Directeur de Publication : Jean Blaise Kenmogne
 
 
 
 
 
 
 
Nouvelles Eglises: Priez, criez et…vous aurez le bonheur    

 

Les nouvelles congrégations religieuses ont un mode opératoire proche de celui des premiers missionnaires en Afrique : faut louer le seigneur, via des séances bruyantes de prière, sans se poser des questions. Conséquence, l'opulence des "patrons" de ce que certains appellent "Eglises de réveil" n'a d'égal que la misère rampante de leurs fidèles. Enquête.

 

David Atemkeng

Yaoundé, quartier Ngoa Ekélé, un jour de mai 2007. Martin, 27 ans, fidèle d'une Eglise dite de réveil se déchaîne, au détour d'une entrevue, contre la presse nationale. "Cessez de nous diaboliser ! Il y a un de vos collègues journalistes qui est venu ici l'année dernière et est allé écrire du n'importe quoi sur notre église. Sachez que vous ne nous empêcherez jamais de louer notre Dieu". Le propos est sentencieux. Dépité, il s'en va, en emportant avec lui l'image de "l'homme mystérieux" à qui le voisinage prête toutes sortes d'étiquettes. Le "pentecôtiste", le "born gain", le "réveillé", etc. C'est que depuis deux ans, la vie de Martin a changé. "Il prie à tort et à travers. Le vendredi, c'est grave. Ses amis et lui se retrouvent là, dans leur Eglise pour des séances musclées et soutenues de prière", explique un voisin de Martin.

Nouvelle passion

Mais dans cette partie du très populaire quartier Ngoa-Ekelé, tous ceux qui connaissent Martin sont d'avis que si cet ancien étudiant a changé du point de vue de ses nouvelles croyances, il n'a pas évolué d'un pouce sur le plan de l'épanouissement social. Il occupe toujours sa chambre d'étudiant et ne porte rien qui physiquement pourrait conduire à penser que l'Eglise, qui est désormais sa nouvelle passion, lui renvoie l'ascenseur de sa fidélité. Les Martin sont nombreux au Cameroun de 2007. Les Eglises dites de réveil aussi. Elles poussent comme des champignons. Elles font désormais partie du décor des grandes villes. Plus globalement appelées "nouvelles Eglises", elles ont le vent en poupe. Les "clients" sont généralement des personnes qui, pour une raison ou une autre, ont été déçues dans une vie antérieure. Un passé qu'elles veulent vite enterrer. Ici, on prie à très haute voix. Chante fort. Crie à tue tête, au mépris de la gêne des voisins et passants. "Chaque première semaine du mois, ils organisent une veillée de 18 heures à l'aube pendant deux ou trois jours. Là alors, c'est le comble. Toute la sérénité du quartier s'en trouve ébranlée", confie sous anonymat un habitant du quartier Nsimeyong à Yaoundé.

 

Croyance aveugle

Dans ce milieu, l'homme de Dieu et ses ouailles de cette congrégation proche du pentecôtisme mettent tout le monde mal à l'aise. "L'année dernière nous avons même initié une plainte contre cette curieuse façon de louer le seigneur. Malheureusement, on n'est pas parvenu à les ramener à de bons sentiments. Ils ont des entrées incroyables dans les cercles de décision" ajoute Joseph Désiré, cadre de banque, qui habite non loin de ce bruyant milieu de prière. Ce vendredi 4 mai est effectivement jour de prière. L'arrivée du pasteur parachève le décor constitué de hauts parleurs, de micros, de traducteur et…de fidèles. La séance commence. Tel un politicien en pleine campagne électorale à ciel ouvert, l'homme d'Eglise martèle son discours. En près de trois heures d'horloge, il parle sans interruption. Le message exhorte à la croyance aveugle en cet être mystérieux qu'il dit avoir rencontré et qui a donné une nouvelle orientation à sa vie. Il le loue avec toute son énergie. Le son et le ton montent au fil du déroulement de la prière. Tous les fidèles sont visiblement d'accord avec l'homélie. Pour preuve, les "amen" et les "gloire au seigneur" s'entremêlent dans un vacarme assourdissant. Outre les zones de Ngoa-Ekélé et de Nsimeyong, Yaoundé regorge de plusieurs autres centaines de nouvelles Eglises comme ça. Peu ou prou connues. Parfois sous des dénominations aussi insolites que mystérieuses : "Eglise des rachetés de Dieu", "Le Réveil du monde", "Le Ministère du renouvellement charismatique", "La nouvelle ascension du Christ", etc. Mais quel que soit le bout par lequel on saisit ce sujet, on aboutit à la même conclusion. Les promoteurs de ces congrégations tiennent un discours sur la croyance et le miracle. Parce qu'ils sont pour la plupart relativement aisés ou même riches, ils donnent, notamment à leurs fidèles, l'impression que c'est la foi qui leur a tout donné. Une sorte du "crois, prie et tranquillise toi. Dieu te conduira à la prospérité". De véritables marchands d'illusions.

Derive spirituelle

Dans leur immense majorité, ces "Eglises de réveil" ne sont pas en règle avec la réglementation : pas d'autorisation d'ouverture. Juste un "siège", une baraque de fortune généralement coincée au milieu des maisons d'habitation. Une véritable dérive spirituelle qui rappelle la prolifération des sectes. Une situation confuse que le cadre réglementaire n'est pas pour arranger. En fait, la signature du décret présidentiel n°90/53 du 19 décembre 1990, modifié par la loi N°99-011 du 20 juillet 1999, portant libéralisation des associations au Cameroun, semble avoir ouvert les vannes d'une véritable navigation à vue en matière de régulation de ce secteur. De multiples appels à l'ordre n'aboutissent à rien. Et des centaines de milliers de fidèles continuent, c'est leur droit, à penser, en croyants candides, que la solution à leurs multiples problèmes quotidiens passe par là.

Par David Atemkeng, Journaliste