ECOVOX

Par le Pasteur Jean-Blaise Kenmogne, Directeur Général du CIPCRE
L'eau est un liquide incolore, inodore et sans saveur dont les molécules sont formées de deux atomes d'hydrogène et d'un atome d'oxygène et dont la densité à l'état solide est inférieure à celle à l'état liquide. Voilà pour la définition dont se vantent les savants qui, du haut de leur science, traquent, dans des formulations compliquées, les concepts les plus simples. Pour le commun des mortels, l'eau c'est davantage ce qu'elle connote.
Source de vie, l'eau l'est indubitablement. Toutes les espèces fauniques et floristiques, tous les micro-organismes lui doivent la vie. Nous-mêmes humains, sommes, à plus de 70 %, constitués d'eau. L'Egypte, dit-on, est un don du Nil. Notre planète, pourrait-on renchérir, est un don de l'eau. Elle est aux 2/3 remplie d'eau, ce qui lui a valu le qualificatif de bleu. Dans l'état actuel des recherches exobiologiques, l'hypothèse de la présence de l'eau sur Mars a été proposée mais les indices recueillis restent pour le moins incertains. C'est dire que pour l'heure, seule la Planète Terre jouit de l'immense avantage de porter la vie. Grâce à l'eau.
Mais cette substance qui donne la vie, peut donner la mort. Sur de nombreuses côtes du monde, des marées noires tuent des millions de poissons, si elles n'anéantissent pas des écosystèmes aquatiques entiers, notamment les mangroves et les récifs coralliens. Des maladies hydriques terrassent, chaque année, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants. Le souvenir des inondations cycliques de Limbe, Douala ou Cotonou avec leurs cortèges de sans-abris et de morts reste vivace dans les esprits. Près de 200 cours d'eau communs à deux ou plusieurs pays ont été ou sont à l'origine de graves conflits internationaux. Des vallées fertiles sur le long du fleuve Sénégal ont été perdues pour les cultures, suite à la construction d'ouvrages hydroélectriques.
De là à affirmer l'enjeu économique de l'eau, il n'y a qu'un pas. L'eau est devenue un bien économique à l'assaut duquel les multinationales montent en force. Ce mouvement ne va-t-il pas en induire la cherté et donc accroître le nombre des exclus de l'eau potable ?
Que l'or bleu devienne un produit commercial, voilà qui pourrait heurter de front une conviction bien de chez nous suivant laquelle l'eau ne se vend pas mais se donne. A l'image de la vie. Dans maintes cultures, l'eau est une ressource rituelle qui structure l'imaginaire et rythme la vie. Elle est servie au visiteur en signe d'accueil et de souhait de bienvenue. Elle n'appartient, en propre, à personne.
Au niveau international, les états forts, du fait de la maîtrise de la technologie océanographique, "colonisent" les eaux internationales et exploitent les fonds marins à leur profit. Passé le temps de la conquête des continents, sonne l'heure du contrôle du grand large où ils stationnent leurs batteries de guerre. L'eau est ainsi au centre d'une géostratégie militaro-industrielle dont les USA constituent la tête pensante.
Ressource vitale, l'eau doit être, au-delà de la controverse dont elle est l'objet, gérée de façon équitable et durable. Cette gestion repose sur un ensemble de principes dont l'amélioration des systèmes d'irrigation, le recyclage des eaux usées des villes pour l'agriculture, la plantation des arbres pour la rétention de l'eau, l'équilibre entre la conservation et l'utilisation Il s'agit là d'une approche écosystémique.