Directeur de Publication : Jean Blaise Kenmogne
 
 
 
 
 
 
 
Au nom du Père
 

 

Par Eugène Fonsi

Au nom du Père des Eglises ont transformé l'Evangile en un laïus de contradictions et de sophismes, un puzzle de préjugés et un creuset d'extraversion culturelle. Dans un paradigme unique où elles canalisent tout et où tout vient s'engloutir, elles ont laissé peu de place au libre arbitre, à l'expression de la liberté et de l'autonomie des peuples autochtones, se disqualifiant ainsi comme instruments de promotion humaine.

Au nom du Père, le message chrétien a été encombré idéologiquement pour ne pas dire politiquement et socialement. Arc-boutés sur des positions dogmatiques et embourbés dans des enjeux de pouvoir, des fonctionnaires de Dieu à la duplicité avérée ont arrimé des casseroles à la réputation déjà foireuse de leurs Eglises en prenant fait et cause pour les princes qui nous gouvernent, en dépit du bon sens élémentaire. Par des contorsions dialectiques étranges, ils ont appelé au secours la parole de Dieu pour justifier leur forfaiture. Est-ce avec un tel handicap, une telle claudication mentale et de tels tours d'illusionnisme qu'ils iront aux noces du ciel et de la terre ? Comment peuvent-ils être à la fois des girouettes soumises aux humeurs éoliennes des pouvoirs politiques et des serviteurs fidèles de notre Père ? Au lieu de consoler la détresse de leurs ouailles ici et maintenant avant de leur promettre le bonheur dans l'au-delà, des Eglises ont malheureusement fait l'inverse.

 

Ou plus exactement, elles ne se sont occupées que de la vie de leurs fidèles après…. leur mort ! La goutte d'eau qui a fait déborder le vase du ridicule, c'est qu'elles ne se sont pas privées, pendant ce temps, d'amasser, pour elles-mêmes, des biens meubles et immeubles, de l'argent et tutti quanti. Peut-on être crédible quand on demande à autrui de faire ce qu'on lui dit de faire et non ce qu'on fait soi-même ? Qui ira croire que des hommes et des femmes que tenaille la faim et que talonnent moult problèmes existentiels peuvent survivre au moyen de telles incantations mystificatrices ? Au nom du Père, des chapelles, plus aptes à aboyer leur profession de foi et à s'autoproclamer les plus belles et les plus intelligentes, ont pour ainsi dire, déclaré la guerre aux autres Eglises. Confortablement installées dans une vision manichéiste de l'univers et qui plus est, de l'environnement spirituel, elles proclament urbi et orbi, que ceux qui ne sont pas avec elles opèrent dans le camp du mal et sont contre elles. Pour elles, le bien qui les distingue des autres prend les couleurs du vrai, du beau et du juste tandis que le mal qui vient essentiellement des autres, est incarné par le faux, le laid et l'injuste. Le monde en noir et blanc, une lecture simpliste de la Bible, un épandage de messianisme mêlé de sinistrose, des enseignements sur fond de manipulation, telles sont quelques-unes de leurs stratégies qui ont fini de faire d'elles des projecteurs qui éblouissent alors qu'on attend d'elles qu'elles soient des phares qui éclairent. Quel sérieux faut-il accorder à ces " églisettes " dans un environnement pris entre l'étau des considérations spirituelles et l'enclume des exigences pragmatiques ? Quelles réponses ont-elles à proposer face aux grandes questions que pose notre monde en mutation ? Savent-elles qu'elles doivent recomposer leur relation au développement ? Au nom du Père, le temps est venu d'écrire les paroles spirituelles de la musique du développement. Sinon, le risque est grand qu'elle ne sombre dans la cacophonie, n'exacerbe les pulsions égoïstes de l'Homme et ne l'empêche de s'accomplir pleinement. Le temps est venu de donner aux ailes de l'utopie messianique le corps et les armes d'un pragmatisme humaniste ; de rompre avec toutes les épiceries spirituelles qui n'ont sur leurs étals que l'esprit millénariste et l'ersatz de foi, d'espérance et de charité fraternelle à promouvoir. Au nom du Père et non du vice, des sains d'esprit et non des charlatans de tous bords, que cela soit ainsi !