ECOVOX

L'emballage naturel :
Une alternative possible à l'emballage
synthétique
Dr NYA Jean
La consommation d'emballages non dégradables prend de l'ampleur partout en Afrique. Pour y faire face, l'on peut recourir aux emballages végétaux traditionnels qui présentent bien des avantages. Explications d'un spécialiste de la question.
Un diagnostic rapide de l'offre en emballages végétaux révèle qu'il existe une multitude d'emballages alimentaires naturels obtenus à partir des matières premières locales, végétales pour la plupart (branches de palmier, de raphia, feuilles végétales, parties de fruits, etc.). Traditionnellement, ces emballages sont cultivés et récoltés ou cueillis dans la forêt et traités pour servir dans la conservation, le transport, la distribution et la promotion des produits de récolte ou des aliments en milieu rural. Le développement économique et ses conséquences ont entraîné leur transfert en milieu urbain où ils se retrouvent en compétition permanente avec les emballages synthétiques importés des pays développés ou fabriqués localement.
Une grande variété d'emballages végétaux
Une dizaine de feuilles végétales sont généralement utilisées comme emballage dans les trois départements du Sud du Bénin ; on peut citer l' "aflema" (fon) ou Thalia welwitschii, le "plokissa" (fon) ou malacantha alnifolia, le "kokwoema" (fon) ou Musa sisensis, etc. Certains de ces emballages feuilles sont cultivés (Thalia welwitschii) alors que d'autres sont simplement cueillis dans les brousses ou dans les bas-fonds. Ils sont surtout utilisés dans le secteur artisanal agroalimentaire pour emballer divers produits comme les différentes pâtes de maïs ou de manioc (akassa, "lio", "akpan", "gowé", "abla", "ablo", "kandji"), la moutarde des graines de néré ("afitin"), les poissons fumés, frits ou séchés, les beignets, les légumes cuits ou la viande mais aussi des produits non alimentaires (savon traditionnel, etc.). Selon la région ou le produit, certaines de ces feuilles sont préférées pour l'emballage (Thalia welwitschii pour l'akassa à Cotonou, Musa Sinensis pour le même produit à Porto-Novo). Initialement liées à la disponibilité de ces emballages dans les régions de consommation, ces spécificités sont actuellement autant, sinon plus, maintenues par les habitudes alimentaires que par la disponibilité de ces emballages.
Techniques de production et de conservation
Les techniques de production et de conservation des emballages feuilles varient avec le type de feuilles alors que les traitements d'utilisation varient selon les produits à emballer et parfois selon les saisons. Des études de propriétés fonctionnelles sur quelques feuilles Thalia welwitshi (Afléma), Tectoma grandis (Teckima), Musa simensis (kokwoema) et Cyrtosperma senegalensis (Toungoma), ont montré une grande diversité dans leurs caractéristiques, qui justifie certainement la variété des traitements appliqués par les opérateurs du secteur artisanal avant leur utilisation (cuisson, flambage, etc). Pour la plupart des feuilles, les opérations de prétraitement ont pour effet de réduire leur teneur en eau et leur épaisseur, de les rendre plus souples et plus malléables, plus perméables et plus résistantes au déchirement. Ces qualités sont recherchées pour certains aliments. Ces traitements permettent aussi de réduire la charge microbienne à la surface des feuilles.
A côté des emballages feuilles, une grande variété d'emballages végétaux sont tirés des ressources naturelles disponibles. Ce sont les paniers ou les sacs tissés à partir des branches de palmiers (Eloeis guineensis), de feuilles de raphia (Raphia hookeri) connus sous différents noms (adjagodoé, adokpo, adjahou, kenvi, etc.).
L'utilisation des feuilles ou d'autres parties de plantes pour emballer les aliments présente beaucoup d'avantages, aussi bien du point de vue économique qu'écologique. Elle est une alternative aux emballages synthétiques, presque tous importés. Leur production est une source de revenus non négligeable pour beaucoup de gens et pourrait permettre d'économiser des devises.
La filière des emballes feuilles mobilise plusieurs personnes qu'on peut regrouper en trois catégories d'acteurs : les producteurs ou cueilleurs d'emballages feuilles, les revendeurs et les transporteurs. Dans l'activité de vente d'emballages feuilles sur les marchés et les points de ventes des grands centres urbains des trois départements du Sud-Bénin, plus de 600 personnes interviennent, sans compter les vendeurs ambulants et ceux exerçant l'activité dans les zones rurales. La majorité sont des femmes pour qui cette activité constitue la principale source de revenus.
Au niveau écologique l'utilisation des emballages feuilles est une alternative à l'utilisation des matières plastiques et autres substances non biodégradables.