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Pour une bonne
gouvernance scolaire

Comment faire reculer la corruption en milieu scolaire ? Dit autrement, quelles mesures faut-il prendre pour que l'école soit gérée au mieux des intérêts de la jeunesse et partant, de la société ?
 
Par Guillaume - Henri NGNEPI, Philosophe

Transposée du plan global à celui, restreint, de l'éducation, la corruption malmène le principe et le système de recrutement et de promotion au mérite. Il s'ensuit ce qu'on pourrait appeler la chronicité tendancielle de l'incompétence, grevant non seulement l'institution scolaire mais par-delà, les moindres espaces sociaux où l'intelligence et la probité auraient dû concourir à poser et résoudre efficacement les problèmes de toutes sortes. Le triomphe de l'incompétence scelle ici la normalisation de l'inégalité des chances au départ de la vie, et consacre le principe d'injustice dans la mesure où l'instruction et l'éducation prodiguées à l'école visent à atténuer sinon enrayer les inégalités artificielles entre les hommes.

Certes, la corruption en matière d'éducation peut, sans raison cependant, trouver aujourd'hui à se retrancher et justifier derrière une sorte de principe de l'auto-justification : les revenus grappillés sur le dos des contribuables compenseraient les baisses drastiques de salaire, au surplus aggravées par la dévaluation. Mais qui ne voit qu'en prenant pour critère de la positivité des conduites et de leurs normes leur possible universalisation sans contradiction autant que leur réelle efficacité sociale, cette explication révèle aussitôt ses limites : la démarche d'auto justice ne fait en rien avancer la lutte pour l'amélioration du sort collectif des membres d'une profession, lutte qui devrait être syndicale. Bien au contraire, elle exprime une réalité accablante, celle de la crise des valeurs et des normes de conduite au coeur même du lieu qui, par définition, en est le creuset dans la société, à savoir l'institution scolaire. Et quand cela se produit, il s'opère, de toute nécessité, la décrédibilisation de toute autorité, celle du pédagogue déjà certes mais pardelà, celles aussi des parents et même des pouvoirs publics et leurs représentants, si hauts placés soient-ils. Sans parler de cette forme insidieuse de corruption qui prolifère dès lors que, faute de
 

modèle à imiter - en raison précisément de la dissolution de toute autorité morale et pédagogique, l'enfant, l'adolescent en viennent àrechercher une solution à leur crise d'identité dans l'assomption des particularismes et des identitarismes de toutes sortes qu'ils n'ont à nul moment choisis ; ce qui contribue à exacerber artificiellement les prétendus bellicismes ethniques généreusement mis à notre usage par une littérature ethnographique décidément prodigue en la matière. Ces remarques, certes, n'ont nullement l'intention de remplacer une chronique des faits de corruption en matière d'éducation. A leur manière, elles rappellent simplement le principe méthodologique suivant :agir sur et contre la corruption dans un secteur restreint, c'est d'abord se pénétrer de certains de ses aspects spécifiques, voir en quoi ils font système, pour enfin modifier les composantes essentielles de ce système.Or, notre thèse à cet égard est que l'institution éducative est un système qui reproduit, en miniature, celui de la société globale. Comme telle, elle est traversée de courants contradictoires qui ne l'empêchent pas d'être ordonnée à la reproduction de l'ordre socio juridique, moral, politique, économique et culturel existant. En elle, des forces visent cette reproduction, et d'autres y font contrepoids, dans un rapport disproportionné. Si l'on nous concède cette idée qui, du reste, relève du constat, et si l'on convient que le système qu'est l'institution éducative forme en informant, met en jeu un ensemble de procédures décisionnelles, et use d'une série de procédés d'incitation, alors il devient clair pour nous que l'esquisse d'une solution possible à la corruption dans le secteur éducatif devrait viser à :

1°) s'appuyer sur le trépied systémique ainsi repéré, jouer sur ses composantes;

2°) pour édifier quelque chose qui, faisant contrepoids au double monopole de l'argent et du pouvoir dans l'institution scolaire, y ouvre la voie à l'éclosion d'autres valeurs et normes de comportement.

Comment donc faire reculer la corruption à l'école, dans l'éducation, à défaut de l'enrayer ? -car, ce qui est structurel ne saurait s'enrayer que structurellement, et non sectoriellement, en raison des liens d'interdépendance entre les éléments d'une structure. Les médiations de la décrue de la corruption en milieu éducatif pourraient, avantageusement, être recherchées dans les directions suivantes :

Plan incitatif

Il est tout d'abord une mesure qui, pour être répressive, n'en comporte T Par Guillaume - Henri NGNEPI, Philosophe Pour une bonne gouvernance scolaire ALTERNATIVES Comment faire reculer la corruption en milieu scolaire ? Dit autrement, quelles mesures faut-il prendre pour que l'école soit gérée au mieux des intérêts de la jeunesse et partant, de la société ? ECOVOX>>>39 Janvier - Juin 2008 29 pas moins, par corrélation, une dimension incitative. Il s'agit d'oser enfin mettre un terme, résolument, au règne de l'impunité en châtiant au prorata des gains qu'ils en auront retirés, les gens convaincus de corruption. Sans de façon décisive empêcher les risques de récidives, au moins la sanction négative peut-elle décourager l'imitation chez ceux qui, malgré le pourrissement moral ambiant, gardent un certain sens de la dignité et de l'honneur, mais assistent à son effritement quotidien, alentour, et en viennent à se regarder eux-mêmes, parfois, comme des sortes d'anachronismes ambulants, et à douter des choix éthiques qu'ils ont, dès longtemps opérés. Mais pour que les mesures de rétorsion n'apparaissent pas comme prises à la tête du client, des cas mal connus de corruption pouvant toujours échapper à la punition, il faut, résolument démanteler les rentes de situation dont l'institution scolaire regorge, et qui ont pu être instituées sous toutes sortes de prétextes dont la docilité et la soumission politico idéologiques, avatars du soutien au régime en place, sans parler des accointances ethniques, ne sont pas des moindres. A ces mesures négatives, il convient d'en adjoindre une positive : il s'agit de refonder l'utilité sociale des lois et règlements qui président à l'institution éducative. A quelle fin, dira-ton peut-être ? Simplement pour que, dans la quête de ses justifications, et dans l'exposé de ses mobiles, la corruption n'ait plus beau jeu de se présenter et d'apparaître tel un pis aller qui recèlerait encore quelque chose de finalement bon, en raison des défectuosités des lois et règlements en vigueur. Le moindre pour en arriver à une telle refondation consisterait à revoir les critères de choix et de désignation de ceux qui sont pressentis pour détenir et exercer quelque autorité, quelque responsabilité dans l'institution éducative. Les revoir ne suffit pas cependant. Il faut surtout les rendre publics, les délier de toute cabale, de toute atmosphère conspirative, de " sorte à en arriver à, et pour justement en arriver à instituer le système des listes d'aptitudes sur lesquelles, à condition de remplir les critères arrêtés publiquement, tout un chacun pourrait, à volonté, s'inscrire ou non, et n'être, dans l'affirmative promu ou nommé qu'en raison directe des disponibilités, des besoins, et de la chronologie des accès à la liste d'aptitudes. Jusqu'à présent, le système de gratifications et de pénalités en vigueur fait abstraction des objectifs poursuivis par l'éducation. De sorte qu'on peut être piètre éducateur, corrompu, et néanmoins crouler sous le poids des récompenses. Mieux vaudrait envisager de les indexer sur les résultats, et naturellement, trouver le moyen d'évaluer lesdits résultats avec le maximum d'objectivité possible.

Plan décisionnel

Mais le maillon central du procès de corruption en matière d'éducation, c'est le caractère discrétionnaire des décisions, ou plutôt, du pouvoir de décision. Ce maillon, il faut le briser. Comment ? En le remplaçant par le principe de collégialité effective, aussi bien dans la prise des décisions en fait de recrutement - à faire par voie systématique de concours et sous anonymat -, que dans la gestion pédagogique, administrative, disciplinaire et financière de l'école. Toutefois, la collégialité doit être assortie du moyen d'évaluer à leurs justes mesures les défaillances individuelles. Mais de quelle façon ? En instituant le principe de la responsabilité devant la hiérarchie certes, mais aussi ceux au nom desquels s'exerce le pouvoir d'éduquer, et ceux sur qui il s'exerce. Par souci de clarté, précisons que les actuels comités de gestion ne reflètent pas mon idée de la collégialité qui pourrait se satisfaire de la distribution de l'autorité au sein du corps administratif et enseignant regroupés dans le même établissement, sans qu'il soit besoin d'adjoindre à ce collectif des personnes dont le désintérêt pour l'éducation frise parfois le scandale.

Plan informatif

Cela dit, il est d'autres manières d'intéresser à l'institution éducative ceux qui s'en trouvent éloignés par leur profession. On peut, par exemple, instituer la pratique du partenariat socio scolaire en ouvrant l'école sur les métiers, sur le monde du travail, de l'art, et en nouant avec les entrepreneurs des liens organisés, codifiés aux termes desquels leurs diverses prestations en faveur d'une école donnée leur conférerait d'office le droit d'exercer un droit de regard sur la façon dont s'y déroule le procès éducatif. Mais, l'on en resterait ainsi beaucoup trop prompt à épier, à sanctionner, si ne se mettait en place une procédure de prévention de toute dérive corruptionnelle. Mais comment ? En organisant, moyennant séminaires et colloques assortis de stages pratiques, le recyclage périodique des formateurs. Pour conclure, on peut dire que la corruption ne procède pas de ce que les gens seraient, par nature en quelque sorte, immoraux. Ni de ce que les lois répressives seraient inexistantes ou mal conçues. La réalité est moins simple, plus complexe : ce sont les structures matérielles de notre existence qui, en puissance, véhiculent de la corruption, en portent les germes. La si forte prégnance de la corruption sur nos conduites, notre constellation mentale même, est liée à la nature - et pas seulement à la forme - du pouvoir d'Etat mis en place depuis plus d'un demi siècle. C'est cela qu'il faut changer fondamentalement, si l'on veut juguler la corruption. Ce qui se ferait en conquérant notre souveraineté à l'égard de l'extérieur, et nos droits et libertés, en somme notre véritable citoyenneté à l'intérieur. Mettre fin au caractère endémique de la corruption, c'est d'abord repenser le rapport entre l'Etat, le pouvoir et la société : quel Etat, avec quel pouvoir, pour quelle société, avec quels contre pouvoirs ? Une réponse correcte à cette question, à la fois théorique et pratique, aurait pour effet de réduire la corruption à la dimension d'un épiphénomène qui se produirait de loin en loin, et engagerait des individus singuliers plus tôt que des catégories entières de personnes préposées à des rôles sociaux déterminés. En attendant cependant d'en arriver à une si immense transformation de notre pays, on peut, dans des secteurs restreints, et par exemple, dans l'éducation, entreprendre des réformes dans le dessein d'atténuer la corruption. Cela suppose des luttes visant à accroître le rôle de la société face à l'Etat, son auto organisation en associations et syndicats multiples, divers, polycentrés et tendanciellement fédérés, et par suite, l'augmentation de sa capacité de décision, d'intervention et de contrôle.