Conçues à leur création en 2001
pour être une des structures
précieuses dans l'édifice d'exécution du
Programme National de Gouvernance
(PNG) pour la mise en oeuvre du plan
gouvernemental de lutte contre la corruption
au sein des départements
ministériels et organismes sous tutelle,
CMLCC constituent un démembrement
du Comité ad hoc de lutte contre
la corruption et de l'observatoire de lutte
contre la corruption.
Elles sont créées par arrêté du
Chef du département ministériel
concerné, sous l'autorité de laquelle
elles sont placées. Le ministre
concerné prend des textes précisant les
mandats de la cellule ; en nomme les
membres, modifie la liste de ces membres
en cas de besoin et nomme le
Président de la cellule. Il supervise par
ailleurs le travail de la cellule, à savoir
la planification, la programmation,
l'exécution, le suivi et le rapportage qui
lui est destiné certes, mais aussi et surtout
aux instances relevant du niveau
du Premier Ministère (l'Observatoire
notamment). La cellule ministérielle de
lutte contre la corruption est donc placée
sous les ordres du ministre qui est
l'ordonnateur des lignes budgétaires
susceptibles d'être allouées pour le travail
des cellules.
Les CMLCC sont présidées
par un Inspecteur Général. Elles comprennent
8 membres dont 4 émanent de
l'administration (Directeurs, chefs de
Cellule etc…) et 4 de la société civile y
compris le secteur des affaires. Ses
activités sont suivies, coordonnées et
supervisées par l'observatoire de lutte
contre la corruption en vertu des dispositions
de l'arrêté N°001/PM du 4 janvier
2000 portant création de l'observatoire.
Les principales missions assignées
aux cellules ministérielles de
lutte contre la corruption sont de veiller
à la mise en oeuvre effective des mesures
de lutte contre la corruption prescrites
aux Ministères dans le cadre du
Plan gouvernemental de lutte contre la
corruption ; d'exécuter toute mission
relative à la prévention et à la répression
de la corruption ; de promouvoir
l'éthique et le respect des normes de
bonne gouvernance au sein du
Ministère ; de proposer toutes mesures
de nature à juguler le fléau de la corruption.
Quel bilan ?
Dans son étude sur ''l'évaluation
indépendante des cellules ministérielles
de lutte contre la corruption''
réalisée en décembre 2005, le groupe
pluri acteurs SeP et partenaires introduisait
ainsi la conclusion de son rapport
: ''Si son inefficacité - pour dire le
moins - ne souffre d'aucune contestation
(…) ce n'est pas tant l'outil qui fait
problème que l'approche de mise en
oeuvre et la réelle volonté d'utiliser
efficacement cet outil. La pertinence
n'est pas le problème. Ce sont les
aspects d'efficacité, d'efficience et de
durabilité qui sont questionnables et
questionnés''.
Quelques années en amont de
cette étude, M. Christol Georges
Manon, alors Président de l'observatoire
de lutte contre la corruption,
reconnaissait qu'à leur création, les cellules
ministérielles de lutte contre la
corruption souffraient déjà pour la plupart
d'un manque de moyens nécessaires
à leur action. Plusieurs ayant été
créées en cours d'exercice budgétaire,
sont de ce fait restées inopérationnelles.
Néanmoins, en avril 2002, un
séminaire avait été organisé du 10 au
11 avril 2002 pour le renforcement et
développement des capacités opérationnelles
des cellules afin de leur permettre
de contribuer efficacement à la
mise en oeuvre du plan gouvernemental
de lutte contre la corruption.
Au sortir dudit séminaire, des
propositions de moyens pour faciliter
le travail des cellules avaient été définies
et peuvent servir d'indicateurs de
progrès dans la lutte contre le fléau de
la corruption. Ils comprennent :
- la dotation d'une caisse d'avance pour
la cellule avec, à terme, la nécessité de
rechercher l'autonomie d'action sur la
base de ressources financières auto
générées durablement ;
- la protection effective des membres
des Cellules (prestation de serment,
délivrance de commission d'emplois,
définition d'un statut précisant les
droits et obligations des membres de la
Cellule…) ;
- la création d'un bulletin d'information
sur les activités des Cellules ;
- la plus grande responsabilisation des
Cellules, notamment à travers des délégations
accrues de pouvoirs (signature
des ordres de mission par les présidents
des CMLCC et autres) ;
- la création et l'organisation des points
d'accueil pour informer les usagers ;
- la confection d'un guide de l'usager ;
- la confection d'un manuel de règles et procédures administratives ;
- la participation des usagers à l'évaluation
de l'efficacité de la lutte contre la
corruption.
Cinq années après ce séminaire
et trois après l'étude du groupe pluri
acteurs Sep et partenaires, on peut se
demander s'il est possible de parler
autrement c'est-à-dire en bien des cellules
ministérielles de lutte contre la
corruption, tant des interrogations s'imposent.
Les cellules disposent-elles
encore d'un référent ? Quelles sont leur
place et leur interaction avec les autres
dispositifs de lutte contre la corruption
? Comment le public apprécie-t-il le
travail de ces cellules ? Que font-elles
pour quels résultats ?
L'exception du Mindaf ?
Le Ministère des domaines et
des affaires foncières (Mindaf) de ce
point de vue pourrait nous servir
d'exemple. Les actions de sa cellule de
lutte contre la corruption apparaissent
clairement dans la presque totalité de
son journal ''Domaines Infos''. On y
relève des dénonciations avérées,
résultats des investigations conduites
par la cellule elle-même ou par des responsables
du département ministériel,
des sanctions prises, et une interaction
effective avec les usagers. Dans une
communication de l'Inspecteur général
de ce ministère par ailleurs président de
la cellule anti corruption, présentée le
18 janvier 2008 au cours de la conférence
des responsables centraux du
ministère, il est clairement mis en exergue
les manifestations de la corruption
au Mindaf du niveau central jusque
dans les services déconcentrés. Preuve
qu'un diagnostic en vue de l'établissement
d'un état des lieux a été fait, et
qu'un travail de fond est en train d'être
réalisé dans ce ministère.
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Paradoxalement, d'autres
ministères entretiennent encore des cellules
budgétivores dont les seules
actions se résument en des réunions
stériles (par ce que ne donnant jamais
lieu à un plan d'action, ou des plans
d'actions jamais exécutés), l'affichage
de quelques photocopies de messages
laconiques du genre ''non à la corruption''.
Les plus ingénieux ont placé des
boîtes à suggestions à l'attention des
usagers qui n'auront jamais profit du
traitement réservé à leurs écrits. Au
final, la situation de la plupart des cellules
ministérielles de lutte contre la
corruption se présente telle que :
- la qualité des plans d'action élaborés
reste approximative
- l'absence d'une étude de base (diagnostic)
sur les manifestations de la corruption
liées au cas spécifique de chaque
ministère limite le développement
d'une stratégie de lutte qui permette de
décliner les orientations contenues
dans le PNG en approche d'intervention
prenant en compte les spécificités
du ministère concerné. |
- l'élaboration des messages de campagne
de lutte contre la corruption ne
répond pas à une approche pertinente
reposant sur l'analyse des causes réelles,
des manifestations et autres méfaits
de la corruption.
Au bout du compte, l'existence
ou non des cellules ministérielles de lutte contre la corruption laisse indifférent
le citoyen qui n'y trouve pas, sauf
pour des cas exceptionnels comme au
Mindaf, une contribution substantielle
ou une valeur ajoutée dans la lutte
contre la corruption, surtout du
moment où ces cellules ne peuvent lui
permettre des recours et interactions.
Ce manque de mécanismes par lesquels
l'opinion publique peut être tenue au
courant des actions des cellules et au
besoin s'exprimer, renforce l'idée que
les cellules ministérielles de lutte
contre la corruption sont des instruments
cadavériques, incapables de
faire baisser le niveau de corruption au
sein du ministère. Peut-être est-il
temps de les réveiller et de les remettre
sur les rails de leurs missions originelles.
Encore faut-il que le Ministre qui
en est le vrai patron nomme des personnes
aux compétences avérées et leur
laisse les mains libres de travailler, en
mettant à disposition un budget conséquent
sur la base d'un plan d'action
cohérent dont la périodicité d'évaluation
serait préalablement définie.