Directeur de Publication : Jean Blaise Kenmogne
 
 
 
 
 
 
 
Qu'est ce que l'Eglise
   

 

Pour les spécialistes, l'Eglise est à la fois une institution de Salut, une Communion Mystique, une Annonciatrice de la Bonne Nouvelle, un Sacrement et une Servante du Royaume. Mais que signifiet- elle par rapport à la problématique du développement ?.

 

Il est aujourd'hui prétentieux de parler d'Eglise en restant à la forme singulière de l'expression, car la réalité à laquelle nous sommes confrontés, c'est plutôt celle des "Eglises". N'empêche qu'il soit souhaitable de retourner aux origines du mot, pour y rechercher l'intention propre de ceux de qui nous vient ce terme pour désigner l'Assemblée des fidèles du Christ. Eglise est le Français qui traduit le Grec Ekklesia. Ce mot se retrouve surtout dans la traduction Grecque de l'Ancien Testament, (la Septante) et traduit lui aussi un mot hébreu pour désigner "Convocation" : il s'agit du mot Qahal. Dans cette expression hébraïque de laquelle nous tenons le terme Eglise, il y a l'idée d'un appel par Dieu d'une certaine catégorie de personnes, le peuple rassemblé sur l'ordre de Dieu et des chefs choisis par lui. (Dt. 31, 30). On trouve aussi très proche de ce terme de convocation, le mot Sunagôgé qui a un sens voisin de Ekklesia, s'entendant comme l'action de réunir et du résultat de cette action, c'est-à-dire "l'assemblée réunie". Nous comprenons ici donc que si des édifices ont été appelés Eglise, c'est dans un sens plus tardif, et donc figuré. L'Eglise, la synagogue, c'est d'abord l'assemblée réunie, convoquée par Dieu lui-même sous le guide de ses messagers. Dans le Nouveau Testament, l'Eglise est le Nouvel Israël, le Nouveau peuple de Dieu, l'ensemble des chrétiens appelés à la foi dans le Christ par le baptême, et qui répondent à cette convocation divine. Le mot désigne donc aussi, l'assemblée constituée de chacune des communautés chrétiennes, réparties à travers le monde, mais intégrées à ce tout indivisible. L'ensemble des Eglises forme l'Eglise que Saint Paul appelle souvent l'Eglise de Dieu. (1Co 6, 4 ; Ac 11, 22.) L'Eglise s'entend aussi finalement de Jésus-Christ qui dit à Pierre dans les Evangiles Synoptiques, "Tu es pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise" (Mt 16, 18-19), pour dire que cette assemblée des fidèles du Christ va fonder sa foi sur celle des apôtres, et que ces derniers seront les colonnes de la vérité et devront guider cette assemblée convoquée par Dieu vers l'aboutissement de la création tout entière, c'est-à-dire la joie de vivre avec Dieu pour l'éternité. Nous entrons ainsi dans le sens de l'Eglise en pèlerinage sur la terre vers le Royaume des cieux. Mais essayons de comprendre cette assemblée dans son vrai sens avant de la mettre dans la dynamique de son cheminement.

L'Eglise comme institution de salut

La question du salut de l'homme est très importante quand on considère la réalité de l'Eglise. Elle est si capitale qu'on ne peut réfléchir sur l'Eglise sans avoir en filigrane le salut de l'homme. Le Salut, c'est le nom qui vient du verbe sauver. Parlant dans notre contexte, le salut de l'homme serait donc cet acte par lequel il est sauvé d'un malheur imminent, d'une catastrophe grave. En considérant les tenants et les aboutissants de cette réalité, le salut dont nous parlons ici est celui du péché, dont l'homme s'est rendu victime, et duquel l'Eglise, du moins l'assemblée du peuple de Dieu convoquée par Lui-même est appelée à être sauvée. Ce Salut, en réalité, a été accompli une fois pour toutes par le Christ dans la Mort et la Résurrection dont il est devenu le sujet, en accueillant la souffrance et la passion pendant ce que nous commémorons tous les ans dans le Triduum Pascal. La mission de l'Eglise finalement devient celle d'être au milieu des hommes, dans la société de notre temps et de tous les temps, le témoin de cette nouvelle possibilité qui a été offerte à l'homme par Dieu dans ce qu'on appelle le mystère de la Rédemption. Il s'agit pour elle donc de s'approprier à chaque fois ce don de grâce, obtenu par Jésus-Christ, et de le redonner ou mieux de le re-proposer à l'homme de toutes les époques, afin qu'il y réfléchisse, qu'il y médite pour s'inscrire dans le projet de Dieu pour lui comme individu et pour le monde comme famille de Dieu. C'est cela la grande préoccupation de l'Eglise, et nous pensons aussi, des Eglises, dans le respect des spécificités. Cette Eglise donc, appelée à être une dans celui qui l'a fondée (Jn 17, 11) afin que le monde croie, n'est donc finalement qu'un signe. Tout signe a pour but d'indiquer quelque chose d'autre, quelque chose qui est souvent plus grand que le signe lui-même et digne de satisfaire mieux celui qui cherche. Le signe du poisson par exemple, dans les premières communautés chrétiennes, servait d'identification des chrétiens. En effet, en Grec, poisson se dit Ichtus (IXTHUS). Ce mot est en même temps l'acronyme de Iesous Xristus, tou Theou Uiou Sôtereion (Jésus-Christ, fils du Dieu sauveur). Chaque fois qu'ils voyaient ce signe, les chrétiens savaient que celui qui l'avait écrit était un des leurs et on pouvait ainsi se reconnaître et se sentir solidaire les uns des autres dans la souffrance et les persécutions qui caractérisaient le contexte de l'époque. L'Eglise aujourd'hui comme signe, est signe du Royaume de Dieu, le royaume des cieux. Elle est appelée à indiquer, dans sa nature et sa mission, la présence du Royaume de Dieu aux hommes et aux femmes de notre monde. En faisant partie, en partageant la vie de cette Eglise signe du Royaume, on s'inscrit dans la mouvance de l'avènement du Règne de Dieu.

L'Eglise comme signe

Dans la pratique, l'Eglise qui se comprend comme servante d'une cause qui est plus grande qu'ellemême, donc celle du Christ et de Dieu, à savoir le salut de l'humanité, s'engage donc dans sa mission et son oeuvre à faire comprendre à l'homme par le biais de l'Annonce et de la formation, que Dieu veut que tous soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité. Il s'agit donc que cette Eglise, appelée à parler de Dieu aux hommes, s'engage concrètement à mettre la créature de Dieu debout, en prenant une part concrète dans l'amélioration de sa situation sur tous les plans. Saint Irenée de Lyon disait déjà dans ce contexte que "la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant". Ainsi, la question du développement se trouve au centre des préoccupations de l'Eglise comme une expression même du vouloir de Dieu qui a confié à l'homme sa création et en les bénissant, il leur a dit : "Ayez des enfants, devenez nombreux, peuplez toute la terre et soumettezla. Soyez les maîtres des poissons dans la mer, des oiseaux dans le ciel, et de tous les animaux qui se meuvent sur la terre" Gn 1, 28. Il est vrai qu'au cours de l'histoire, ces paroles n'ont pas toujours été comprises dans le sens d'un engagement réel et concret pour le changement de la situation d'existence de l'homme à toutes les époques. Aujourd'hui par contre, on n'est plus en droit de dire que l'Eglise reste ou est restée en marge du développement.

L'Eglise comme présence

 
On ne peut non pas parler de l'Eglise en général sans toucher concrètement les actions accomplies de part et d'autre pour la promotion de l'homme et de la création. En effet, l'Assemblée du Christ met en filigrane l'homme, la personne humaine au coeur de toute initiative de développement. Il s'agit en effet de faire de l'homme et de toutes ses préoccupations, la toile de fond qui guide toutes les initiatives liées à l'amélioration de ses conditions d'existence dans le monde. Les initiatives dans ce sens sont nombreuses, de part et d'autre des Eglises et communautés ecclésiales qui existent.La formation humaine s'articule dans les écoles, les universités, les maisons de formation etc. que l'Eglise et les Eglises mettent au service de l'homme. La santé publique n'est pas du reste.

La présence de l'Eglise et des Eglises au sein de la Politique mondiale pour que sa voix se fasse entendre comme la voix de ceux qui n'en n'ont plus, reste une preuve de cet engagement concret pour le développement intégral de la personne humaine. En cela, l'Eglise cherche à respecter l'appel de son fondateur à eux lancé dans l'Evangile de Mathieu : "Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde". Mt. 5, 13. Nous comprenons donc que la mission de l'Eglise, au-delà de prêcher les choses nécessaires pour le salut de l'homme, se préoccupe aussi du "hic et nunc" des latins, pour que l'homme qui cherche Dieu se sente toujours heureux de voir que sa situation est toujours améliorée, car comme le dit si bien le dicton, ventre affamé n'a point d'oreilles. Il reste cependant qu'il ne faut pas oublier la dimension eschatologique, c'est-à-dire la dimension de la finalité dernière de l'Eglise, celle de l'accomplissement de tout quand le Sauveur reviendra. Cette perspective du retour de Jésus-Christ pour juger les vivants et les morts pour que son règne n'ait pas de fin doit rester toujours présent dans ceux qui dirigent l'Eglise à tous les niveaux, et même des fidèles qui doivent, dans leur existence quotidienne, être constamment en attente de la venue du Seigneur. Ceci les amène à une responsabilité plus grande dans l'agir quotidien, comme des gens qui auront des comptes à rendre quand le maître de la maison viendra et les leur demandera. Ainsi, elle reste la servante, le serviteur qui attend que son maître vienne, en faisant fructifier les talents qu'il lui a donnés. La grande consolation de l'Eglise dans cette dynamique est la parole même de son fondateur au moment où les témoins nous disent qu'il a finalement quitté ce monde pour se rendre vers son Père ; il leur a dit : "Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde". (Mt 28, 20) Sa présence, et une présence qui s'apparente, disons même qui s'identifie à la présence de Dieu auprès de son peuple tout au long de son histoire qui nous est contée dans l'Ancien Testament, nous rassure et nous console. En plus, il se donne à nous dans les Sacrements, qui sont les signes sensibles, concrets qui, dans l'obscurité de la foi, et la vive espérance de la vérité de Dieu qui leur donne une sens, offrent à l'homme les grâces nécessaires pour vivre en ce monde et avancer courageusement vers le Royaume qui l'attend à la fin de son existence.

Par Abbé Guy N. Tchpda