ECOVOX

Conflits de l'eau
La goutte qui fait déborder le
vase
Désirée TALLA
La lutte pour le contrôle des eaux occupe dans l'Atlas des conflits de notre planète une place importante. Cette ruée vers l'or bleu mérite d'attirer l'attention de la communauté internationale surtout en ce début de millénaire où les Nations Unies viennent de proclamer la période 2001-2010 : "Décennie Internationale de la Culture de la Paix".
Au fil de l'histoire, les grands fleuves et lacs ont été très souvent la source des litiges et affrontements sanglants entre les Etats et communautés voisins. Des zones de confluences entre plusieurs intérêts, convoitises, hégémonies et ambitions contradictoires.
Dans la zone du Moyen Orient
L'histoire du canal de Suez a été réécrite plusieurs fois de 1854 (date où un pacha égyptien en confia la construction à une compagnie dirigée par Ferdinand de LESSEPS) à 1975 (date de levée d'interdiction de navigation prononcée en 1968 par NASSER). Entre les deux dates, on se rappellera qu'en 1875, six ans après l'inauguration de ce canal, la Grande Bretagne avait acheté des titres au pacha et était devenue le principal actionnaire du canal. En 1888, le statut international avait été attribué au canal et en 1956, NASSER en avait décidé la nationalisation. Ceci provoqua le courroux de la France et de l'Angleterre qui décidèrent conjointement d'entreprendre une action punitive contre lui, laquelle ne fut désamorcée que grâce à un parti pris inattendu des USA et de la Russie en faveur du monarque égyptien. Pendant "la guerre des six jours" (Juin 1967), le canal de Suez constitua un point stratégique et un site névralgique d'expérimentation de l'équilibre de la terreur, de la guerre froide et de la bipolarisation du monde. Dans cette même zone, le contrôle des eaux du fleuve Euphrate a été source de rivalité entre la Turquie et la Syrie tandis que la Jordanie, Israël et le Liban se neutralisaient autour du Jourdain.
En Amérique Latine et Centrale
La superficie de 1676 km² couverte par le canal de PANAMA a été à maintes reprises objet de désaccord entre le PANAMA et les Etats-Unis. A cet effet, un accord fut passé entre les deux parties en 1903 reconnaissant aux Etats-Unis le droit de rentabiliser à perpétuité le canal contre une indemnisation au PANAMA. Un autre, signé en 1977 dénonce certaines dispositions de l'accord de 1903. Tout à côté, la baie des cochons a toujours servi de terrain d'affrontement entre les Etats-Unis et Cuba.
En Afrique
Jadis, le Nil fut une cause de dispute entre l'Egypte et le Soudan. Ce fut aussi le cas entre la Belgique, la France et le Portugal (Puissances colonisatrices ayant des intérêts dans la région) au sujet de la navigation sur le fleuve Congo. Il y a environ dix années que des populations (agriculteurs, pêcheurs et pasteurs) mauritaniennes et sénégalaises se disputaient au sujet de l'exploitation du fleuve Sénégal. Dix autres années se sont déjà écoulées depuis que les gouvernements Nigérian et Camerounais revendiquent chacun l'appartenance des eaux de la presqu'île de Bakassi. Le Lac Tchad, en raison de sa localisation aux confins du Nigeria, du Tchad, du Niger et du Cameroun, de sa richesse en poisson, représente une zone potentielle de tension sur le continent. Les habitants pêcheurs vivant de part et d'autre sur les rivages se disputent de temps en temps. La violation du rivage de pêche est la principale cause de dissension en ces lieux. L'expression géographique "Région des Grands Lacs" est révélatrice d'une situation conflictuelle latente de nombreux pays de la sous région. Dans la Revue Africaine de défense N° 001 du premier trimestre 2000, Guillaume Albert NJOCK dévoile l'intention de l'UNESCO d' "ouvrir prochainement un centre international pour la prévention et la gestion des conflits liés à l'eau en Espagne" . Dans ce sens, "le Lac Tchad et le Nil dont le bassin regroupe 9 pays parmi lesquels le Burundi, le Rwanda et la République Démocratique du Congo, pays d'Afrique Centrale pourraient être des zones de conflits effectifs et potentiels liés à l'eau dans le siècle prochain".