ECOVOX

Voici une femme qui, depuis l’âge de sept (7) ans, s’oppose farouchement à l’oppression de la gent féminine. Dotée d’une grande capacité de révolte et d’un courage à toute épreuve, Marie Louise Etéki Otabela a donné une dimension concrète à son combat au sein de l’Union Nationale des Etudiants Kamerunais (UNEK) de France, une sorte d’antichambre de l’Union des Populations du Cameroun (UPC). Cette fibre politique et sa conviction pour une Afrique libre et prospère l’ont amenée à entreprendre des études dans des domaines de spécialisation susceptibles de lui fournir des armes efficaces : sociologie du développement, sciences politiques, mouvement des femmes (équité sociale), études africaines, etc. Auteur d’une thèse en sciences politiques sur "L’Etat au Cameroun, 1960-1995 : Au-delà de l’hypothèse totalitaire ", cette consultante internationale brille par une production intellectuelle débordante. Comme dans ses multiples articles scientifiques et surtout, dans son ouvrage intitulé Misère et grandeur de la démocratie au Cameroun (1987), M.L. Etéki s’illustre dans l’entretien qui va suivre par une liberté de ton. A travers un discours militant, elle encense le féminisme à la lumière des traitements dévalorisants de la femme,réclame la libération de l’Etat au Cameroun et rappelle le rôle de l’intellectuel dans un régime totalitaire.
M.L.E.O. : C’est normal qu’on fasse cette critique, parce qu’en fait, nous faisons toujours la distinction entre le mouvement des femmes. A la vérité, toutes les femmes participent à un mouvement d’émancipation qui est un mouvement de remise en question de leur oppression. Dans la tradition de la plupart des tribus africaines, il y avait des scènes de remise en question périodiques et institutionnalisées, un peu comme un rituel, où les femmes remettaient en cause leur situation et leurs conditions dans la société. Pour moi, le féminisme n’est pas seulement la préoccupation de quelques intellectuelles ou une idéologie importée.
ECOVOX : Mais n’empêche qu’il y a quand même une critique qui dit que ceux qui se font le plus entendre sur le champ du féminisme, ce sont des intellectuelles qui se servent de ce truchement pour exploiter la cause des femmes rurales …
M.L.E.O. : Je ne sais pas vraiment si on peut dire que les féministes sont de la classe des riches ! Il y a un rapport de l’ONU qui vient encore de montrer que le salaire des femmes est toujours inférieur d’un tiers à celui des hommes.
ECOVOX : On retrouve néanmoins dans le féminisme des femmes qui sont toutes à l’abri du besoin…
M.L.E.O. : Oui ! Mais, c’est normal ! Parce que le féminisme, dans son expression politique, c’est un mouvement social. Il faut voir qui est féministe. Ce n’est pas à ma grand-mère qui est au village que vous allez demander d’être féministe, même si je considère qu’elle a posé des actes de remise en question de sa condition de femme. Actuellement en Afrique, pour se dire féministe, il faut un certain courage et un certain niveau de conscience des problèmes. Qui a ce niveau de conscience des problèmes ? Ce sont les femmes intellectuelles ; ce sont les femmes de la petite bourgeoisie ; ce sont les femmes qui ont les moyens.
ECOVOX : Y a-t-il un modèle de société que vise le féminisme ?
M.L.E.O. : Absolument ! Le féminisme a une histoire comme tout mouvement social, comme tout mouvement politique. Il s’est d’abord agi, du moins dans la traduction moderne et occidentale, d’un mouvement de revendication égalitaire. Les femmes se battaient pour aller à l’école comme les hommes, pour porter les pantalons comme les hommes ! Aujourd’hui, le féminisme n’est pas un mouvement qui revendique uniquement pour les femmes. Le féminisme, c’est un projet de société. La différence fondamentale avec la conception des femmes par rapport à la question du pouvoir, c’est que nous nous disons que "j’ai du pouvoir parce que l’autre me le donne, parce que l’autre est". Donc il faut fondamentalement au départ une reconnaissance de l’autre. .
ECOVOX : Vous parlez comme tout homme politique : "ça va très mal. On va changer. On mettra un peu de l’humanisme dedans…Donc il faut nous donner le pouvoir". Qu’est-ce que le féminisme apporte de différent par rapport au discours des autres partis ? Si Madame Eteki ou son parti féministe arrivait au pouvoir aujourd’hui, quelles sont les premières mesures qu’elle prendrait ?
M.L.E.O. : La première mesure à prendre, avant même de voir s’il faut revoir la constitution, c’est de supprimer le ministère des forces armées. C’est un symbole fort. Pour moi, le pouvoir ça ne doit pas être quelque chose qui organise la violence. Le pouvoir doit organiser l’humanité. Or, aucun homme politique n’est prêt à accepter cela. Aucun ! Il faut que les Camerounais comprennent bien que nous voulons changer le pouvoir, changer la nature du régime au Cameroun. Vous pouvez même gagner les élections comme John Fru Ndi et on vous vole la victoire. Et les Blancs, tout l’Occident, est d’accord avec ça. Ils ont fait une deuxième Guerre Mondiale pour lutter contre le totalitarisme en Allemagne de Hitler. Pour débouter le totalitarisme dans un régime comme celui du Cameroun et des autres pays africains, je ne suis pas loin de penser qu’il nous faudra presque une guerre mondiale menée par des forces convaincues que la situation en Afrique doit changer.
ECOVOX : Vous faites très souvent le constat de l’échec de la gestion du pouvoir par les hommes. Croyez-vous que les femmes feraient mieux ?
M.L.E.O. : Je ne peux pas garantir qu’elles feraient mieux. Mais, je dis qu’elles feraient différemment et je suis presque persuadée que ça ne sera pas dans la violence.
ECOVOX : Avez-vous une idée de ce que pourrait faire une femme une fois au pouvoir ?
M.L.E.O. : Mis à part la première mesure que j’ai énoncée, la deuxième mesure serait, par exemple, au niveau de la constitution, d’abolir les pouvoirs spéciaux du Président de la République. Il faut renouer avec notre tradition de cogestion du pouvoir. Ce qui nous a tués dans ce pays depuis 1960, ce sont les pouvoirs exceptionnels du Chef de l'Etat.
ECOVOX : Vous avez évoqué tout à l’heure la question tribale au Cameroun. Quelle lecture faites-vous de cette situation à la lumière de certains événements tels que le sacre de Monseigneur Wouking à Yaoundé ?
M.L.E.O. : Ce sera peut-être ma troisième mesure : l’abolition pure et simple des tribus parce que, en fait, c’est au niveau de la question des tribus que s’articulent notre oppression et notre domination. Tant qu’on ne sera pas sorti de cette question tribale, on ne peut rien faire au Cameroun. L’aliénation est à ce niveau – là. Quand je dis aux gens que je ne suis d’aucune tribu, ils sourient. Je pense vraiment qu’on doit prendre un acte symbolique d’abolition des tribus au Cameroun.
ECOVOX : Est-ce que ce n’est pas une utopie ?
M.L.E.O. : Ce sont les utopies qui font avancer le monde. Je veux dire que quand le premier homme s’est levé pour dire qu’il faut abolir l’esclavage, les gens ont dû penser que c’était utopique et que c’était un utopiste. Mais n’empêche qu’ils ont pris cet acte de façon symbolique et, progressivement, la chose est devenue énorme, monstrueuse jusqu’à ce qu’aujourd’hui, il y a des mouvements qui se créent pour lutter contre l’esclavage.
ECOVOX : Parlant de l’abolition de la tribu, est-ce que c’est cette entité sociologique qu’il faut abolir ou sa manipulation politique ?
M.L.E.O. : L’abolition pour moi est d’abord un acte symbolique fort qu’il faut poser. La tribu n’est pas, comme dirait Moukoko dans son livre, une réalité sociale. La tribu est plutôt une création sémantique et épistémologique. Toute tribu a une origine mystique. La tribu, c’est une construction sociale. Si on abolit les tribus, si on commence progressivement à remettre en question toute notre organisation sociale qui est faite sur cette base, au bout de 50 ans ou d’un siècle, être Bamiléké ou Douala, les gens s’en foutront. Ce qui va compter, c’est ce que les gens font, ce qu’ils sont et ce pourquoi ils se battent.
ECOVOX : L’Eglise est-elle, selon vous, de mèche avec les pouvoirs qui vivent du tribalisme ?
M.L.E.O. : Le pape, par exemple, c’est le porte-étendard de la culture occidentale, du complot contre le communisme. Il est en tête. L’Eglise n’est pas innocente. L’Eglise, chez nous, a toujours été l’Eglise d’en haut qui participe au pouvoir. On l’a vu avec les Evêques au moment de la lutte pour les indépendances. Ils étaient contre l’U.P.C. et tous ces braves gens qui ont soutenu les mouvements de libération nationale.
ECOVOX : Si nous revenons un tout petit peu sur la question de la femme et la politique, comment expliquez-vous la faible représentation des femmes dans l’espace politique, mise à part la volonté de domination des hommes ?
M.L.E.O. : On ne peut pas la mettre à part, parce que c’est ça qui est au centre du débat. C’est tout de même un phénomène universel. Regardez la France ! Il a fallu des pays comme Cuba pour prendre des décrets instituant le fait que les hommes doivent aussi faire le travail domestique. Il faut commencer par prendre des mesures qui sont, comme disent les Canadiens, de la discrimination positive pour encourager une plus grande participation des femmes. Mais l’explication, c’est que les hommes confisquent le pouvoir et que déjà entre hommes il y a une grande lutte pour le pouvoir.
ECOVOX : Existe-t-il une stratégie susceptible de permettre à la femme d’occuper de manière significative l’espace politique au Cameroun et en Afrique ?
M.L.E.O. : Il faut essayer de remobiliser les hommes comme les femmes sur la question de la libération nationale. Et cette libération se situe à un triple point de vue : il faut libérer les Camerounais de l’Etat totalitaire, libérer les Camerounais de l’économie impérialiste. "Impérialiste" au sens de domination étrangère, mais aussi impérialiste au sens social. Nous nous sommes impliqués dans l’économie mondiale de façon raciste. C’est contre ça que nous devons nous battre. Tout projet de développement est ficelé de telle sorte que les ¾ de l’argent restent au Nord. Troisièmement, et c’est là que les femmes rentrent en jeu, il faut libérer le Cameroun sur le plan social, en essayant d’organiser la libération des femmes. Il faut sortir de la conception patriarcale de nos sociétés. Dans cette conception, vous savez bien que la femme n’est pas conçue comme une personne humaine. La femme est un bien qui appartient à quelqu’un.
ECOVOX : Le problème en Afrique, selon vous, c’est la libération de l’Etat…
M.L.E.O. : L’Etat, dans nos pays, c’est juste une organisation secrète, criminelle. Il y a un Etat de façade avec toutes les organisations normales d’un Etat. Mais ça ne fonctionne pas. Cela ne sert à rien. L’Etat réel dans le continent africain, c’est la police politique, la police secrète. Les vrais Chefs d’Etat en Afrique, pendant des années, c’étaient les responsables des polices secrètes. Ce sont eux qui décidaient de qui on doit abattre ou promouvoir ; ce sont eux qui faisaient des enquêtes de moralité ; tout partait d'eux. Le Président de la République n’est qu’un symbole formel de l’Etat. Toutes les méthodes nazies que les Français ont combattues en 1944, ils les ont institutionnalisées dans les Etats francophones.
ECOVOX : Quelle lecture l’intellectuelle féministe que vous êtes fait-elle du gender ?
M.L.E.O. : Le gender ? Toute l’histoire du gender est venue de la conception féministe des études. Maintenant, on parle plutôt d’équité sociale, d’équité homme-femme. Tous ces principes sont des principes féministes, mais qui ont été récupérés dans le cadre du développement international parce qu’en fait, ils ne veulent pas véritablement qu’il y ait cette remise en question de l’organisation des sociétés. Nous avons démontré que quand les Nations Unies organisent les conférences mondiales des femmes, c’est parce qu’en fait elles ont peur du féminisme ; c’est parce que le féminisme a deux ou trois principes de base qui remettent fondamentalement en question la culture occidentale. Donc, pour essayer de récupérer ce mouvement, cette institution s'organise pour essayer de le canaliser et de lui donner à chaque décennie des objectifs, des mots d’ordre, des objectifs à atteindre.
ECOVOX : Le gender est -il susceptible d’améliorer la situation de la femme au foyer en Afrique ?
M.L.E.O. : Non ! Parce qu’en fait le gender a été récupéré par l’idéologie dominante.
ECOVOX : Que dites-vous de la suspicion qui a toujours rôdé autour de la réussite féminine : droit de cuissage, promotion canapé… Certains sont allés jusqu’à dire que la présence des femmes pouvait nuire à la rentabilité de l’entreprise…
M.L.E.O. : Ce sont des prétextes. Dire que chaque réussite féminine est passée par le canapé est vrai, parce qu’on nous impose ça. Mais il faut savoir que c’est une façon aussi de dévaloriser les femmes, de discréditer leur réussite . Il y a quand même beaucoup qui réussissent parce qu’elles sont valables et capables. Les femmes sont victimes d’un système d’oppression à tous les niveaux. Malgré tout cela, elles conservent cette générosité qui fait qu’elles sont prêtes à se sacrifier toujours pour l’autre, pour leurs enfants, pour leur mari…
ECOVOX : En réaction à leur dévalorisation, au désordre sexuel ou à la polygamie entretenue par les hommes, il y a des femmes qui vivent officieusement avec plusieurs hommes. Que pensez-vous de la polyandrie ?
M.L.E.O. : On est dans une société qui fonctionne selon la loi des hommes. Donc le minimum de réalisme veut que les femmes essayent d’utiliser ces moyens pour y vivre. La polyandrie n’a d’intérêt que pour les femmes qui l’adoptent. Moi, je ne suis ni pour ni contre. Je dis juste que c’est une conséquence d’un fonctionnement social qui est défini par les hommes.
ECOVOX : Y a-t-il des femmes que vous admirez ?
M.L.E.O. : Oui ! Winnie Mandela, Simone de Beauvoir, Marie Angelique Savané. Ma grand-mère, c’est mon idole.
ECOVOX : Qu’admirez-vous chez elles ?
M.L.E.O. : Winnie Mandala a maintenu la flamme du combat. Elle a symbolisé le combat pendant tout le temps que son mari était en prison. C’est vrai que c’est une femme faible ! Elle a commis des erreurs. Mais je trouve choquant et minable que Mandela, sortant de prison, l’ait répudiée. Et Marie Angelique Savané, parce qu’elle a organisé la visibilité des femmes africaines. Elle a un charisme, une personnalité extraordinaire.Simone de Beauvoir , c’est un peu la mère du féminisme moderne, du féminisme reformulé. Un grand écrivain américain a reconnu que sa vie a changé le jour où sa femme a lu Le deuxième sexe. C’est un peu la Bible et le bouquin de prise de conscience de l’oppression des femmes dans le monde moderne francophone. Une critique cependant par rapport à Simone de Beauvoir : son féminisme s’inscrit dans la lignée de la politique de l’existentialisme de Sartre.
ECOVOX : Si on faisait un peu de la psychanalyse ? Votre féminisme n’est-il pas une tentative de ressusciter votre père?
M.L.E.O. : Si je suis ce que je suis aujourd’hui, c’est parce que mon père m’a vraiment valorisée. Dès l’âge de 10-11 ans, mon père m’a dit : "tu es la personne de ma famille sur qui je compte et donc tu ne dois pas te comporter n’importe comment. C’est toi qui, un jour, vas prendre la relève". Mon grand-père aussi a tout fait pour me dire à quel point il me tenait plus en estime que mon propre père.
ECOVOX : Une question un peu délicate : que pensez-vous des critiques qui disent que vous et votre mari vous êtes embourgeoisés à la camerounaise?
M.L.E.O. : On nous a toujours fait ce reproche. Je peux reprendre l’histoire de ma vie, celle de mon mari et vous verrez que jamais je n’irai avec un type pour avoir un marché. Mon mari n’a jamais eu un marché de complaisance. Le dernier qui a fait qu’on démolisse son entreprise, c’était le marché de l’hôtel Hilton : 6 milliards de gré à gré à une entreprise française. Il avait déclaré sur les ondes que c’était inadmissible qu’au moment où on déclare qu’il y a crise économique, on donne un marché de construction d’un hôtel de ce montant à une entreprise étrangère.
ECOVOX : Si on abordait un peu la question écologique. Entre la femme et l’homme, qui détruit le plus notre environnement ?
M.L.E.O. : Mais, c’est celui qui a le plus de pouvoir !
ECOVOX : C’est-à-dire l’homme ?
M.L.E.O. : C’est celui qui a le pouvoir. Dans un village, vous ne pouvez pas défricher un champ n’importe comment. C’est toujours les hommes qui décident. Il faut les convaincre qu’il faut respecter la nature. La nature n’est pas seulement les herbes, les arbres, etc. La nature humaine, c’est par exemple la façon dont un docteur s’approprie le corps d’une femme. Le corps d’une femme, c’est sa nation. On ne peut pas y faire une intrusion n’importe comment.
ECOVOX : Quel regard critique portez-vous sur la politique environnementale telle que menée par le Cameroun ?
M.L.E.O. : Il y a des problèmes. Les exploitants forestiers font la loi, même à notre gouvernement : on est capable de revenir sur une loi votée à l’Assemblée Nationale, par un simple décret ministériel. Cela signifie que notre Assemblée Nationale n’a aucun pouvoir, il n’a même pas de raison d’être. De quelle politique parlez-vous ? En fait, on n’a ni la maîtrise, ni le contrôle de nos ressources. Ce sont les étrangers qui décident de ce qu’ils font, de comment ils le font. De temps en temps, ils nous jettent un os en pâture pour que les tribus s’entre-déchirent.
ECOVOX : La situation telle que vécue tant au niveau politique qu'à celui de la gestion de l’environnement, n’est-elle pas la résultante d’une certaine démission de l’intellectuel africain ?
M.L.E.O. : De la même façon qu’il y a la haine des femmes (surtout celles qui se disent féministes), et qu’il y a la haine de l’opposition (parce que la subversion était le crime n°1 contre le régime), de la même façon les Français ont instauré la haine de l’intellectuel ; parce qu’ils savent que si personne ne comprend ce qu’ils font, on va toujours continuer à s’entre-déchirer. Ils savent que leur premier adversaire, ce sont les intellectuels. Par conséquent, c’est sur nous qu’ils s’acharnent, en disant que nous n’avons pas joué notre rôle.
ECOVOX : Mais, c’est très souvent parce qu’on fait référence aux intellectuels qui sont du côté du pouvoir, les intellectuels organiques…
M.L.E.O. : Bien sûr ! C’est donc normal. Tout pouvoir a ses intellectuels. Mais, il faut qu’ils reconnaissent qu’en face de ces pouvoirs, il y a aussi des intellectuels. Ils veulent essayer de nous faire croire que tous les malheurs de l'Afrique viennent du fait que les intellectuels ont démissionné ! Quels intellectuels d’abord ? Les colons ont d’abord été contre l’université : il ne fallait former que des contremaîtres. Ensuite, ils ont créé une université sur mesure. Dans une société, les intellectuels jouent un rôle précis. Ce n’est pas aux intellectuels que vous allez demander d’aller cultiver les champs…
ECOVOX : Et quel est ce rôle précis de l’intellectuel ?
M.L.E.O. : Ce rôle précis c’est de penser, dénoncer le mode de pensée dominant, d’amener la population à réfléchir, à penser, à remettre en question la domination. Le droit de la personne n°1, c’est la contestation du pouvoir de l’Etat.
ECOVOX : Selon vous, tout homme politique devrait-il déclarer ses biens ?
M.L.E.O. : Tout homme politique doit être transparent. On doit savoir s’il a une fortune, s’il a des marchés, comment ça se passe. C’est une exigence. Même les affaires qui se sont passées il y a 10 ou 20 ans, c’est normal que quand tu prétends assumer les destinées d’un pays, que les gens sachent qui tu es, qu’est-ce que tu as déjà fait .
ECOVOX : Quel regard portez-vous sur ce que le Ministre d'Etat en charge de l'Education Nationale appelle le retour à l’école ordinaire ?
M.L.E.O. : Je pense que ce n’est pas très sérieux. La question de l’enseignement est vraiment fondamentale dans notre pays. C’est depuis les années 70 qu’on parle d’une réforme de l’enseignement au Cameroun. On a créé un Centre National de l’Enseignement pour cela. Mais toutes les réformes proposées sont restées lettre morte. Tous les Ministres qui se sont succédé dans le secteur de l’enseignement ne se soucient que de deux choses : refaire leur propre enrichissement, mâter tous ceux qui essayent de ne pas être dans la logique du système. L’université, l’école, l’enseignement ne traduisent que la politique générale des gouvernements que nous avons.
ECOVOX : Quel sentiment la femme politique que vous êtes a eu lorsque Transpa-rency International nous a fait l’honneur de nous classer au premier rang de la corruption ?
M.L.E.O. : Les Occidentaux se foutent de notre gueule. La corruption n’est qu’une des conséquences des crimes de nos régimes politiques . S’il y a corruption, c’est parce qu’il y a des corrupteurs. On n’a pas les moyens d’attaquer les Français. Chaque fois, ils nous remettent les mêmes personnes qu’ils savent corruptibles.
Entretien mené par
Samuel WAFO et
Eugène FONSSI
Douala, 05 . 11. 99