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L’odyssée
du brut
Jean TAKOUGANG
Enseignant
L’histoire du pétrole est riche en péripéties de toutes sortes. Voyage au cœur de ce produit qui, au fil du temps, a conquis une place importante dans notre vie quotidienne.
Le brut, le kérosène, l’or noir, voilà autant de
termes consacrés pour désigner un seul et même produit,
un combustible qui a traversé des millénaires, défiant
et bravant les autres sources d’énergie avec la même ténacité
et le même bonheur, bouleversant les habitudes et marquant les civilisations
de ses applications innombrables et tentaculaires : le pétrole, puisqu’il
s’agit de lui, est cette pieuvre qui depuis si longtemps, règne
sans partage sur le monde. Dans la Bible, la Genèse (6 : 4) nous révèle
qu’il y a 2000 ans avant J.C., lorsque NOE construisit son arche, il se
servit du goudron pour parfaire son étanchéité. Par ailleurs,
l’histoire nous enseigne que les Babyloniens se servaient d’hydrocarbures
comme mortier pour leurs briques de terre cuite, que les Egyptiens les utilisaient
pour momifier les corps de leurs rois et que d’autres peuples de l’Antiquité
s’en servaient à des fins médicales. Savaient-ils que c’étaient
là des dérivés du pétrole et qu’ils avaient
en main un sésame qui allait ouvrir toutes les portes, changer le cours
de l’histoire et façonner le destin des pays et de l’humanité
toute entière de façon irréversible ?
Comme marée en Carême
Mais toujours est-il qu’il ne serait pas exagéré de dire que c’est à la lampe tempête que le pétrole doit son formidable essor car c’est sous cette forme qu’il fit une entrée fracassante dans nos campagnes, dans nos mœurs et dans les contrées les plus reculées du globe. Avant son avènement, aux USA par exemple, les gens s’éclairaient avec l’huile de baleine, la graisse et d’autres substances qui ne fournissait qu’une flamme vacillante et une lumière hésitante et incertaine. Le pétrole arrive donc comme marée en Carême et sa découverte constitue une véritable révolution. Dès le XVe. siècle, les habitants de Bakou, capitale de l’actuelle Azerbaïdjan s’éclairaient grâce au pétrole que fournissaient des puits de surface. En Roumanie, en 1650, on creusait des réservoirs peu profonds où l’on plaçait du pétrole lampant pour s’éclairer.
En 1859, lorsqu’Edwin Drake, chauffeur de locomotive à la retraite,
à l’aide d’une chaudière à vapeur de récupération
fora un puits de 23 m jusqu’à une nappe de brut, s’ouvrit
l’ère du pétrole. C’était à Titusville,
en Pennsylvanie. L’industrie pétrolière pennsylvanienne
naissante et florissante est d’abord confrontée au problème
de mesure et de transport. L’invention du moteur à combustion interne
qui allait équiper les automobiles n’interviendra que plus tard
et les véhicules fonctionnant avec de l’essence, un des dérivés
du pétrole, ne fera son apparition dans la plupart des pays industrialisés
qu’à la fin des années 1920.
Sémantique du pétrole
L’industrie pennsylvanienne stocka alors son pétrole brut dans des tonneaux de vin et les transporta dans des charrettes. Ces tonneaux, autrement appelés «barils» pouvaient contenir jusqu’à 180 litres mais pour ne pas perdre un peu du précieux liquide pendant le voyage, on n’y mettait que 159 litres. C’est ainsi que, bien que le pétrole puisse être aussi mesuré au poids (en tonnes), le baril de 159 litres a résisté au temps, s’est imposé, et est de nos jours indissociable de la sémantique du pétrole.
Mais plus tard, dès 1863, les charrettes seront remplacées par des conduites en bois, de petit diamètre, moins chères et plus adaptées. Aujourd’hui, elles aussi ont fait place à de vastes réseaux d’oléoducs ( ou de pipe-lines) et de gazoducs, principalement en métal. Grâce à la technologie de pointe, on peut à présent contrôler automatiquement le débit et la pression dans de vastes réseaux de canalisations. On peut aussi utiliser des «furets intelligents» ou l’inspection par flux magnétique ou ultrasons. Mais l’oléoduc n’est pas toujours la solution la plus pratique pour transporter de grandes quantités de pétrole brut par-delà les mers. On a vite imaginé les pétroliers, navires de près de 400m de long pouvant transporter 140000 tonnes de pétrole ou plus. Le transport en masse se fait aussi par péniche ou par rail.