ECOVOX

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Pollution multiforme :
L'incivisme permanent
Sylvestre TETCHIADA

Dans un contexte de gouvernance urbaine où les élus/nommés locaux sont plus enclins à se remplir les poches qu'à assainir leurs villes, l'on peut légitimement se demander à qui incombe la responsabilité de la pollution urbaine. Avis fort controversé d'un habitant de la capitale camerounaise.

"Yaoundé, ville poubelle ", " Yaoundé est très sale ". Voilà le décor peu reluisant de la capitale camerounaise que peignent à longueur de journée ses habitants. Trottoirs transformés en poubelles, jardins publics devenus des lieux d'aisance, chaussées rétrécies ou tout simplement infranchissables par endroits. Image symptomatique des grandes métropoles camerounaises, ce portrait illustre clairement le degré de pollution de nos villes dont le développement, le poids démographique et les secrétions quotidiennes contribuent au pourrissement de l'écosystème. Une situation déplorable au regard des engagements du Cameroun en matière des droits de l'homme, dont du droit de chaque citoyen à un environnement sain. D'où cette prise de conscience des pouvoirs publics qui culmine avec la création d'un ministère de la ville en 1997. De rares efforts d'assainissement connaissent la fortune que l'on sait, mais resteront longtemps étouffés par l'ampleur du phénomène, tant l'incivisme des populations est criard. Bien que le niveau de pollution constaté ici ne reflète pas nécessairement celui des villes industrielles des pays d'Europe, le cadre de vie en zone urbaine est un espace confus où les populations cohabitent quotidiennement avec des poubelles puantes disséminées un peu partout, les eaux usées non évacuées, …les détritus d'animaux domestiques.

L'urbanisation : un processus mal maîtrisé

La croissance urbaine se présente comme un processus accéléré dont la maîtrise semble échapper aux autorités. Espace de progrès, la plupart des métropoles camerounaises ont évolué dans le temps, aussi bien aux niveaux démographique que infrastructurel. D'où l'occupation anarchique des espaces et l'accroissement de l'habitat spontané qui rendent les problèmes d'assainissement et de pollution plus aigus. A Yaoundé, par exemple, on note l'absence de drains appropriés sur la quasi totalité des voies publiques. A contrario, celles qui existent sont bouchées et par conséquent, l'évacuation des eaux usées se fait sur la base de solutions individuelles d'assainissement. Dans les quartiers décents, aussi bien que dans les bidonvilles populeux, les eaux ménagères sont évacuées en général dans la rue. Ce qui rend celles-ci malsaines. On rencontre partout autant de déchets solides que liquides éparpillés ça et là, transformant l'espace urbain en îlots de poubelles. L'incivisme aidant, les populations urbaines, appauvries et obligées de développer des stratégies de survie, transforment le milieu urbain en un espace bucolique fourre-tout où se côtoient urinoirs à ciel ouvert et pâturages, ordures , carcasses de vieilles voitures et alliages de métaux rouillés.

Qui plus est, on relèvera une pollution constante des cours d'eaux urbains qui sont des réseaux naturels de drainage généralement gorgés d'immondices. L'exemple de Yaoundé reste assez édifiant. A l'occasion des grandes pluies, la ville connaît des inondations régulières, y compris dans les zones aménagées et, en saison sèche, c'est la stagnation des eaux nauséabondes et contaminées. A l'observation, la quasi-inexistence des systèmes d'égouts a rendu davantage complexes, les problèmes d'assainissement de l'environnement urbain. Quelques rares tentatives d'assainissement collectif dans la ville de Yaoundé ou de Douala se heurtent aux difficultés des stations d'épuration, dont le manque d'entretien, la surcharge, le manque de réglage induisent des pollutions odorantes ou aquatiques permanentes. Il en est ainsi du lac central de Yaoundé qui est resté sans entretien des années durant ou de la station piscicole de Melen.

Les ordures : une question de mentalité

L'un des problèmes majeurs d'hygiène et de salubrité des grandes métropoles camerounaises est le dépôt anarchique des ordures. Les ordures ménagères, les immondices diverses sont déposées le long des routes, étalées dans les surfaces aménagées à même le trottoir ou s'entassent simplement dans les abords des maisons ou des voies d'évacuation des eaux. Parfois, on assiste même à des cas de dépotoirs qui suppriment la chaussée et la rendent infranchissable et à des scènes de marché par-dessus les points de dépôts d'ordures. Cette habitude répréhensible des populations urbaines a de fâcheuses incidences sur l'environnement, mais aussi sur la santé.

Le bilan actuel du développement urbain est terni par le degré de la pollution qui charrie de graves conséquences environnementales. On remarque encore avec effarement que notre niveau actuel de développement se réalise malheureusement en compromettant la trilogie population-ressources- environnement.

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