ECOVOX

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Pollution multiforme :
Quand une solution devient un problème
Désiré C. TALLA

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, une solution peut constituer un problème. En matière de gestion de la pollution urbaine, les exemples sont légion. Diagnostic en neuf tableaux saisissants de ce paradoxe bien décapant.

1 - L'évacuation des déchets domestiques

En 1996, deux-tiers environ de la population urbaine des pays en voie de développement n'avaient aucun moyen hygiénique d'évacuer leurs excréments, et une proportion encore plus importante n'avaient pas les moyens d'évacuer les eaux usées. Les deux polluants achevaient fréquemment leur course sans aucun traitement dans les caniveaux, les rigoles et les cours d'eau avec pour conséquences la propagation des maladies telles que l'ankylostomiase, les affections diarrhéiques, la bilharziose et la malaria.

2 - La création des décharges illégales

Dans les grandes métropoles, le service de ramassage est souvent lacunaire. Il atteint rarement les quartiers pauvres. Aussi, leurs résidents, pour contourner l'abandon dont ils sont l'objet de la part des autorités municipales, prennent des mesures pour assainir chacun les alentours immédiats de leurs lieux de résidence; spontanément, se créent des décharges sur les voies publiques et les terrains non-construits du quartier. Résultats : persistance des odeurs pestilentielles, abondance des mouches attirées par les objets en décomposition, rétrécissement de la voie publique et obstruction des caniveaux.

3 - Les torchères industrielles

En l'absence de plan directeur d'industrialisation et d'urbanisation dans les villes africaines, certaines industries ont été implantées à des endroits sensibles.. Pour protéger la santé des ouvriers qui y travaillent contre l'exposition aux produits chimiques et aux poussières industrielles, les industriels ont aménagé des torchères qui canalisent les éléments nocifs à l'extérieur. Malheureusement, quelque soit la direction choisie, ils polluent l'air respiré par les populations riveraines, les rendant vulnérables à des inflammations et affections respiratoires.

4 - L'incinération des ordures ménagères

Débordées par les déchets qu'ils ont eux-mêmes produits, exaspérées par l'indifférence des pouvoirs publics, des populations choisissent la solution facile de l'incinération. Etant donné que les décharges renferment nécessairement certains objets en plastique ou en caoutchouc, leur combustion va se révéler dangereusement toxique : la fumée de ce type d'incinérateur est nocive pour les sujets souffrant de l'asthme, elle est suffocante pour tous les passants et même cancérigène.

Par leur teneur en métaux lourds et toxiques, des cendres issues de l'incinération sont susceptibles de contaminer le sol et le rendre impropre à l'agriculture

5 - Déversements des résidus de pesticides dans les cours d'eau

Pour protéger les sols de leurs plantations contre les résidus (emballages et restes) des pesticides et engrais chimiques qu'ils ont eux-mêmes utilisés, nombreux sont les exploitants agricoles qui les déversent quotidiennement dans les cours d'eaux limitrophes, contaminant la faune aquatique en général et les poissons en particulier.

6 - Les latrines spontanées

En l'absence de toilettes dans les débits de boisson et des toilettes publiques dans les villes d'une manière générale, les citadins n'hésitent pas à expérimenter la formule des latrines spontanées à ciel ouvert, transformant les alentours des camions qui stationnent abusivement et des carcasses de voitures abandonnées en " pissoirs". Qui, inévitablement rebutent les passants.

7 - L'exportation des déchets

Par le canal des importateurs de friperie, et des projets de jumelage entre les collectivités décentralisées du Nord et du Sud, l'Occident a enfin trouvé le moyen de se débarrasser des ses déchets. Une nouvelle catégorie de déchets est ainsi en train de saturer les marchés africains ( voitures congelées, appareils électroménagers, pneus usagés, etc.) : non seulement ils encombrent, mais aussi, ils sont vendus à prix d'or aux populations démunies et permettent d'enrichir des groupes d'intérêt au Nord comme au Sud.

8 - Les fosses communes

Il est arrivé quelquefois que des morgues particulièrement sollicitées, soient saturées en raison du séjour permanent des dépouilles appartenant à des ayants droits inconnus ou portés disparus. Les autorités de l'hôpital Laquintinie à Douala ont été récemment confrontées à ce genre de situation. Pour sauver la structure contre le risque de débordement des polluants humains et décongestionner la morgue, 157 corps ont été, récemment de concert avec le service des pompes funèbres de la municipalité, inhumés sans protocole au cimetière du Bois des Singes.

9 - Enfouissement des déchets chimiques

Entre 1920 et 1955, des industriels des USA, premier pollueur du monde, créent dans la localité de NAUGATUCK à deux heures de route de NEW-YORK, des dizaines de milliers de sites pour ensevelir discrètement des ordures urbaines et des résidus toxiques rejetés par les industries de caoutchouc, de métallurgie, et de peinture des environs.

En 1985, Le Docteur KARIM AHMED, Directeur scientifique d'une organisation écologique au conseil national de défense des ressources naturelles, déclare: "il y a dans le sous-sol américain 2 millions de réservoirs. Or 100 000 fuient. A toutes ces pollutions s'ajoutent les liquides usés que l'on injecte sous terre, faute de pouvoir les jeter dans les rivières."

Déjà en 1980, l'on commence à en percevoir les conséquences : l'agence fédérale de protection de l'environnement ( EPA) répertorie dans tout le pays quelque 22 000 sites où la contamination est d'une gravité telle qu'il faut évacuer des milliers de familles; autour d'un canal ayant naguère servi de décharge, l'on découvre des fuites ayant gagné le sous-sol des maisons de 200 familles et les terrains de jeux d'une école de 700 enfants. Des prélèvements et analyses effectués à partir des fuites permettent d'observer deux cents produits redoutables au nombre desquels le benzène et la dioxine.

Quand une solution devient un problème, la probabilité est grande pour que la nouvelle solution engendre un nouveau problème. Le nouveau problème peut dans certaines conditions, être pire que le premier. On tombe alors de Charybde en Scylla.

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