ECOVOX

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Artisanat de récupération :
Pour que rien ne se perde et que tout se recrée...
Claude NWAFO
Agro-économiste

L'artisanat de récupération s'appréhende de plus en plus comme une stratégie de lutte contre les déchets solides. Comment fonctionne-t-il et quelles en sont les différentes fonctions ?

Nos activités de production et de consommation des biens et services nous amènent à jeter dans la nature des déchets faits de matières diverses. Certaines matières y pourrissent en moins de six mois tels que les feuilles vertes, les restes de nourriture, les feuilles de papier, les morceaux de carton. D'autres par contre mettent plusieurs années voire des siècles pour se décomposer. C'est le cas d'une planche de bois peinte (13 ans), d'une boîte de conserve (100 ans), d'une cannette d'aluminium (200 à 500 ans), d'un morceau de plastique (plus de 450 ans). Un troisième groupe de matériau ne pourrira jamais dans la nature, à l'exemple d'une bouteille de verre ou d'un pneu. Comment débarrasser notre foyer ou notre quartier de ces ordures qui ne se décomposent pas ?

La récupération apparaît comme l'une des solutions à la prolifération des déchets non biodégradables. Elle consiste en l'activité de collecte sélective de ces déchets dans le but d'une réutilisation. Les objets désuets peuvent être simplement réemployés, parfois après remise en état ou modification de leurs fonctions premières. Les rebuts peuvent subir une transformation physique avant leur réinsertion dans le circuit de consommation. On parlera de recyclage dans ce cas. Les principaux acteurs de la filière de récupération sont les collecteurs de déchets, les artisans, les industriels et les commerçants.

La collecte des objets usagés se fait soit à la source auprès des ménages, soit dans les décharges publiques ou à la casse. A la décharge de Nkolfoulou, banlieue de la ville de Yaoundé, sur la route de Soa, une trentaine d'hommes et de femmes, dans la misère, cherchent leur pain quotidien. Dans un environnement nauséabond, avec pour seule protection un bâton en bois, ils fouillent, retournent et trient les ordures ménagères déversées par la société HYSACAM. Périodiquement, des revendeurs, des artisans et une ONG locale achètent sur place et en kilo leurs trouvailles : bouteilles, sceaux, casiers, souliers, ferraille et métaux non ferreux, etc.

Au marché de Mokolo à Yaoundé, un endroit est réservé à la vente des bouteilles, boîtes, bidons récupérés. Viennent s'y approvisionner, les marchands d'eau glacée, d'huile végétale, de miel, d'arachide grillé, de vin de palme et les tradipraticiens. Non loin du marché de Mokolo, se trouve le quartier des fondeurs dénommé Briqueterie. Ces derniers, le plus souvent immigrés sénégalais, sont réputés pour leurs marmites couramment appelées cocottes. La matière première se trouve en récupérant l'aluminium des boîtes, des canettes, de certaines pièces d'automobile, de vieux sommiers, tôles ou marmites. Les fondeurs produisent aussi des ustensiles de cuisine tels que passoires, louches, cuillères, spatules, etc., et parfois même des pièces de véhicule.

Les métiers de l'artisanat de récupération sont variés : chiffonnier, fripier, ferrailleur, forgeron, ferblantier, cordonnier, vannier… et plus récemment brocanteur (des objets importés ou volés). Grâce à leur imagination, les artisans prolongent la durée de vie des matériaux et des objets. Ainsi, les ressources naturelles utilisée comme matières premières sont en partie préservées. En plus de ce rôle écologique, l'artisanat de récupération a une fonction économique, culturelle et sociale. Il génère des emplois et offre des produits de consommation à faible prix destinés aux populations pauvres. Il stimule la créativité chez les enfants (fabrication des jouets) et les artistes. Il a donné naissance à une spécificité d'œuvre d'art reconnue de par le monde (œuvres de Séry Puig de la Côte d'Ivoire, de Romuald Hazoumé et des frères Dagpogan du Bénin, de J.F. Sumegne du Cameroun). Les artisans récupérateurs sont le plus souvent regroupés en castes avec des fonctions sociales parfois surprenantes. Chez les Matakam au Nord Cameroun, les forgerons sont devins et chargés de l'enterrement des morts. Leurs épouses sont potières et matrones.

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