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CAMEROUN :
LA CORRUPTION DANS TOUS SES ETATS.

On la trouve partout : dans les familles comme à l'école, dans l'administration comme dans la politique, l'Eglise, le sport, etc. Tour d'horizon
 
Guy Modeste DZUDIE,
Journaliste

A l'hôpital…, on me regarde et me dit … : il faut faire un geste. A la maison… on me dit tout naïvement : il faut faire un geste. A la justice… c'est tout le monde… qui me dit tout sagement : il faut faire un geste. Chez les policiers…. C'est tout le monde… qui me dit : il faut faire un geste. Dans ce monde, on peut rien faire sans argent ". Cet extrait de l'une des chansons du jeune artiste musicien camerounais connu sous le pseudonyme de Bissi Mag exprime fort éloquemment le cri de détresse d'une vingtaine de millions de Camerounais face au fléau de plus en plus grandissant de la corruption.

 
En fait, il n'est pas de compartiment social qui ne soit atteint par la gangrène de la corruption. Dans la cellule de base de la société, lieu de construction de l'identité de l'enfant, sont parfois transmises, de manière indirecte il est vrai, de fausses valeurs qui prédisposent à la corruption. C'est tel père qui ne fait pas mystère des tours de passe passe qu'il fait pour accéder à telle faveur auprès de l'administration, achetant ici un permis de conduire pour lui-même, inscrivant là son cancre de fils dans un lycée prestigieux de la place contre des arguments sonnants et trébuchants, corrompant à tour de bras tel géomètre pour qu'il procède au bornage d'un terrain litigieux ou tel chef d'entreprise pour qu'il embauche un cousin, un neveu, une nièce aux compétences sans rapport avec l'emploi sollicité. A l'école, les valeurs professées sont loin d'être des valeurs vécues. Pour une faveur accordée à un enseignant, des élèves se verront gratifier de bonnes notes. Leurs heures d'absences aux cours seront réduites à leur plus simple expression si elles ne sont pas tout simplement annulées. Des proviseurs et

autres directeurs, malgré des dénégations officielles, vendent, au vu et au su de tous, des places dans les classes, question de récupérer tout ou partie de ce qu'ils ont dépensé pour accéder à leurs postes. Les APE et autres conseils d'établissement sont, la plupart du temps des instances qui roulent pour les chefs d'établissement sous l'oeil complice de la hiérarchie scolaire. La justice est un de ces lieux où souvent, pour jouir d'une prestation, il faut délier le cordon de la bourse. Selon que vous êtes puissant ou misérable comme l'affirme Jean de la Fontaine, la justice vous rendra blanc ou noir. C'est dire toute la pourriture à laquelle est exposé l'appareil judiciaire qui ne dit pas toujours le droit et qui plus est, est soumis aux caprices de ceux qui nous gouvernent. Dans nos chefferies, la situation n'est guère meilleure. Loin de se référer aux codes de justice sociale inspirés de nos traditions, des chefs traditionnels rendent des décisions en fonction du volume du porte-monnaie des justiciables. Ici, l'argent règne en maître et permet d'accéder à des titres de notabilité qui autrefois étaient attribués suivant des critères liés aux qualités personnelles de bravoure, de générosité et de solidarité. Même l'Eglise qui se veut partout gardienne des valeurs de vie n'est pas épargnée par le phénomène de la corruption. L'on a vu dans notre pays, des curés de campagne, baptiser des polygames en échange de promesses d'argent ou de construction de presbytères. Des prélats ailleurs ont trahi des secrets du confessionnal pour rechercher l'amitié des puissants et des politiques au grand dam des pauvres chrétiens. L'univers de la politique n'échappe pas à la contamination générale. Avec l'avènement du pluralisme politique au Cameroun, les partis politiques dits de l'opposition vont s'illustrer dans des grenouillages de toutes sortes : pour être investi comme candidat à la députation, il faut entretenir les hiérarques du parti. Résultat, on compte à l'Assemblée de nombreux députés peu recommandables qui bénéficient de l'immunité parlementaire. Dans les sports, l'administration et ailleurs même dans de nombreux secteurs privés, les pots de vin, les enveloppes et autres magouilles font fureur avec pour enjeux pour les protagonistes d'être recrutés ou de rester dans les bonnes grâces de l'entraîneur ou du chef d'entreprise. Des soupçons de corruption pèseraient même sur le recrutement de certains hauts dirigeants de football sur notre continent. Mais ils sont protégés par le secret le plus opaque et pour tout dire par la loi de l'omerta. Comme tous ceux-là qui décrochent des marchés juteux contre de substantielles commissions.