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Pollution multiforme :
La pollution de l'eau dans nos villes
Lazare N. DIESSE
Expert/Consultant en Sciences et Gestion de l'environnement

La pollution de l'eau dans nos villes est d'autant plus préoccupante que l'eau peut être considérée comme le milieu récepteur final de toutes les autres formes de pollution notamment de l'air et du sol. Les eaux superficielles telles que les lacs, les étangs et les cours d'eau ainsi que les aquifères font très souvent les frais des pollutions diverses. Cependant, ce ne sont ni essentiellement les sources ni l'ampleur et encore moins la nocivité des polluants mis en jeu qui rendent le problème de la pollution de l'eau crucial mais bien plus le sort qui est réservé à ces polluants une fois produits. Au fait, quelles sont les causes de la pollution de l'eau ? Quelles en sont les manifestations ? Quels en sont les effets sur le milieu naturel et sur l'homme ?

Les causes de la pollution de l'eau sont nombreuses et variées, les plus connues étant celles liées à l'activité humaine et notamment l'urbanisation et l'industrialisation.

L'urbanisation, de par la forte consommation de l'eau qu'elle engendre, entraîne la production d'une quantité considérable d'eau usées surtout domestiques. En effet, si nous prenons en exemple les villes de l'Afrique au Sud du Sahara, chaque habitant consomme en moyenne 53 litres d'eau par jour, ce qui entraîne logiquement une production de déchets liquides équivalente par personne. Il suffit de multiplier ce chiffre par sa population totale pour évaluer la quantité d'eaux usées produite par jour dans une ville comme Yaoundé au Cameroun.

L'utilisation des cours d'eau ou des torrents comme dépotoir de déchets ou encore comme lieux de vidange des fosses sceptiques engendre une pollution par les excrétas. Les eaux souterraines sont le plus souvent polluées dans des villes comme Yaoundé et Douala au Cameroun ou Brazzaville en République du Congo par une diffusion interne à travers la porosité du sol des agents pathogènes provenant des fosses de W.C.

L'industrialisation est l'une des causes majeures de la pollution de l'eau dans nos villes. Et ceci d'autant plus que les industries qui s'y installent ne prennent très souvent aucune disposition pour traiter leurs effluents liquides ou gazeux avant leur rejet dans le milieu naturel. Plus grave encore, les zones industrielles ne se démarquent généralement pas des zones d'habitation, ce qui amplifie les effets des pollutions sur les populations riveraines des villes telles Douala au Cameroun ou encore Pointe Noire en République du Congo.

Les autres causes de la pollution de l'eau sont liées à la mauvaise gestion des eaux usées dans nos villes pauvres. Ici, la règle générale, sauf dans quelques rares cas comme dans la ville d'Eldoret au Kenya, est l'absence de système de collecte et de traitement des eaux usées (égouts collecteurs, stations d'épuration…). Et lorsque ces stations d'épuration existent, elles sont inadaptées aux conditions générales locales, ce qui affecte leur bon fonctionnement et partant leur capacité épurative qui devient de ce fait médiocre. C'est le cas de la ville de Yaoundé et notamment des stations d'épuration à boues activées des lotissements dits "CITE VERTE", "GRAND MESSA" ou encore celle de l'Université de Yaoundé I dont les effluents ne répondent plus aujourd'hui aux normes reconnues, suite à un déficit de leur exploitation. Il en résulte une concentration de la pollution dans ces zones et leurs environs avec des effets aggravés.

Il faut ajouter à ces causes humaines, le mauvais drainage de certaines villes au relief plutôt plat telles que Douala et Cotonou. L'écoulement des eaux usées n'y est pas favorisé, ce qui entraîne leur stagnation, leur infiltration dans le sol et partout la pollution des nappes d'eau souterraines qui dans ce cas précis ne sont pas profondes.

En fonction de la source, l'on distingue plusieurs types de pollution dans les villes : la pollution bactériologique, la pollution organique, la pollution domestique, la pollution toxique par les produits chimiques ou encore la pollution diffuse qui regroupe une grande variété de sources.

Les manifestations de la pollution

Les principales manifestations de la pollution de l'eau sont d'ordre physico-chimique, bactériologique, biologique, épidémiologique ou (éco) toxicologique.

L'on note généralement dans les eaux usées la présence à des taux anormalement élevés des matières en suspension telles les débris divers, les produits de l'érosion, la matière organique…) ou encore des substances dissoutes telles les ions (ammonium, nitrates, nitrites, phosphates…), certaines substances chimiques toxiques telles le mercure, l'arsenic, le plomb… Ceci altère considérablement certains paramètres de caractérisation de l'eau tels la couleur, le potentiel hydrogène (PH), la demande chimique en oxygène (DCO), la température, la dureté… qui sont en réalité des indicateurs de la qualité physico-chimique de l'eau. Ces paramètres sont en général très altérés dans les eaux d'écoulement ou les eaux superficielles de nos villes.

La présence des micro organismes tels Escherishia Coli, Salmonella tiphi… permet de constater la pollution fécale d'une eau. Dans les villes de Yaoundé au Cameroun ou Brazzaville en République du Congo, l'on note généralement une forte présence de ces microbes dans les eaux de bas fonds et les puits. Ce qui indique une pollution fécale plus ou moins importante dans ces villes.

Certains organismes vivants sont aussi de parfaits indicateurs de la pollution des eaux. Leur présence dans une zone indique une pollution avancée de l'eau. Il s'agit surtout des daphnies, des sangsues, des rats, des moustiques…qui trouvent en ces eaux souillées un milieu propice pour leur développement. La présence de ces indicateurs dans les villes atteste de la mauvaise qualité des eaux.

Une autre manifestation de la pollution peut être liée à l'épidémiologie dans une région donnée. Les maladies hydriques telles que le choléra, la typhoïde, les dysenteries… sont très fréquentes dans les zones polluées. Les villes de la partie septentrionale du Cameroun et notamment Garoua et Maroua sont souvent soumises aux inondations qui charrient des déchets et des polluants divers et contaminent ainsi l'eau et les plantes causant des épidémies. Ces dernières deviennent dès lors des manifestations et les indicateurs de pollution. De même, le développement anormal des cancers, des leucémies ou des ataxies dans une région permet de soupçonner une pollution par certaines substances toxiques telles que le plomb, le mercure…

Ces métaux lourds sont aussi de parfaits témoins de la pollution de l'eau. Leur accumulation dans les tissus d'organismes vivants et surtout végétaux permet d'établir une pollution de l'eau même en cas de suppression de la source de pollution et donc de la normalisation des paramètres de qualité de l'eau. Des traces de métaux lourds sont en général observées dans des tissus de certaines algues des étangs qui bordent le campus de l'université de Yaoundé I. Etant donné la "biorémanance" de ces éléments, une étude le long de toute la chaîne alimentaire permettrait probablement d'obtenir des résultats au moins similaires.

Les effets de la pollution

Généreux moteur de vie, l'eau peut cependant devenir un véritable instrument de mort. Lorsqu'elle est souillée, l'eau véhicule et dissémine des micro-organismes ou des substances chimiques pathogènes. Les effets de la pollution peuvent être évalués à deux niveaux : sur le milieu naturel et sur l'homme.

Dans les villes, la pollution chronique et inapparentée affecte les cours d'eau et les lacs. Ainsi des cours d'eau jadis si claires, si engageants pour la pêche deviennent troubles avec les mousses de détergent ou d'autres substances polluantes et voient disparaître les poissons.

Les nitrates et les phosphates générés par la minéralisation des déchets riches en matières organiques ont une autre incidence fâcheuse sur l'écosystème aquatique. Elles engendrent le phénomène dit d'"eutrophisation". Ainsi, d'énormes masses de matières végétales envahissent les lacs et les cours d'eau, les bactéries oxydatives attaquent la matière accumulée au fond de l'eau. Ceci entraîne une consommation importante de l'oxygène aux dépens des espèces animales. La conséquence est un véritable étouffement de la vie aquatique et la mort massive des poissons et autres espèces dulçaquicoles. Tous les "lacs" de la ville de Yaoundé souffrent de ce phénomène qui les rétrécie énormément.

La pollution mécanique perturbe énormément la vie piscicole par une action sur les branchies des poissons. L'augmentation de la turbidité peut également être une gêne à la fabrication d'eau potable et diminuer la photosynthèse. En conséquence, elle entraîne la diminution de production de biomasse du milieu récepteur.

Les rejets d'eau chaude provenant des industries accélèrent certains phénomènes biologiques en particulier la dégradation de la matière organique. Ce qui peut entraîner un déficit en oxygène dissout dans l'eau et menacer la vie dans le milieu aquatique.

La pollution a aussi sur l'homme des effets très importants. L'absorption d'eau polluée peut causer chez certaines personnes des maladies très graves telles que le choléra qui est plus redoutable. Souillée par les déjections des malades, l'eau véhicule et dissémine le microbe responsable de la maladie. De même, la typhoïde est due à une toxine qui déclenche cette diarrhée qui caractérise la maladie. La poliomyélite, les innombrables gastro-entérites et diarrhées sont causées par les bactéries et virus. Toutes ces maladies et bien d'autres encore sont depuis longtemps des dangers dans plusieurs régions du monde et plus particulièrement dans les pays sous-développés.

La pollution chimique a de graves conséquences sur l'homme. Elle a des effets cumulatifs, c'est-à-dire mal éliminés par l'organisme. Ces toxiques y demeurent et ne manifestent leur nocivité qu'après un temps assez long et de manière quasi irréversible. Le plus souvent, cette matière toxique s'attaque au tube digestif, provoquant des diarrhées plus ou moins graves et douloureuses. Plusieurs s'attaquent au foie, voire au système nerveux (arsenic, mercure). Les nitrates qui sont par ailleurs suspectées cancérigènes empoisonnent le sang et perturbent le système d'échange d'oxygène chez l'homme.

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