1- La justice : est juste ce qui comble le
fossé entre pauvres et riches. Est juste
ce qui sert le mieux les intérêts des plus
faibles (J. Rawls). La grande corruption
accroît l'avantage des puissants et
creuse ainsi le fossé entre les riches et
les pauvres.
2- L'égalité : le même droit pour tous,
y compris pour les pauvres : la corruption
sape souvent les droits des plus faibles
qui n'ont pas les moyens de corrompre
ou dont les droits ne sont pas
respectés par des juges corrompus.
Ainsi, comme en témoigne déjà
l'Ancien Testament, " Tu ne recevras
point le présent (il s'agit ici de pots-devin),
car les présents aveuglent ceux qui
ont les yeux ouverts et corrompent les
paroles des justes " (Ex 23,8).
3- La vérité : un motif de corruption
reste la crainte de la vérité, ce qui
conduit souvent au déni de l'Etat de
droit et à la violence.
4- La liberté : la corruption crée un
réseau serré de dépendances réciproques
et de pressions, et entrave ainsi
l'expression de la liberté politique - respect
des droit et devoirs des citoyens et
des droits humains.
5- Le travail : " La corruption remplace
l'activité économique par le vol "
(Conférence épiscopale du Pérou,
1989). Elle biaise les règles du marché,
puisqu'elle ne rémunère pas une prestation,
mais les structures de pouvoir existantes
6- Le rationalisme et l'efficacité : la
corruption accroît : l'efficience " de certains
individus seuls en réduisant l'efficacité
de tout le système, ce qui est une
aberration en termes économiques;
7- La participation : la corruption
repose sur l'absence de transparence, ce
qui est contraire au contrôle démocratique
et à la participation public. La participation
aux processus de décision suppose
une véritable information.
8- Les droits de l'Homme : la corruption
empêche que l'individu ne puisse
jouir des droits qui lui ont été attribués,
puisqu'il doit les acheter. Celui qui possède
peut ainsi jouir de son " droit "
mieux que celui qui ne possède rien.
L'assemblée du Conseil oecuménique
des Eglises (COE) en 1998 a estimé que
la protection de l'individu contre des
actes de corruption relevait d'un droit
humain élémentaire.
9- Le bien commun avant le profit
personnel : la corruption en tant
qu'abus de pouvoir public ou privé pour
satisfaire des intérêts particuliers (selon
la définition donnée au chapitre 2) sacrifie
l'intérêt commun à l'intérêt particulier.
La corruption, comme le constatent
à juste titre les économistes éthiciens
Peter Ulrich et Thomas Maak (Maak et
Ulrich, 1999), est le " noyautage du bien
commun par les intérêts particuliers ".
10- L'exercice responsable du pouvoir
: on invoque souvent pour justifier
la corruption la survie économique à
court terme (la nécessité d'obtenir des
commandes), mais il s'agit souvent, de
la part de ceux qui pratique la corruption,
de cupidité et de désir de puissance,
ce qui s'oppose à un exercice responsable
du pouvoir.
Ces critères concernent en particulier
la grande corruption. La petite
corruption " au quotidien " est souvent
moralement plus justifiée : est-il
condamnable pour un petit employé
d'améliorer son salaire de misère pour
faire vivre sa famille ? Condamnable le
douanier qui accepte une " enveloppe "
pour accélérer la livraison de médicaments
destinés à un pauvre dispensaire
de campagne, pour sauver des vies ? Si
cette petite corruption de misère est
compréhensible, il faut cependant la
refuser au plan éthique, car, comme la
grande corruption et même si ses conséquences
sont moins lourdes, elle sape la
confiance, perturbe la communauté,
ruine la démocratie.
Par Dr. Christoph Stükelberger