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EN FINIR AVEC L'IMPUNITE
Mais comment ?

L'idée qu'il règne une situation d'impunité généralisée dans les milieux dominants de la société camerounaise actuelle a déjà largement dépassé le stade du " sentiment ". C'est une conviction profonde des citoyens des couches sociales diverses, qui considèrent depuis longtemps déjà, que c'est un fait qu'il importe de combattre.
 
Prof. Moukoko Priso

Pour pouvoir " en finir avec l'impunité ", il est absolument nécessaire de bien connaître les causes et les racines de ce mal et comment " ça fonctionne " dans notre société actuelle. D'abord, la corruption et l'impunité se nourrissent l'une de l'autre. Quand la corruption naît, elle ne peut se développer que si l'impunité s'installe. Et inversement, là où l'impunité existe et prospère, la corruption est un des fléaux qui vont naître et se développer inévitablement. De plus, le corrompu est et reste impuni, parce que cette situation protège celui qui aurait dû le punir : c'est le règne de la loi du silence maffieux. Tu me tiens et je te tiens ; nous nous tenons. L'impunité nourrit l'impunité, et tout cela nourrit la corruption sous des formes variées, laquelle nourrit en retour l'impunité. C'est le cercle vicieux.

Comment en sortir ?

Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de dresser une liste exhaustive des mesures qu'on pourrait prendre pour en finir avec l'impunité. Il est cependant possible de dégager quelques pistes d'où on peut sortir quelques mesures.
1. Au Cameroun, et dans la mesure où la corruption touche d'abord et avant tout les milieux politiques dirigeants et les hautes sphères de la fonction publique, puis les milieux dirigeants de l'économie, l'intime liaison corruption/impunité pousse à porter une attention particulière sur ces milieux, et sur leur fonctionnement. Pour les milieux dirigeants politiques, l'instrument pour les surveiller et les assainir est la démocratisation profonde et radicale du système politique.

 
Car elle seule donne au peuple, au public, la possibilité de faire comprendre à tous que leur vrai maître n'est pas le gouvernement, mais le peuple. Seule cette démocratisation permet à une presse vraiment libérée de jouer son rôle de gardien (à sa manière) des valeurs morales de la société, par des actions de rappel à l'ordre via la dénonciation claire et objective de toutes les déviations. Seule cette démocratisation peut permettre à des juges libérés du despotisme d'un pouvoir exécutif omnipotent, de juger et si nécessaire de condamner en leur âme et conscience des corrompus et d'autres fautifs, conformément aux lois. Seule cette démocratisation réelle peut permettre de détruire le clientélisme corrupteur. 2. Il faut en plus, faire disparaître les causes profondes des frustrations sociales qui créent les envies conduisant aux tentations de vol, donc de corruption et finalement de l'impunité. En plus clair, les inégalités sociales criardes, les insultes à la misère générale du peuple que sont les richesses et le luxe qui se pavanent et se vantent à longueur de journée, voilà des anomalies qu'il faut supprimer. Soyons précis, un fonctionnaire de ce pays, au salaire même de 500 000F Cfa par mois, et qui épargne même Fcfa 250 000 chaque mois, met de côté 3 millions par an. Pour qu'il ait 300 millions sur son compte, il lui faudra 3 siècles.

Alors, comment fait-il pour avoir des milliards dans ce compte ? Il vole ou se laisse corrompre à gauche et à droite. Et si, face à cela, quelqu'un dit qu'il n'a pas de preuves, c'est qu'il encourage à la fois les vols, la corruption et l'impunité. 3. La lutte contre l'impunité, si elle doit être vraiment efficace, est donc d'abord une lutte politique et économique. La dimension " morale " ne peut venir qu'après. Et elle doit venir, c'est vrai. Mais elle ne peut pas, à elle seule, même seulement secouer l'arbre énorme de la corruption et de l'impunité. Certes, elle peut permettre de mener des actions positives en direction du peuple et spécialement de la jeunesse. Mais en leur montrant clairement les mauvaises herbes que sont les corrompus et les corrupteurs dans la société. On doit cesser de vanter ces gens-là, en les montrant comme des modèles d'une prétendue " réussite sociale ", tout en clamant la morale dans les discours hypocrites et creux. Car alors, on discrédite y compris toute morale. Finalement, il semble bien que notre société soit bloquée dans la corruption et l'impunité, non pas parce qu'il y a, avant tout, un " problème de mentalités ". Mais plutôt parce qu'il y a, depuis longtemps, un problème politique et social non encore résolu depuis 50 ans.