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Pipe-line
Tchad/Cameroun :
Le banditisme de l'Etat tchadien
Dans son ouvrage remarquable, Noir Silence (éd. les Arènes, Paris, 2000), François-Xavier Verschave, président de l’association Survie, a rassemblé et analysé un nombre impressionnant d’informations qui dévoilent le fonctionnement du régime d’Idriss Déby. Un pouvoir fondé sur l’achat ou l’élimination physique des opposants politiques (voire les deux à la fois), la répression et la terreur des populations, le crime économique organisé… et la bienveillance de certaines grandes puissances. Le tout emballé dans les oripeaux de la démocratie. Nous reproduisons ici quelques passages du chapitre de ce livre consacré au Tchad (PP. 151-174) traitant de faits de grand banditisme d’Etat.
Le clan Déby a repris les pratiques prédatrices de son prédécesseur
(Hissène Habré) dans la collecte de l’impôt, une douane
à tarif variable, l’achat des fonctions publiques, les fournitures
aux armées, les ventes d’immeubles et domaines publics, l’octroi
des marchés de l’Etat (un exemple parmi d’autres : la Société
nationale d’entretien routier (SNER) appartient à la famille présidentielle.
Elle s’arrange fréquemment pour ne pas achever les travaux de réfection
avant la saison pluvieuse. Il faut du coup tout reprendre après les pluies.
Un bon moyen de ponctionner les rallonges dites «d’ajustement structurel»
régulièrement consenties pour boucher les trous… du budget
de l’Etat tchadien), la société nationale Cotontchad, le
transport routier, l’aide internationale. Entre autres grosses ponctions,
une aide taïwanaise de 48 millions de dollars a été mise
au frais dans une banque américaine (Selon «Tchad, une saison des
pluies rebelle», in La lettre du Continent du 20/05/1999».
«N’Djamena est un point de passage de la fausse monnaie (et de la drogue) en provenance du Nigeria. En dépit de son passeport diplomatique tchadien, un conseiller d’Idriss Déby, Djamal Adoum Aganaye, beau-fils de l’ambassadrice du Tchad en Allemagne, a été condamné dans ce pays à vingt ans de prison pour trafic de cocaïne : 130 kg, saisis à Düsseldorf dans des cantines étiquetées… République du Tchad.
Faux-monnayage
Mais l’été 1998 a plus fortement illustré encore la décomposition criminelle de ce pouvoir installé par la DGSE. Une énorme affaire de faux-monnayage a émergé, portée par des proches du président Déby, avec peut-être des ramifications hexagonales (sur cette affaire : N’Djamena Hebdo (27/08/98) ; Le Canard enchaîné (09/09/1998) ; Le Citoyen (Niamey) (22/09/1998) ; La Lettre du Continent (24/09/98) ; Le Parisien (30/09/1998) ; Le Monde (28/06/1999). Lazare Pedro, un ami togolais d’Idriss Déby, très introduit aussi dans la classe politique française (côté libéral), est arrêté en juin 1998 en plein Paris. Son cabriolet Mercedes regorge d’argent français. […] Il vient de convoyer une incroyable quantité de billets de Bahreïn, des coupures de 20 dinars, il en aurait changé pour 150 millions de francs. Il apparaît en tous cas comme l’un des maillons principaux d’une extraordinaire opération de faux-monnayge, ou de blanchiment d’argent noir, avoisinant les 2 milliards de francs. Une somme si énorme que les autorités de l’émirat, craignant la déstabilisation de leur monnaie, ont dû en urgence retirer de la circulation toutes les coupures de 20 dinars, et demander l’assistance du FBI. […]
Tentative d'escroquerie
[Ces billets, imprimés en Argentine, ont été acheminés] par plusieurs vols spéciaux d’un Boeing 707 de la Compagnie bruxelloise Espace Aviations Services. Ils ont transité par les aéroports de N’Djaména et Niamey, où ils ont été déchargés sous haute surveillance militaire : les clans au pouvoir dans ces deux pays, autour des généraux Déby et Baré Maïnassara, se montrent à la hauteur de leur réputation. Pourquoi ces deux Etats ? Ils ont des accords de change avec certains émirats. Déjà, la Banque tchadienne de développement (BTD), dirigée par l’atypique et très influent Idriss Outman, aurait tenté d’escroquer l’émirat de Dubaï avec 200 millions de faux dollars fabriqués au Nigeria.
Source : Rapport Hors Série de la lettre mensuelle
de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme,
n° 295 juillet 2000, P. 23
Note : Les intertitres sont de la rédaction
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