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La pollution urbaine est un phénomène global et complexe dont la gestion, pour être efficace et efficiente, doit reposer sur une diversité d' approches, une pluralité d'acteurs et une confluence d'actions.
Max Weber définit la ville comme une agglomération dont les habitants s'occupent principalement des activités non agricoles. Elles peuvent être commerciales, artisanales, administratives, politiques et culturelles, mais aussi industrielles, c'est-à-dire orientées vers la production des biens matériels par la mise en uvre des matières premières. Les multiples fonctions de la ville et singulièrement la fonction industrielle font d'elle un carrefour de problèmes au cur desquels figure en bonne place celui de la pollution sous toutes ses formes : lumineuse et acoustique, des eaux , du sol et de l'air.
Autrefois marginal pour ne pas dire négligeable, le phénomène de la pollution a pris ces temps derniers des proportions inquiétantes dans nos villes : le visiteur qui débarque à Cotonou ou à Ouagadougou est tout de suite happé par un nuage de fumée que dégagent imperturbablement des dizaines de milliers de motos taxis. Dans certains quartiers de nombreuses capitales africaines, il faut se boucher le nez pour ne pas subir l'agression des odeurs pestilentielles dégagées par des installations sanitaires sommaires ou mal entretenues. Les industries qui quadrillent nos centres urbains sont devenues de véritables vandales environnementalistes qui rejettent leurs effluents liquides directement dans la nature, sans traitement ni précaution particuliers ; les ordures ménagères gagnent du terrain, au grand désarroi des citadins, mais sans aucun doute à la grande joie des malades mentaux, des rats, des souris et des chiens qui y trouvent leur pitance quotidienne. Comment en est-on arrivé là ?
La crise économique des années 80 qui a si durement frappé nos économies, a privé nos municipalités d'importants moyens d'action. La paupérisation galopante de larges franges de la population urbaine a érigé la débrouille en norme et favorisé l'expansion d'une économie sinon souterraine, du moins informelle. En conséquence de quoi, les secteurs de la friperie et des articles de seconde main importés d'Europe ont fleuri à la faveur de la baisse drastique du pouvoir d'achat des populations, transformant nos cités en de gigantesques poubelles. Aux ordures biodégradables sont venus s'ajouter des déchets solides et même toxiques, ce qui a davantage compliqué la problématique de la pollution urbaine.
Dans un contexte marqué par des aléas économiques mais aussi le refus des populations de mourir, les pouvoirs publics ont parfois, selon le cas, imaginé et mis en uvre des stratégies correctives multiformes comprenant entre autres l'institution de campagnes périodiques d'hygiène et de salubrité ; la saisie et la destruction des médicaments du trottoir ; l'interdiction de déversement des ordures ménagères à certains endroits sensibles ; la répression fiscale à l'encontre des débrouillards des différentes filières de l'informel, des établissements hôteliers et industriels et de tous ceux qui passent outre la réglementation anti-pollution. Dans la plupart des cas cependant, l'on a laissé le phénomène de la pollution s'installer et s'incruster dans les habitudes avant de s'y attaquer, de manière épisodique, artificielle et sectorielle.
Aujourd'hui, il convient de renverser cette approche ainsi que notre perception et notre gestion de la pollution. A voir la ville fonctionner, elle s'apparente de plus en plus à un écosystème dans lequel tout est lié à tout. Le problème des ordures ménagères par exemple est indissolublement lié à notre mode de production et de consommation des biens. Mais il est également en lien avec la qualité de l'air que nous respirons, notre état de santé, notre rapport à la terre, la qualité des relations avec nos voisins, le système hydrologique qui irrigue nos cités, etc. Traiter les ordures comme de simples détritus à enlever et à jeter reste une opération parcellaire et insuffisante au regard de ses multiples dimensions. De même, détruire par le feu des stocks de médicaments dits illicites peut paraître impressionnant à vue d'il. Mais le spectacle est loin de résoudre le problème dans le fond. Ici comme là, seuls les symptômes des problèmes sont identifiés et combattus. Les causes, elles, ne le sont pas.
En réalité, la pollution urbaine est un phénomène global et complexe dont la gestion, pour être efficace et efficiente, doit reposer sur une diversité d' approches, une pluralité d'acteurs et une confluence d'actions. Faute d'avoir compris cette vérité d'évidence, nous avons laissé nos villes patauger dans leurs eaux usées, croupir dans leurs immondices et inhaler des produits toxiques. Avec des conséquences incalculables sur la qualité de la vie. Faut-il alors jeter l'éponge ? La réponse à une telle interrogation ne peut être que négative. Si aujourd'hui la pollution urbaine a pris des proportions insoupçonnées, il n'en demeure pas moins qu'elle est gérable. Pour cela, une nouvelle gouvernance urbaine doit être imaginée et mise en uvre dans une optique de décentralisation effective et de participation citoyenne.