La corruption relève d'une
rationalité prédatrice qui, en
plus de la marchandisation du service
public qui la définit ordinairement,
comprend toutes les formes
de subtilisation des biens de l'État,
auxquelles il faut ajouter les différents
modes de contournement des
normes publiques de référence, afin
que soit apportées au problème de
l'aspiration à exister des solutions
satisfaisantes. Son rapport
à la pauvreté relève d'un
jeu de réciprocité qui explique
non seulement le fait que
la corruption s'accompagne
du phénomène de l'appauvrissement
de la dignité humaine
et de l'horizon politique de
l'État, mais aussi pourquoi la
pauvreté, c'est-à-dire le défaut
d'ajustement personnel aux
contraintes d'une existence
définie par la jouissance frustrante
du minimum vital, prédispose
les citoyens à la corruption
de leur de leur humanité
et de leur citoyenneté.
Corruption comme facteur
de la pauvreté
La dynamique prédatrice
des divers asticots
sociaux (les policiers et les
gendarmes ripoux, les porteurs
des toges sales, les pédagogues
et les médecins véreux, etc.) a
d'abord pour conséquence l'appauvrissement
de la dignité anthropologique
de ceux qui placent, à travers
cette pratique, leur humanité sous le
signe de la déchéance éthique et
politique.
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En référant leur comportement
au paradigme caprin,
lorsqu'ils transforment, par exemple,
les institutions publiques en
prés dont ils peuvent tondre l'herbe
suivant la largeur de leur langue ou
en fonction de l'élasticité de leur
appétit, ils sortent du cadre humain
et politique pour aménager dans le
zoologique. Ce ne sont plus des
hommes et des citoyens, mais des
chèvres qui se délectent à brouter là
où elles sont attachées, et qui peuvent
même se détacher pour étendre
leur pâturage.
L'activisme prédateur des
corrompus et des corrupteurs
altère la substance politique de
l'État. Considérablement vampirisé
par la dynamique des asticots
sociaux, l'État ne peut plus assumer
efficacement ses principaux devoirs
régaliens. Il ne parvient plus à corriger
ses déséquilibres macroéconomiques
qu'en soumettant sa gouvernance
à des logiques néocolonialisantes
habilement construites par
les usuriers du capital financier
international pour formater sa souveraineté
suivant leurs propres desseins
idéologiques et politiques. |
L'effet prédateur des divers
asticots sociaux, illustré par les
récurrentes ponctions financières
que les acteurs de la corruption font
subir au trésor public, est l'une des
causes du phénomène de l'appauvrissement
de l'État camerounais.
La corruption
qui sévit dans la gouvernance
camerounaise
appauvrit
considérablement
l'État camerounais et
entrave son développement
parce qu'elle
distrait ses énergies
économiques et
financières de l'intérêt
général. L'État
assiste alors au
rétrécissement de
son horizon politique
et à l'inhibition
de son
potentiel économique.
Par le
fait de ceux
dont la rationalité
prédatrice
est d'une
ampleur et d'une
criminalité évidentes,
il ne parvient plus à
apporter des solutions adéquates
au problème de visibilité
sociale de la majorité des
Camerounais. La certitude criminelle
de cette prédation est d'autant
plus importante que son déploiement
bénéficie habituellement du
laxisme et de la connivence politiques
des dirigeants camerounais.
Si la corruption explique
l'appauvrissement de la dignité de l'homme et celui de l'État, la pauvreté
prédispose à la corruption tous
ceux qui mènent une existence
conjecturale fondée sur le si et le
peut-être.
Pauvreté comme terreau fertile de la corruption
Les citoyens qui ne peuvent
pas faire face à la pression d'une
quotidienneté constamment chargée
d'adversité, et qui ne se rapportent
aux impératifs historiques (se nourrir,
se vêtir, se loger et se soigner)
que sur le mode de la frustration
permanente, sont prédisposés à faire
le deuil des normes publiques de
références destinées à la civilisation
des préférences appétitives des individus
ou de leurs groupes d'appartenance.
Le fait que leur psychologie
soit dominée par la peur des lendemains
incertains, les prédispose à
moraliser la corruption soit parce
qu'elle leur permet d'obvier à la
modicité de leurs revenus, soit parce
qu'elle est un facteur de mobilité
sociale. Ils se rapportent alors aux
normes publiques de référence sur
le mode de la transgressivité et font,
à l'égard d'un État qui ne donne pas
à leur humanité et à leur citoyenneté
des gages de protection contre le
pouvoir corrupteur de la pauvreté,
preuve de cynisme. Les multiples
pressions vénales qu'ils exercent sur
ses institutions sont alors à la
mesure de leur volonté de corriger,
par la nécessité de leurs propres
possibilités, l'injustice sociale d'un
État qu'ils considèrent désormais
comme l'État des autres.
En plus de l'indigence matérielle,
la pauvreté morale est également
un facteur de corruption. C'est
elle qui explique pourquoi ceux qui
se rapportent aux impératifs historiques
sur le mode de la domination,
font également preuve d'un activisme
prédateur dans leur rapport à
l'État. C'est leur volonté mégalomaniaque
d'exister au superlatif absolu
qui explique leur propension à l'appropriation
du bien public et même
de l'État. La pauvreté de l'expression
de leur humanité et de leur
citoyenneté s'explique donc par la
compulsion de leur désir d'accumulation
et de puissance. Fervents
adeptes du " nummothéisme ", c'està-
dire la divinisation absolue de l'argent,
ils n'arrivent plus à donner à
leurs préférences appétitives un
sens citoyen et un contenu républicain.
Le pacte qu'ils nouent avec
l'avoir et le pouvoir est moralement
si appauvrissant qu'ils s'imaginent
que l'humanité de l'homme est surtout
fonction de sa richesse et de sa
puissance.