ECOVOX
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Oxygène
Vivre en ville, à en mourir…
James AKIKA
C'est le paysan, le chauffeur, l'élève, la demoiselle en route pour les mirages de la ville qui répondent et s'expliquent ainsi au chanteur qui leur demande où ils vont et pour quoi faire.
Ils ne partent pas seulement de la Mifi, du Ndé, de Bandjoun et de Bafia,
mais aussi du Lom-et-Djerem, du Dja-et-Lobo, de Lolodorf, de Muyuka, de Kolofata,
de Wum et de mille autres bleds de la République, où la vie n'autorise
aucun rêve, même si l'environnement est plus maîtrisable et
plus sain.
Ils ne vont pas seulement à Yaoundé-la-Capitale ; ils courent aussi à Douala, à Bamenda, à Garoua, à Bafoussam, et dans toutes les agglomérations du pays -et de plus en plus de l'étranger.
Ils espèrent y trouver toutes les possibilités d'études, d'emploi, de plaisir, de "vie meilleure", en tout cas, qui les fassent échapper à la misère, à la mort rapprochée : l'eau qui sort du mur et que l'on ne va pas chercher au marigot à 5 heures du matin ; l'électricité qui donne la lumière propre et fait marcher la radio et la musique ; les routes goudronnées qui épargnent de la poussière et de la boue ; les bureaux où l'on gagne l'argent sans suer ; les boutiques partout présentes ; les taxis qui facilitent les déplacements et raccourcissent les distances ; les beaux vêtements, le cinéma, les boîtes de nuit Ah, la vie !
La ville, la ville Pour ceux qui y aspirent, et pour quelques-uns, les jeunes surtout, qui y vivent déjà, il n'y a rien de mieux. C'est l'eldorado, dont ils ne perçoivent que les facilités, dont ils ne voient pas - ou refusent de voir - les restrictions, les insuffisances, les nuisances qui tuent à petit feu, générées par les promiscuités en tous genres.
Ces nombreuses habitations, tantôt identiques, tantôt dissemblables, étouffées et étouffantes, collées les unes aux autres ou séparées par des grands murs, où l'on partage les bruits, les fumées et parfois le feu des voisins d'en haut, d'en bas ou d'à côté, où l'espace vital est plutôt chiche, en tout cas.
Ces embouteillages inextricables, ces files interminables où, à qui mieux mieux, voitures personnelles, camions de tous gabarits, taxis et bendskins se bousculent, bouchent tous les passages, produisent à longueur de journées et de nuits du bruit, de la chaleur, des gaz et la fumée noire de leur "zoua-zoua". De véritables chars d'assaut contre la couche d'ozone et la santé du tympan et des poumons
Ces montagnes d'ordures ménagères en putréfaction dans tous les coins de rue, dans les cours et arrière-cours, que tout le monde vient constamment ravitailler, que les éboueurs ne sont pas pressés de dégager, et que des écolo-ignorants brûlent. Votre nez et vos poumons ont ainsi le choix entre les ineffables odeurs de pourriture et les volutes de fumée cancérigène des plastiques
Vous avez parlé d'emploi ? Venez voir les sauveteurs et "bayam-sellam" constamment pourchassés des trottoirs et des chaussées qu'ils squattent ; les mendiants et autres handicapés aux feux rouges, devant les pharmacies, les boulangeries et les églises ; les pousseurs et autres "chargeurs" se bagarrant dans les marchés et les gares routières, pour une piteuse pitance
La ville, c'est aussi la pollution morale avec la prostitution professionnelle et la feymania, l'insécurité sous toutes ses formes, et le stress permanent que tout cela engendre.
On ne veut pas vous décourager, mais Si c'est ça que vous voulez, si c'est cette "vie meilleure" en pollutions que vous enviez à ceux qui sont obligés, pour une raison ou une autre, de vivre en ville, allez-y donc ! Vous rencontrerez sur votre chemin un tas de gens qui en reviennent tous les week-ends, en corbillard, pour s'installer pour l'éternité au village, dans leur "dernière demeure". Ils vous raconteront la ville.
Si c'est bien ça la "vie meilleure", allez-y donc mourir aussi.