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Pollution multiforme :
Une ville sous les pots d'échappement
Emmanuel Adjovi
SYFIA Bénin

Cotonou, la capitale économique du Bénin, est devenue l'une des villes les plus polluées d'Afrique de l'Ouest. Principale source de cette pollution : les pots d'échappement des vieilles motos et autos, massivement importées d'Europe et d'Asie, qui roulent à l'essence frelatée.

Une épaisse fumée noire entoure les voitures et les nombreuses motos arrêtées aux feux tricolores. La visibilité est pratiquement nulle. Certains motocyclistes portent la main à leur nez. D'autres essuient leurs yeux larmoyants. Un homme descend d'un véhicule et se précipite au bas de la route. Il a du mal à respirer.

A Cotonou, des scènes de ce genre ne sont ni rares ni isolées. Dans toute la ville, l'air est devenu irrespirable à cause des gaz d'échappement. Malgré la chaleur, des motocyclistes circulent désormais avec des cache-nez ou des mouchoirs pour se protéger le nez et la bouche. "Traverser la ville est devenu un véritable calvaire. La fumée est partout présente", constate avec amertume un fonctionnaire. "Nous mourons à petit feu, pour ne pas dire à petit gaz", s'inquiète Albert Nouhayi, Professeur à l'Université Nationale du Bénin.

Le professeur Martin Gninafon du Centre national hospitalier universitaire (Cnhu) de Cotonou, spécialiste des maladies respiratoires, ne cache pas ses appréhensions : "A Paris, lorsqu'on dit que la pollution a atteint une cote élevée, on ne voit pratiquement rien dans l'air. Ici, à Cotonou, la fumée est visible et palpable de façon permanente. C'est vous dire que nous courons à une catastrophe sur le plan sanitaire". Pour étayer ses propos, le professeur cite l'exemple de l'un de ses patients, un policier non fumeur qui, pour avoir travaillé aux carrefours, a développé en moins de cinq ans un cancer foudroyant qui l'a emporté. Secret médical oblige, le médecin n'a pas voulu révéler son nom.

Nombreux sont les spécialistes de la santé qui craignent dans les années à venir la multiplication des cas de cancer des voies respiratoires. Pour l'instant, on déplore déjà l'augmentation des bronchites, rhinites, sinusites, pharyngites et rhumes en tous genres. "On rencontre de plus en plus des handicapés du nez, c'est-à-dire des gens qui souffrent de rhume 365 jours sur 365 avec des crises chroniques d'éternuement", alerte Célestin Hounkpè, professeur agrégé d'Oto-rhino-laryngologie au Cnhu de Cotonou.

Essence frelatée

La pollution atmosphérique à Cotonou est due essentiellement aux véhicules d'occasion. Selon les statistiques officielles, le nombre de vieilles voitures importées est passé de 8 000 en 1990 à 144 500 en 1997. La plupart ont été réexportées mais au moins 10 % sont restées sur le territoire national, essentiellement à Cotonou. Le nombre de véhicules immatriculés a augmenté de 31 000 entre 1989 et 1994. Aux 6000 taxis-ville s'ajoutent les fameuses taxis-motos, les zémidjan. En juillet 1998, on en comptait 40 000, importés pour la plupart des pays asiatiques ; auxquels s'ajoutent les motos à usage personnel. Au total : plus de 100 000 motos pétaradantes et fumantes.

"Le drame, se plaint un agent du ministère de l'Environnement, c'est que la majorité des propriétaires de ces véhicules et engins utilisent de l'essence frelatée en provenance du Nigéria où on met dans le carburant une forte dose d'huile à moteur. C'est cela qui fait que nous avons des engins fumant comme des locomotives du XIXe siècle".

Tout en reconnaissant ces différentes pratiques, Laurent Lima, un conducteur de Zémidjan, s'explique : "Nous faisons ainsi pour que la bielle de la moto ne coule pas vite. Car les distances que nous parcourons par jour dépassent généralement les capacités de nos motos. Il faut donc bien huiler le moteur. C'est aussi très économique parce que l'engin consomme moins de carburant lorsque celui-ci est rempli d'huile" .

Autre pratique à risque, en cas de pénurie du carburant du Nigéria, les petits vendeurs de rue vont acheter à la station de l'essence ordinaire à laquelle ils mélangent du pétrole. Tout cela contribue à empester l'atmosphère et à mettre en danger les moteurs des motos, des engins qui, du reste, ne sont soumis à aucun contrôle technique. Seules les voitures ont l'obligation de subir une visite technique organisée par le Centre national de la sécurité routière (Cnsr). Un contrôle qui laisse parfois à désirer puisque certaines personnes parviennent, à coup de pots-de-vin, à obtenir les pièces indiquant que la visite technique a été faite alors que les agents du Cnsr n'ont jamais vu les véhicules en question.

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