ECOVOX

B.P. 1256, Bafoussam/Cameroun
Tél. 344 62 67 - 344 66 68/ Fax 344 66 69 E-mail : ecovox@cipcre.org


Barre Lu pour vous

Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?
Dr. Kä MANA

Voici un livre fondamental pour comprendre les mécanismes du monde dans lequel nous vivons : le monde d’une globalisation financière gangrenée par la corruption des élites économiques, politiques, administratives, industrielles, intellectuelles et médiatiques. A partir du récit d’une enquête judiciaire sur l’une des «affaires» les plus retentissantes de ces dernières années en France, l’Affaire Elf, Eva Joly nous entraîne dans les méandres d’un univers étrange où les circuits de la grande corruption anéantissent les bases de la construction d’une société démocratique, juste et responsable face à l’avenir. Cet univers qui s’ouvre à nos yeux est celui d’un capitalisme dévoyé, d’une mondialisation sauvage qui détruit non seulement l’édifice politique et juridique des démocraties occidentales, mais tout l’ordre éthique du monde comme «maison commune» de l’humanité.

Avec cette mondialisation sans régulation éthique, tout devient permis dans le domaine des finances : caisses noires, sociétés écrans, délits d’initiés, enrichissements illicites, liens mafieux entre les responsables politiques et le monde de la finance. La grande corruption est devenue ainsi le cœur du système économique mondial. Surtout dans les secteurs «les plus sensibles» où sont engagées des sommes faramineuses : «l’énergie, les grands travaux, l’armement, les télécommunications et l’exploitation des ressources minières». Dans ces secteurs s’est tissée une trame des pratiques illicites qui bénéficient d’une impunité totale.

Corruption et impunité se nourrissent ainsi l’une l’autre et se confortent dans le système de la globalisation financière actuelle, un «capitalisme de compères» où les «les centres névralgiques du pouvoir» sont noyautés par «un petit groupe d’individus» et leur système de ramification. «C’est l’impunité dont bénéficient les dirigeants politiques et industriels qui les conduit à protéger les boîtes noires de la mondialisation (places offshore, marchés financiers des produits dérivés, paradis bancaires, chambres internationales de compensation à l’abri des contrôles), lesquelles leur permettent de cacher et de placer le fruit de la corruption et profitent également aux trafiquants internationaux et à la criminalité organisée».

Eva Joly, en analyste informée et perspicace, démêle tranquillement l’écheveau de cette «connivence entre initiés». Celle-ci ne concerne pas seulement la France dans l’affaire Elf ni le seul espace euraméricain. Elle est mondiale et opère de partout vers partout.

«L’enquête Elf a montré une interconnexion régulière entre les comptes occultes des dirigeants de l’entreprise pétrolière et les comptes des chefs de guerre rivaux en Angola et au Congo-Brazzaville. La caisse noire présumée servait indistinctement aux uns et aux autres. L’instruction de l’Angolagate semble marcher sur les mêmes brisées, révélant des relations étonnamment étroites entre personnalités françaises, financiers russes et despotes africains». Un vaste monde de crime organisé.

Corruption, impunité et crime, voilà donc la trilogie de la rationalité globale qui gouverne le monde aujourd’hui. L’économie politique de la corruption, de l’impunité et du crime, c’est notre monde même. Est-ce dans ce monde que nous voulons vivre ?, demande Eva Joly.

Sa réponse est claire et cinglante. C’est non. Tout le livre est le cri outré, indigné et rigoureux de ce non sans compromis. C’est une invitation à une bataille sans merci entre l’ordre de la corruption, de l’impunité et du crime. Un appel à la résistance citoyenne et aux ripostes organisées sur la base d’une nouvelle conscience collective.

L’arme de cette lutte, c’est le droit, la force du droit, le système juridique au service d’une vigilance qui doit devenir, elle aussi, mondiale, comme le système qu’elle combat.

Eva Joly énonce des principes simples pour engager la lutte contre la grande corruption et ses bases de crime et d’impunité :

«D’abord par pragmatisme : contrôler un petit groupe d’individus clairement identifiés», ceux qui, dans la société, de par leur position de responsabilité, sont susceptibles d’être entraînés dans l’engrenage de la grande corruption. Il faut constituer des digues autour d’eux et les contrôler «en priorité». C’est le principe de «la prévention systématique», à travers quelques "dispositifs ingénieux". Notamment : «une veille sur les comptes bancaires» des hauts responsables politiques, une interdiction «aux établissements bancaires d’avoir un compte, dans leur pays et à l’étranger, au nom d’une personne politiquement exposée, sous peine de mettre en cause la responsabilité pénale du banquier».

Ensuite, mettre sur pied des mécanismes de sanction. Dans notre monde d’aujourd’hui où «la sanction de la grande corruption est rarissime», il faut mobiliser tout le système juridique autour de la question de la corruption et libérer une grande volonté chez les magistrats et les juges pour que l’ordre actuel d’impunité soit détruit, ainsi que toute son ossature de la criminalité.

Enfin, il est nécessaire de mobiliser les énergies de la conscience collective pour lutter contre le système en dénonçant constamment ses pratiques.

L’enjeu de tout cela, c’est notre avenir : l’avènement d’un autre monde où il nous sera permis de vivre sereinement dans un bonheur paisible. Ainsi rêve Eva Joly. Mais s’agit-il vraiment d’un simple rêve ? Je ne crois pas. Il s’agit d’autre chose et osons le mot : une révolution.

Forages en eau profonde
Les secrets de «l’affaire ELF»

Roger KOUAM

Le livre nous introduit dans l’univers obscur de la gestion du pétrole. On a l’impression d’avoir ici affaire à un règlement de comptes entre une justice française représentée ici par la juge Eva Joly et les grands patrons de l’Etat généralement considérés comme inattaquables. Pourtant «Forage en eau profonde» expose les lois impassibles d’une jungle qui ne dit pas son nom. Parce que le monde de l’exploitation pétrolière est une jungle où il n’est pas facile de garder sa lucidité. Le sous-titre «Les secrets de l’affaire Elf» est révélateur. Grâce à leur flair de journalistes, Valery Lecasble et Airy Routier ont mis dans la rédaction de cet ouvrage un certain sens de l’humour qui dévoile les contours et les détours d’une bataille autour du contrôle de la toute puissante société pétrolière française Elf, dans laquelle sont engagés d’un côté les politiques et les patrons et, de l’autre, les juges et les médias.

1989 – 1993 : Loïc Le Floc-Pringent est patron de la société Elf, nommé à ce prestigieux poste par le Président Mitterrand. En 1995, Jacques Chirac s’apprête à le faire revenir aux affaires, mais à cause de sa gestion douteuse, la juge Eva Joly s’interpose, le met en examen d’abord, puis l’envoie à la prison de la santé, alors qu’il était président d’une autre société, pas moins puissante, la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF). Il y passera 5 mois 18 jours, dont 3 semaines à l’hôpital.

L’affaire Elf a ébranlé tous les milieux d’affaires en France et a eu des ramifications même en terre africaine avec l’intervention du Président Omar Bongo du Gabon, lorsque Eva Joly délivre une commission rogatoire internationale pour connaître les bénéfices d’un compte ouvert à la Canadian Imperial Bank of Commerce (CIBC) de Genève au nom de la société Kourkas qui abriterait une partie des fonds de cet homme d’Etat. La CIBC est d’ailleurs connue à Genève pour abriter les fortunes personnelles des présidents africains ainsi que l’argent que certains d’entre eux mettent à la disposition de leurs amis politiques en France.

Tout au long de cet ouvrage de 407 pages, les protagonistes se livrent une bataille sans merci où tous les coups sont permis. La lecture de ce livre est passionnante et suffisamment accrocheuse pour maintenir le lecteur dans un univers où la vertu combat le vice.

[Home][Sommaire]

© WAGNE: Find the african NGO's and companies by www.wagne.net E-mail : info@wagne.net