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La ville
dans l'Egypte ancienne
Professeur KENGNE FODOUOP
Géographe urbaniste et économiste
Perçue comme lieu de culte dans l'Egypte ancienne, la ville servait de siège au pouvoir politique.
Son importance se mesurait par sa capacité non seulement à abriter
les sépultures des rois (les pyramides), celle des fonctionnaires (les
mastabas) mais aussi les temples (lieu de célébration du culte
divin). Ainsi, contrairement à certaines thèses, les phénomènes
urbains et corrélativement de pollution dateraient d'une époque
reculée. Déjà à l'époque archaïque (3750-2700
avant J.C.), les pharaons étaient confrontés au contrôle
des crues du Nil. Celles-ci causaient beaucoup de dégâts parmi
lesquels les inondations. Selon certaines sources, ce sont ces inondations irrégulières
qui auraient donné à l'Egypte son originalité écologique
et auraient également façonné son paysage.
Inondations
Les inondations se caractérisaient par leur inconsistance. Les périodes entre 9500 et 9000 avant Jésus Christ seraient marquées par une succession d'inondations catastrophiques. Puis, les crues se sont amoindries et se sont stabilisées entre le VIIIe et le IVe millénaire avant Jésus Christ. Ceci a été possible grâce au développement des techniques d'irrigations artificielles. Celles-ci comportaient deux éléments : d'une part les levées et les digues, d'autre part les canaux. Les levées permettaient de limiter les eaux alors que les digues retenaient les eaux de l'inondation. Les canaux, eux, contribuaient à la collecte des eaux en amont pour les faire parvenir jusqu'au lit du fleuve. L'introduction du système d'irrigation par bassin à la fin du IVe millénaire avant Jésus Christ fut l'uvre des pharaons de la première dynastie. Ce sont ces différentes techniques qui ont permis de faire de l'Egypte un pays essentiellement agricole.
Entassements urbains
Les auteurs de cette brillante civilisation ont été également confrontés aux entassements urbains. Le cas de l'agglomération de Deir-El-Médina en est un exemple concret. Bâtie dans la province thébaine, elle fut créée à l'époque ramesside (1580-1090 avant Jésus Christ). Bon nombre de nécropoles privées y ont été exhumées appartenant à des ouvriers désignés par le terme pharaonique "les serviteurs de la place de la Ma'at". Ces derniers étaient composés de contremaîtres, de carriers, de charpentiers, de sculpteurs, de peintres et de manuvres.
Amoncellement des ordures
Ces différents spécialistes travaillaient selon les normes et principes définis par le pouvoir pharaonique. Une représentation provenant du Mastaba de Kaïemankh (Guizeh, VIe dynastie), nous montre un menuisier en train de travailler un lit en dessous duquel est posé un chevet. La sculpture fut aussi un domaine très prisé. Les tables d'offrandes, les stèles savamment sculptés participaient à la célébration du culte divin. Malheureusement, rien ne nous est signalé sur les techniques de récupération.
Les plans urbains qui nous sont parvenus de cette localité, révèlent l'existence d'une agglomération où s'entassaient hommes, femmes et enfants, causant du même coup un véritable encombrement humain dont les premières conséquences furent l'amoncellement de tas d'ordures, la promiscuité qui, à coup sûr, ont pu occasionner des maladies