Le terme générique de corruption,
tout d'abord, décrit le
détournement d'un pouvoir
(généralement public) à des
fins personnelles, corporatistes ou privées.
C'est le cas lorsqu'un politicien
favorise un individu ou un groupe
contre de l'argent ou tout autre avantage
en nature pour son usage propre.
C'est aussi le cas lorsqu'un fonctionnaire,
sans respecter une procédure
égale pour tous, utilise son pouvoir au
bénéfice d'un usager qui lui paie ce service
en retour.
L'économiste américain
Robert Klitgaard a résumé cette pratique
par une équation simple : Corruption = Monopole + Pouvoir -
Transparence.
Elle dit bien que dans une
situation où il n'y a qu'une voie pour
atteindre un objectif (monopole), la
personne qui contrôle l'accès à cette
voie (pouvoir) peut, si elle parvient à se
soustraire à la surveillance de ses supérieurs
(- transparence), détourner son
travail à son propre avantage (corruption).
Pour en terminer avec ce terme
général, on peut encore distinguer les
expression corruption active et corruption
passive. Dans le cas où une personne
cherche à obtenir un avantage
auprès d'une autre qui a le pouvoir de le
lui accorder et vient pour cela proposer
de lui acheter cette faveur, on parle de
corruption active pour celui qui achète
et de corruption passive pour celui qui
reçoit l'argent. Dans le cas, tout aussi
répandu, où c'est la personne détenant
le pouvoir qui exige une compensation
pour donner l'avantage en question, on
parlera plutôt d'extorsion de fonds.
Le mot corruption fait encore partie de
plusieurs expressions qui en précisent
certaines formes. On parlera ainsi de
grande corruption pour désigner les
détournements de fonds importants qui
gangrènent les cercles du pouvoir politique
ou économique. A l'inverse, la
petite corruption désigne les entorses
subies chaque jour par les usagers des
services publics et qui ne mobilisent
que de petites sommes à la fois.
Enfin la corruption politique,
quant à elle, désigne une forme bien
précise de manipulation du pouvoir qui
ne met pas toujours en jeu des sommes
d'argent, mais plutôt des avantages
accordés sous forme de fonctions au
sein de l'Etat elles-mêmes rémunérées.
La corruption politique concerne aussi
d'autres avantages accordés par des
personnes de pouvoir comme l'attribution
de marchés publics, d'autorisations
administratives diverses, d'exonération
fiscale abusive ou tout autre service de
l'Etat accordé sur la base d'un intérêt
personnel. Elle est ainsi très proche du
copinage et du népotisme - l'art d'utiliser
son pouvoir pour favoriser ses
copains ou ses proches - et du renvoi
d'ascenseur, expression imagée soulignant
l'idée d'une dette à rembourser en
redonnant ce qu'on a reçu plus tôt.
Lorsque le degré de corruption
d'un système politique ou économique
atteint un niveau tel qu'on ne peut plus
le considérer comme un phénomène
marginal, mais qu'il en devient l'un des
piliers, on parle de kleptocratie. Ce
terme, forgé dans les années quatrevingt
dix pour désigner la décomposition
du système politico-économique
russe post-soviétique, est basé sur deux
racines grecques : kleptos, le voleur, et
kratos, le gouvernement. Il signifie
donc logiquement " le gouvernement
des voleurs ", regroupant tous les pays
dont la classe dirigeante s'approprie les
richesses naturelles (pétrole, bois,
minerais, etc.) pour leur enrichissement
personnel. La kleptocratie est cousine
de la ploutocratie qui désigne " le gouvernement
de la richesse " (ploutos,
toujours en grec), c'est-à-dire un système
où le pouvoir n'est basé que sur
l'argent.
Plus ancienne (première moitié
du XXe siècle) l'expression république
bananière a d'abord été appliquée
aux pays d'Amérique centrale et des
Caraïbes où la société nord-américaine
United Fruit Company abusait de son
pouvoir économique pour contrôler les
gouvernements et assurer leur soumission
à ses propres intérêts commerciaux.
L'expression a ensuite été étendue
à de nombreux pays du Sud dont
les gouvernements dictatoriaux d'apparence
démocratique ne survivent que
grâce à la coopération militaire, politique
et économique avec leur ancienne
puissance coloniale et dont les systèmes
agricoles sont souvent basés sur
les cultures de rente.
Pour terminer, la constellation
du vocabulaire de la corruption compte
encore de nombreux termes locaux
généralement très imagés ou allégoriques.
On peut citer les dessous de table
qui décrivent la manière dont une
transaction peut avoir lieu, avec des
contrats légaux posés sur la table, et
l'argent de la corruption échangé pardessous.
Le bakchich est un mot perse
signifiant aumône et pourboire. Ce
second sens a dérivé lorsque des fonctionnaires
de l'Etat ont exigé un pourboire
de la part des usagers pour effectuer
leur travail, inaugurant ainsi un
système de petite corruption. Ces fonctionnaires,
et en particulier les policiers
qui rançonnent les voyageurs sur les
routes, reçoivent en Afrique centrale et
de l'Ouest le nom de mange-mille
puisqu'ils finissent par tirer l'essentiel
de leur revenu des billets de mille
francs extorqués aux populations.
Toujours au chapitre alimentaire, la
somme donnée au fonctionnaire corrompu
peut recevoir différents noms
précis, généralement liés à sa valeur et
à ce qu'elle permet d'acheter. Le
cahoua est la prononciation française
de du mot arabe kawa dont vient notre
café. C'est l'équivalent de la bière, du
pot, du carburant ou, plus généralement,
du cadeau dans d'autres pays.
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Poussant la métaphore un cran
plus loin, le gombo désigne un légume
utilisé pour élaborer une sauce accompagnant
généralement le couscous de
maïs en Afrique centrale. Plus que le
légume lui-même, c'est le caractère
extrêmement gluant de la sauce qui est
visé puisque celle-ci aide à avaler les
boules de couscous comme l'argent de
la corruption permet de faire avancer
un dossier dans le tube digestif entortillé
de la bureaucratie.
Dans un autre registre, la
payola désigne la corruption au sein
des stations radio dont les programmateurs
musicaux reçoivent de l'argent
pour diffuser une chanson spécifique
sans préciser que la diffusion est sponsorisée.
Le mot reprend les sonorités
des marques des premiers |
enregistreurs
sonores sur bandes tels que Victrola et
Rockola. Il est proche de plugola qui
est plutôt appliqué aux commentaires
positifs faits par les animateurs radio
sur un spectacle ou un artiste contre
rémunération. Par extension, les journalistes
qui couvrent des événements à
cause de l'intérêt personnel qu'ils en
retirent et non du fait de leur importance
ou d'un choix éditorial peuvent
être accusés de pratiquer la payola,
même si cette pratique pourtant hautement
néfaste n'est que rarement vue
comme de la corruption. Enfin, poussant à son dernier
stade l'hypocrisie qui consiste à considérer
la corruption comme un mode de
fonctionnement en soi, endémique à un
système ou une culture, certains gouvernement
n'ont pas hésité à l'intégrer
directement et officiellement dans leur
comptabilité d'Etat sous l'appellation
d'aspect culturel de la dépense réduisant
ainsi un phénomène directement
lié à la cupidité et à l'ambition des
hommes de pouvoir, en un simple phénomène
culturel dès lors considéré
comme faisant partie des mentalités,
voire du patrimoine national.
Quoiqu'il en soit du caractère
technique ou imagé et coloré des termes
utilisés pour la désigner, la corruption
reste toujours liée à la confiscation
abusive d'un bien généralement public
par un individu ou un groupe particulier
qu'il utilise pour ses intérêts propres.
De ce point de vue, qu'elle soit
initiée par celui qui contrôle l'accès à
un service ou par celui qui cherche un
traitement de faveur, elle est toujours
un vol commis au détriment du bien
commun et donc du plus grand nombre.
Lorsque la débrouillardise individuelle
ou l'esprit de caste prend le pas
sur le projet politique au sens le plus
noble de créer et développer une
société humaine, c'est la corruption qui
commence son lent travail de sape en
rongeant les fondations mêmes de la
société avec pour seul horizon le chaos,
l'anarchie et la loi du plus fort. Le combat
contre la corruption, même dans ses
manifestations quotidiennes les plus
bénignes, est, à l'inverse l'une des
actions les plus vertueuses possibles
sur le plan social puisqu'il revient à travailler
directement pour un monde
meilleur, plus juste et équitable.