La violation des droits des
femmes par la prostitution est
globale et internationale : globale parce
qu'elle affecte les femmes de toutes
conditions dans la plupart des nations
et des cultures, internationale parce que
la traite se pratique souvent d'un pays à
l'autre. Elle est nourrie par des préjugés
sexistes et patriarcaux, expression de la
domination masculine contre laquelle il
faut se battre à travers quatre secteurs
principaux : le domaine de la législation
et de la prostitution, la violence et
la sexualité, l'esclavage sexuel des
femmes et enfin, le réseau international
de lutte
Législation et prostitution
Dans la société patriarcale, les
lois et les coutumes favorisent toujours
les hommes, maintiennent la soumission
des femmes, conservent le statu
quo et légalisent les systèmes économiques,
politiques, raciaux et mêmes
tribaux existants. L'interdiction de la
prostitution fait que les femmes sont
traitées comme des criminelles, blâmées
et punies tandis que les souteneurs
et les clients n'ont rien à redouter
de la loi. A contrario, légaliser la prostitution,
c'est encore contrôler et manipuler
des femmes. Mais les lois peuvent
aussi, dans certaines conditions,
devenir des instruments qui facilitent
les progrès et favorisent la situation des
femmes. Pour cela, il convient de mettre
en oeuvre des stratégies pour :
étudier les lois concernant la prostitution
en particulier, et les femmes en
général dans chaque pays, afin d'obtenir
un tableau complet de la situation
juridique de la prostitution
et de l'esclavage
sexuel ;
- obtenir l'abolition de la discrimination
envers les femmes dans le
domaine de l'emploi, de l'instruction et
de la vie publique en général ;
- lutter afin que la loi garantisse aux
femmes des droits égaux dans le droit
matrimonial et dans le divorce ;
- établir des contacts permanents avec
les organisations internationales gouvernementales
et non gouvernementales
s'occupant de la traite des femmes
et des enfants, de la prostitution et de
l'esclavage sexuel.
Ces efforts exigent un climat
social d'efforts permanents où les
femmes, dans l'ensemble des luttes
qu'elles mènent contre la prostitution,
puissent compter sur les hommes décidés
et déterminés à traquer les atavismes
patriarcaux à travers des initiatives
de remise en question de tout ce
qui, d'une manière ou d'une autre,
maintient la société dans un sous-développement
juridique sur la condition
globale des femmes.
Violence et sexualité.
Il y a des liens étroits entre le
viol, l'inceste, les sévices, la pornographie,
les mutilations sexuelles et la
prostitution et la traite des femmes. La
société patriarcale parvient toujours à
contrôler et à manipuler la sexualité
féminine en exerçant un pouvoir fondé
sur la peur, base de toute violence.
Comment la société patriarcale
définit-elle la sexualité ? Elle la rattache
essentiellement à une représentation
des femmes réduites à des objets
de plaisir ou à des appareils de reproduction.
La sexualité ne peut pas être
une marchandise ; elle est un moyen
d'établir des relations harmonieuses
entre des êtres humains et non des relations
commerciales.
Victimes de plusieurs formes
de domination à travers le sexisme, le
racisme, le tribalisme, la domination
des classes, les femmes pour lutter
contre la violence, doivent inventer des
stratégies qui auront pour objectifs spécifiques
de créer des changements
structurels dans la société.
L'oppression patriarcale est universelle
et revêt différents aspects selon les cultures.
L'oppression patriarcale est largement
réprouvée par toutes les
femmes. L'élaboration d'une stratégie
contre l'esclavage sexuel se fait sur
deux plans : créer et maintenir un
réseau et établir des communications
entre les groupes régionaux et locaux ;
tenir compte des besoins spécifiques de
chaque région, eu égard aux facteurs
politiques, culturels et religieux.
Comme stratégies, il y a lieu :
- d'exposer les différentes formes de
violence et leurs rapports avec l'esclavage,
car ces violences restent souvent
cachées ;
- d'entrer en contact avec les autres
groupes et organisations régionaux et
locaux et utiliser leurs services pour
transmettre les informations sur l'esclavage
sexuel et les moyens de s'y reposer ;
- de créer des centres de formation
pour les prostituées dans des secteurs
non traditionnels ;
- de modifier l'image négative que les
manuels scolaires donnent des femmes
et des jeunes filles ;
- de nouer des contacts avec les
femmes dans les médias afin de les
impliquer dans la lutte contre la prostitution
en général et la vision patriarcaliste
de la sexualité en particulier.
A ce niveau, pour que les
efforts à entreprendre réussissent, force
sera de compter sur des synergies organisationnelles
au sein de nos sociétés
patriarcales afin de disposer partout de
forces sociales capables d'influer les
milieux éducatifs et de promouvoir une
dynamique d'ensemble où la question
de la prostitution puisse être abordée
dans le cadre des changements radicaux
dans la vision de la femme comme objet
sexuel. C'est avec des organisations
engagées dans la construction d'une
nouvelle éthique non patriarcale qu'une
nouvelle philosophie globale de la
sexualité pourra changer l'ordre actuel
des choses. |
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L'esclavage sexuel des femmes
L'esclavage sexuel, pratique
patriarcale, est devenu une institution
de la société tant sur le plan local que
sur le plan international. La domination
et la violence exercées contre les
femmes sont liées à la domination des
personnes par le militarisme, le
racisme, le tribalisme et l'exploitation
économique. Il s'agit d'une idéologie
qui repose sur des restes de féodalisme
ou sur des coutumes et traditions qui,
jointes aux conditions économiques
actuelles, se révèlent sans pitié pour les
femmes. L'institution militaire par
exemple, fondée sur des valeurs masculines
de pouvoir, de domination physique
et d'autorité publique, considère
que les femmes qui s'opposent à elles,
menacent la hiérarchie masculine établie.
Le militarisme est symptomatique
d'une société dominée par des hommes
qui utilisent la violence et le pouvoir
pour contrôler les autres. Une forme de
l'asservissement des femmes réside
dans l'exigence des hommes que "l'on
serve à leurs repos et à leurs divertissements
".
Pour lutter contre l'esclavage
sexuel des femmes, les stratégies suivantes
sont préconisées :
- dénoncer par tous les moyens l'industrie
du sexe et les exploiteurs de
femmes ;
- mettre en place sur le plan international,
des mécanismes pour s'assurer que
toute femme qui cherche à s'évader de
l'asservissement des violences sexuelles
est considérée comme une réfugiée
politique et qu'elle reçoit asile et protection
;
- mener des campagnes d'éducation et
d'information sur l'exploitation sexuelle
;
- susciter une prise de conscience dans
les groupes qui s'occupent de la paix, de
l'emploi ou de la politique en montrant
les liens entre l'esclavage sexuel, la violence,
le militarisme et la torture des
femmes ;
- attirer l'attention et susciter la pression
de l'opinion, pour dévoiler les cas
d'exploitation sexuelle ;
- agir directement contre l'industrie du
sexe par des manifestations publiques ;
- oeuvrer pour qu'à long terme, il soit
mis fin au militarisme, à l'exploitation
économique, raciale et sexuelle et au
patriarcat qui soutient toutes les formes
de domination.
Au fond, nous sommes ici devant la nécessité de bien cibler les lieux où l'action doit être menée d'urgence pour des impacts mesurables, afin de faire reculer, secteur de la société par secteur de la société, la gangrène de la prostitution comme souterraine et dangereuse.
L'esclavage sexuel des femmes
l'esclavage sexuel. Ce réseau fait
partie d'un mouvement global des
femmes qui veulent mettre fin au
patriarcat et à toutes les formes de
domination sexiste, raciste, sociale,
religieuse ou nationale. Les organisations
oeuvrant contre la prostitution et
contre la traite des êtres humains doivent
se joindre à ce réseau pour le rendre
plus fort et plus performant.
Si les trois valeurs suivantes :
éprouver du désir ; avoir du plaisir et se
vivre comme sujet de ses désirs ne sont
pas présentes dans une relation où la
sexualité est engagée, la relation n'a pas
lieu d'être. La rencontre sexuelle est une
rencontre responsable et respectueuse -
un jeu complice, un humour - une tendresse
- un acte gratuit et d'abandon où
l'autre devient moi loin de toute
immixtion patriarcale.