ECOVOX

Solutions et alternatives :
Quelle alternative à la civilisation
du "prêt à jeter" ?
Eugène FONSSI
La civilisation industrielle nous pousse à produire toujours plus et par voie de conséquence, à consommer plus et à jeter plus. Que faire pour freiner un tant soit peu cette trajectoire consumériste ? Arrêt sur quatre stratégies.
1 - La prévention
Dans une société en proie à l'éphémère, où de nombreux objets connaissent un cycle de vie de plus en plus court, la prévention, entendue comme intégration des précautions de durabilité et de qualité écologique dans le processus de fabrication desdits objets, est fondamentale . Si l'on concevait les articles de consommation courante tels que les voitures et les appareils électroménagers pour durer longtemps et polluer moins, ils ne seraient sans doute pas économiquement rentables. Mais ils seraient utilisés plus longtemps sans gros risques de pollution de notre cadre de vie et de notre environnement.
2 - L'utilisation en cascade
L'utilisation en cascade d'un objet donné consiste en sa réutilisation pour des fonctions moins exigeantes. Un pneu usagé par exemple peut servir de matériel de jeu pour les enfants ou de germoir de démonstration dans des écoles. Les bouteilles de verre et de plastique que l'on retrouve dans certaines poubelles de riches peuvent être réutilisées par des marchands d'eau, de vin de palme, de cacahuète, ou d'huiles végétales. Au lieu de prendre le chemin de la poubelle, certains vêtements usagés peuvent encore être utilisés. Notre vie quotidienne regorgent de milliers d'autres exemples.
3 - Le recyclage
Au sens large, le recyclage s'appréhende comme la transformation d'un objet qui a connu un usage antérieur en un nouvel objet utilisable. C'est ainsi que certains déchets métalliques sont transformés par des artisans récupérateurs, en objets utilitaires. Les chutes de tissus peuvent servir dans la confection des poufs voire d'objets décoratifs. Pour construire leurs véhicules, les industries automobiles peuvent récupérer du fer sur des épaves. Cette opération est économique et moins polluante. Elle est moins dévoreuse de ressources qui, nous le savons, ne sont pas toutes renouvelables.
4 - L'entretien
Pour prolonger la durée d'utilisation d'un objet et ne pas être tenté de s'en séparer, il convient de le maintenir en bon état. Il en va ainsi du véhicule dont il faut constamment soigner la tôlerie, réparer les pannes mécaniques et régler le système d'allumage ; des chaussures dont il faut nourrir le cuir déteint, remplacer les semelles défectueuses ou les lacets coupés.
Les quatre principes de durabilité ainsi énoncés ne peuvent véritablement agir sur notre propension à consommer et à jeter toujours plus que s'ils sont portés par une alphabétisation écologique à grande échelle, à la maison, à l'école, dans les industries et dans la société globale. La colonne vertébrale de cette nouvelle alphabétisation consiste à comprendre pour mieux résister à son côté pulsionnel, comment fonctionne l'acte d'achat. De raisonné qu'il était il y a quelques décennies, il est devenu impulsif, à la faveur d'une idéologie de la consommation savamment élaborée qui cherche à répondre aux besoins cachés du consommateur en flattant son ego, en lui ménageant une certaine sécurité émotive, en le branchant sur son époque et en lui donnant une illusion de puissance et d'immortalité. Cette manipulation repose sur ce que les spécialistes du marketing sensoriel appellent hameçon psychologique. Dans les grandes surfaces, les formes, la lumière, les odeurs, les couleurs, la musique ne sont jamais innocentes. Elles ont pour fonction secrète d'appâter le consommateur, mieux de vider son subconscient pour le pousser à "mordre" sur les articles exposés, dans un jeu de séduction où l'utile n'est pas toujours recherché mais où l'artificiel exerce sa tyrannie sur les sens. C'est à travers un tel processus que, de fil en aiguille, l'on s'encombre d'objets dont il faudra se débarrasser un jour ou l'autre.
Pour combattre durablement la "marée montante d'articles à jeter, des constructions temporaires, de structures amovibles et modulaires, d'objets à louer et de denrées fabriquées pour une mort quasi instantanée ", il convient de mettre en place une véritable synergie d'actions et de lobbying en faveur d'une production et d'une consommation propres. La société civile et singulièrement les associations de consommateurs ont là de nouveaux défis à relever.