Les oeuvres de témoignage en général et les oeuvres scolaires en particulier, résument au plus haut point l'ambition de nos Eglises d'être à l'avant-garde du développement. Zoom sur deux projets scolaies d'Eglises qui marchent.
L'IPSOM
Une Ecole Normale Supérieure Privée Protestante
Quand, en 1993, au plus fort de la crise économique et sociale du pays, les Eglises Protestantes du Cameroun décident de maintenir " l'oeuvre scolaire protestante contre vents et marées ", se pose alors, au-delà de la question cruciale du financement, la question fondamentale de la qualité future des écoles : qualité des infrastructures, qualité des enseignements, qualité du personnel. Quelques initiatives sont depuis lors en cours ici et là en vue de l'amélioration de la qualité des infrastructures. Nul doute cependant que ce premier type d'amélioration resterait sans impact sur l'offre éducative si elle n'était accompagnée d'un autre type. En fait, la qualité de l'offre éducative signifie avant tout la qualité des enseignements. Celle-ci implique certes, un travail sur les contenus et sur les méthodes d'enseignement, mais elle suppose nécessairement l'existence des ressources humaines susceptibles de la porter et d'en assurer l'implémentation dans les écoles. La qualité des enseignements va de pair avec la qualification du personnel enseignant. Le travail sur ce plan est lui aussi amorcé depuis longtemps dans les écoles protestantes : il existe plusieurs initiatives qui visent le renforcement des capacités des enseignants. Ces initiatives constituent des programmes de formation continue, qui comme tels, doivent faire face à des obstacles fondamentaux susceptibles d'anéantir les effets attendus. Il était dès lors nécessaire d'arriver à une institutionnalisation du travail de formation des formateurs afin d'en tirer le meilleur parti. D'ailleurs que l'on estimait depuis le début des années 1990 la création d'une école de formation des formateurs d'autant plus indispensable que l'Ecole Protestante n'est pas seule à souffrir du manque continuellement croissant d'enseignants. La création de l'Institut Supérieur de Pédagogie pour Sociétés en Mutation (IPSOM) constitue pour l'Eglise Evangélique, et avec elle, pour toutes les Eglises Protestantes regroupées au sein du CEPCA, une contribution à une offre de formation de qualité des enseignants. Il convient de reconnaître que l'Ecole Normale Supérieure (ENS) de Yaoundé, avec son annexe de Bambili, est de plus en plus loin de satisfaire la demande en personnel qualifié d'un marché en pleine expansion du fait de la croissance démographique, de l'accroissement de la population scolaire et de la multiplication des Lycées et Collèges qui les accompagne. Situé à Mbouo/Bandjoun dans l'Ouest-Cameroun, l'IPSOM a ouvert ses portes à la rentrée académique 2006/2007 sur autorisation du Ministère de l'Enseignement Supérieur et, pour un début, forme des enseignants du Secondaire dans les Options Anglais, Français, Histoire/Géographie et Mathématiques. L'IPSOM recrute les titulaires du baccalauréat pour une formation de trois ans. Des modules de formation adaptés aux titulaires de Licence désireux de se qualifier pour l'enseignement sont en cours d'élaboration. En outre, il est prévu un Séminaire Spécial pour la formation et le recyclage des enseignants de l'école primaire et maternelle. Plutôt qu'un lieu de simple transmission de connaissances et de formation au sens traditionnel du terme, l'IPSOM est conçu comme espace d'innovations pédagogiques, et a pour souci de contribuer à préparer les jeunes à affronter efficacement les problèmes actuels et futurs de leur société au moyen d'une approche pédagogique qui favorise l'épanouissement de leurs potentialités créatives.
L'expérience des JDECA
Les Journées Diocésaines de l'Ecole Catholique (J.D.E.C.A.) ont vu le jour en février 1999, sous l'impulsion de Mgr André WOUKING, de vénérée mémoire, dans une situation de crise profonde que traversait l'enseignement catholique dans le diocèse de Bafoussam, comme d'ailleurs tous les ordres d'enseignement privé au Cameroun en cette décennie qualifiée, non sans raison, d'" années de braise ". La loi n° 87/02 du 17 décembre 1987, en son article 16, rendait les subventions de l'Etat à l'enseignement privé éventuelles. Officiellement l'enseignement privé n'avait donc plus à compter sur l'appui de l'Etat pour vivre, et cela se vérifiait dans les faits. Ajoutons à cela les effets de la crise économique qui, en paupérisant les parents, avait réduit leur pouvoir d'achat et donc leurs possibilités de s'acquitter des frais de scolarité, et la création d'établissements scolaires publics tous azimuts, sans considération des établissements scolaires privés déjà existants, et on peut se faire une idée du drame qui pouvait être celui de l'enseignement privé au Cameroun. lui-même, l'enseignement catholique se devait donc d'inventer des voies et des stratégies pour survivre et se développer. Les JDECA doivent être comprises dans cette optique. Il s'agit d'un rassemblement biennal des élèves, des enseignants et des partenaires de l'enseignement catholique dans le diocèse de Bafoussam autour de l'évêque diocésain, pour rendre gloire à Dieu pour le don de l'école catholique, et ce à travers des célébrations eucharistiques et des manifestations sportives, culturelles, intellectuelles. Et en lui rendant grâce on lui présente les problèmes que traverse son oeuvre, conscient que sans lui rien de ne peut se faire. Le technicien du développement ne verrait pas le lien entre le culte et le développement, peut-on lorsqu'on est faible et soumis à des adversités visiblement insurmontables, s'engager à s'en sortir sans un motif d'espérance ? Et pour l'Eglise, le principal motif d'espérance, c'est le Christ. L'Eglise ne fait pas le développement pour le développement. Ses oeuvres sont une réponse à l'appel du Christ, son fondateur, et participent à l'annonce de la bonne nouvelle. Chaque édition des JDECA est devenu pour l'enseignement catholique du diocèse de Bafoussam l'occasion de prendre conscience, et de faire prendre conscience à la société qu'elle existe, qu'elle a pu réaliser des activités pour son développement au service de la société et que, donc, ce qui reste à faire est possible, avec l'aide du Seigneur.
Quelques fruits
Et de ce fait, depuis la première édition des JDECA en 1999 non seulement l'enseignement catholique dans le diocèse de Bafoussam n'est pas mort, contrairement à ce qu'avaient laissé penser les signaux d'alarme de l'époque, mais il a connu des avancées notables tant pour son développement interne que pour son action au service de la société. Mentionnons seulement les faits suivants:
Au niveau personnel
Le personnel dans nos écoles maternelles et primaires est de plus en plus recruté, sur la base du même diplôme professionnel que les enseignants du public, à savoir le CAPIEMP. Le personnel de l'éducation de base non qualifié est soumis à un programme de formation et de recyclage dénommé Projet Ecole Catholique Alpha, calqué sur le programme de formation en vigueur dans les ENIEG, et un nombre sans cesse grandissant d'enseignants est envoyé en formation. Le traitement salarial du personnel s'est sensiblement amélioré. De plus, les personnels ont renoué avec les avancements en échelon. Un accord a été signé avec la CNPS qui permet d'éponger progressivement les arriérés d'impayés de l'enseignement diocésain, et au personnel d'entrer dans ses droits.
Au niveau Pédagogique
Les efforts de formation mentionnés ci-dessus ont été complétés par des publications destinées aussi bien aux élèves qu'aux formateurs et aux encadreurs dont des recueils de textes sur l'Ecole Catholique au Cameroun et des livres de lecture destinés au niveau I (SIL, CP). Les collèges diocésains et certaines écoles primaires ont commencé à être équipés en ordinateurs, instruments dont la maîtrise de l'utilisation est plus que jamais indispensable dan la formation des élèves en ce début de millénaire. La première ENIEG Catholique francophone du Cameroun dans notre Diocèse, dénommée Ecole de Formation des Instituteurs Saint André (E.F.I.S.A.) a été créée à Bafoussam.
Pour la promotion de l'école catholique
Les JDECA en elles-mêmes constituent une occasion de promotion de l'école catholique, les manifestations et les activités qui tournent autour des JDECA constituent une occasion de faire parler de l'école catholique (production des pagnes, de tissus, d'habits et d'autres objets aux effigies des JDECA). Avec l'appui des parents d'élèves, la quasi-totalité des collèges diocésains a été équipée en fanfares, outils de prestige auprès des jeunes. L'enseignement diocésain de Bafoussam a aussi noué des liens de partenariat avec certains organismes dont l'ONG CAREH (Cameroun Adolescent and Youth Reproductive Health Promotion Program) pour la promotion de la santé préventive dans nos écoles et l'ONG PROLOPOTO (Projet Livre pour Tous) pour distribuer des manuels scolaires aux écoles des Zones d'Education Prioritaire et aux parents démunis. Ajoutonsy l'institution naissante de la JOLUFA (Journée de lutte contre la faim), dont quelques écoles primaires commencent à bénéficier. L'enseignement diocésain s'arrime enfin à l'une des grandes batailles nationales du moment, celle de la lutte contre la corruption, et ce à travers le Projet Facts (Fight Against Corruption Through School), en partenariat avec le SENECA..
Abbé Paul LONTSIE-KEUNE, SEDUC
Catholique Bafoussam