastrophe naturelle ;

- empêcher les populations de construire des maisons d’habitation dans ces zones à écologie fragile ;

- sensibiliser les populations riveraines sur la nécessité de protéger leur environnement ;

- développer et mettre en place des actions de conservation et de protection des sols dans ces zones. Parmi ces actions, nous pouvons citer : la confection des ouvrages anti-érosifs : construction des murettes ou micro- barrages comme des gabions dans les ravins encaissés laissés par l’effondrement ; le renforcement des gabions présents sur 15 m au niveau de la route ; l’aménagement des canaux ou drains d’évacuation des eaux de la route vers les bas fonds ; le confectionnement des haies vives de stabilisation avec des espèces qui ont des racines profondes comme le vétiver, l’eucalyptus, etc. ; l’introduction des arbres d’accompagnement en amont des bandes anti-érosives ; les boisements intenses de ces zones avec des espèces écologiques et économiques voulues par les populations.

Dans toutes les régions riveraines des zones à écologie fragile, un développement des pratiques agrofo-restières doit être fait : jachères améliorées avec des arbres ou arbustes légumineuses à racine profonde ; confection des bocages traditionnels ; utilisation des amendements organiques (compost, fientes, …) pour renforcer le complexe argilo-humique et rendre la structure du sol stable ; plantation des ligneux en haies, sous forme de courbes de niveau.

Nul doute que la prise en considération de ces dispositions d’ordre préventive et/ou conservatoire permettra d’éviter, ou tout au moins d’atténuer les effets de ce phénomène naturel et très localisé, mais fréquent dans les zones de relief.

 

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