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Dix critères éthiques
pour juger la corruption

De nombreux critères éthiques existent pour attester de la réalité de la corruption. Revue de dix critères parmi les plus importants.

1- La justice : est juste ce qui comble le fossé entre pauvres et riches. Est juste ce qui sert le mieux les intérêts des plus faibles (J. Rawls). La grande corruption accroît l'avantage des puissants et creuse ainsi le fossé entre les riches et les pauvres.

2- L'égalité : le même droit pour tous, y compris pour les pauvres : la corruption sape souvent les droits des plus faibles qui n'ont pas les moyens de corrompre ou dont les droits ne sont pas respectés par des juges corrompus. Ainsi, comme en témoigne déjà l'Ancien Testament, " Tu ne recevras point le présent (il s'agit ici de pots-devin), car les présents aveuglent ceux qui ont les yeux ouverts et corrompent les paroles des justes " (Ex 23,8).

3- La vérité : un motif de corruption reste la crainte de la vérité, ce qui conduit souvent au déni de l'Etat de droit et à la violence.

4- La liberté : la corruption crée un réseau serré de dépendances réciproques et de pressions, et entrave ainsi l'expression de la liberté politique - respect des droit et devoirs des citoyens et des droits humains.

5- Le travail : " La corruption remplace l'activité économique par le vol " (Conférence épiscopale du Pérou, 1989). Elle biaise les règles du marché, puisqu'elle ne rémunère pas une prestation, mais les structures de pouvoir existantes

6- Le rationalisme et l'efficacité : la corruption accroît : l'efficience " de certains individus seuls en réduisant l'efficacité de tout le système, ce qui est une aberration en termes économiques;

7- La participation : la corruption repose sur l'absence de transparence, ce qui est contraire au contrôle démocratique et à la participation public. La participation aux processus de décision suppose une véritable information.

8- Les droits de l'Homme : la corruption empêche que l'individu ne puisse jouir des droits qui lui ont été attribués, puisqu'il doit les acheter. Celui qui possède peut ainsi jouir de son " droit " mieux que celui qui ne possède rien. L'assemblée du Conseil oecuménique des Eglises (COE) en 1998 a estimé que la protection de l'individu contre des actes de corruption relevait d'un droit humain élémentaire.

9- Le bien commun avant le profit personnel : la corruption en tant qu'abus de pouvoir public ou privé pour satisfaire des intérêts particuliers (selon la définition donnée au chapitre 2) sacrifie l'intérêt commun à l'intérêt particulier. La corruption, comme le constatent à juste titre les économistes éthiciens Peter Ulrich et Thomas Maak (Maak et Ulrich, 1999), est le " noyautage du bien commun par les intérêts particuliers ".

10- L'exercice responsable du pouvoir : on invoque souvent pour justifier la corruption la survie économique à court terme (la nécessité d'obtenir des commandes), mais il s'agit souvent, de la part de ceux qui pratique la corruption, de cupidité et de désir de puissance, ce qui s'oppose à un exercice responsable du pouvoir. Ces critères concernent en particulier la grande corruption. La petite corruption " au quotidien " est souvent moralement plus justifiée : est-il condamnable pour un petit employé d'améliorer son salaire de misère pour faire vivre sa famille ? Condamnable le douanier qui accepte une " enveloppe " pour accélérer la livraison de médicaments destinés à un pauvre dispensaire de campagne, pour sauver des vies ? Si cette petite corruption de misère est compréhensible, il faut cependant la refuser au plan éthique, car, comme la grande corruption et même si ses conséquences sont moins lourdes, elle sape la confiance, perturbe la communauté, ruine la démocratie.

Par Dr. Christoph Stükelberger