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Barre Editoraial

Une opportunité de développement durable
Pasteur Jean-Blaise Kenmogne, Directeur Général du CIPCRE

Notre planète terre est une. Mais, pour des raisons idéologiques et de pouvoir, nous y avons introduit mille et un clivages, les uns plus inacceptables que les autres. Aussi, y avons-nous construit un tiers-monde et même un quart monde ; laissé prospérer d'un côté des pays développés, et de l'autre, croupir dans la misère des pays sous-développés. Ceux-là sont situés au Nord et ceux-ci au Sud de notre globe terrestre.

 

L’orsqu’en mars 2003, la guerre éclate entre la coalition des forces alliées avec les USA en tête et l’Irak, bien peu de gens imaginent qu’il s’agit d’un conflit à forte odeur de pétrole. Partout, on agite le spectre des armes de destruction massive (ADM) prétendument détenues par le raïs Saddam Hussein comme la cause principale du déclenchement de la guerre. Mais après plus d’un an de supputations relayées par une bataille médiatique sans précédent, ce qui n’était hier qu’un soupçon, se transforme progressivement en évidence : la mainmise sur le pétrole irakien et, au-delà, le contrôle politique et économique de toute la région proche-orientale sont les objectifs cachés des USA.

Il n’y a pas longtemps au Congo Brazzaville, Elf, une multinationale française d’exploitation pétrolière, a été fortement soupçonnée d’être derrière le coup d’Etat qui a réinstallé Denis Sassou Nguesso au pouvoir. Certains analystes estiment que la même compagnie est pour quelque chose dans le départ précipité d’Ahidjo du pouvoir en 1982. Au Nigeria comme en Angola, au Gabon comme en Guinée Equatoriale, les effets pervers de l’exploitation pétrolière sont nombreux : on y déplore une tendance à l'inobservation des normes environnementales par les multinationales, à la socialisation des pertes, à l’irrespect des obligations en matière d’indemnisation des populations victimes d’accidents liés à l’exploitation, au transport et à la commercialisation des produits pétroliers et plus grave encore, à la privatisation des Etats.

Les outils juridiques existants pour fonder en droit les responsabilités des multinationales du pétrole restent sans effet pour diverses raisons, dont : la mauvaise foi des Etats ; l’absence de contrainte des codes de conduite des multinationales que des associations citoyennes essaient, depuis les années 70, de promouvoir ; l’inadéquation entre les textes conçus dans des bureaux cossus et la réalité de terrain. Ce sont là autant de choses qui alimentent la saga des vautours autour des puits de pétrole et qui tendent à en faire une malédiction.

De là à affirmer qu’il existe un lien très fort entre le pétrole et le pouvoir, mieux entre le pétrole et la géopolitique, il n’y a qu’un pas que nous franchirons allègrement. Là où il y a le pétrole, se développe un jeu de pouvoir dans lequel sont impliquées des forces endogènes et des forces exogènes. Très souvent, et nous en avons des preuves en Afrique et au Moyen-Orient, les forces exogènes prennent le dessus sur les Etats qu’elles dominent, exploitent et violentent.

Est-ce à dire que les pays producteurs de pétrole sont irrémédiablement condamnés à en subir la malédiction ? Que non ! Grâce à la coalition des ONG du Cameroun et du Tchad, quelques avancées en matière de transparence ont été enregistrées dans le projet de l’oléoduc Tchad/Cameroun. Dans le même sillage, les associations citoyennes doivent se mobiliser sur le terrain pour éduquer les populations riveraines aux risques divers liés à l’exploitation pétrolière ; rechercher des alliances pour amener les Etats à adopter des lois sur la gestion des revenus pétroliers ; suivre les activités des multinationales et se liguer contre les infractions dont elles se rendent coupables ; la recherche d’énergies alternatives doit être encouragée pour désamorcer la cristallisation diplomatique et géopolitique sur ce produit et pour en retarder l’échéance de l’épuisement que d’aucuns annoncent pour la fin de ce siècle. Telles sont quelques-unes des conditions susceptibles de transformer la malédiction de l’or noir en opportunité de développement durable.

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