La prévention de la prostitution
une démarche d'avenir
La lutte contre la prostitution est complexe. Elle peut se faire en aval mais aussi en amont, à la source
même dans laquelle elle s'origine. La prévention de la prostitution, puisque c'est d'elle qu'il s'agit,
représente un enjeu de société et doit s'inscrire dans la durée pour faire évoluer les mentalités et
engendrer de nouveaux comportements. |
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Claire Quidet, Mouvement du Nid |
Pour être efficace, une véritable
politique de prévention
doit engager l'ensemble des citoyens,
et se jouer à tous les âges de la vie, à
tous les niveaux de la société, de
manière cohérente : Famille, école,
travailleurs sociaux, police, justice,
mais également responsables politiques,
tous sont concernés.
La famille,
premier cercle de prévention
- Impact de la maltraitance et des
carences éducatives et affectives
Lieu fondateur de l'éducation
par excellence, où se forge la responsabilité,
où se construit l'estime de
soi, où s'apprend le respect de son
propre corps et de celui d'autrui, la
famille est le premier acteur de prévention.
Il arrive malheureusement
que la famille fasse parfois défaut, où
même qu'elle soit mal traitante. Un
enfant qui n'est pas respecté dans
son intégrité physique et psychique
aura du mal à grandir avec une
image positive de lui-même. Ce
déficit d'estime de soi le rendra plus
vulnérable face à un certain nombre
de conduites à risques, dont, mais
pas exclusivement, la prostitution.
Incestes, abus sexuels, sévices ou
autres traumatismes fragilisent les
jeunes qui en ont fait la douloureuse
expérience, et sont souvent présents
dans les histoires de vie des personnes
prostituées. De même, un
grand nombre de jeunes victimes de
la traite ont des histoires familiales
lourdes - abandon, violences verbales
ou physiques, négligence et
humiliations - qui en font les victimes
idéales de manipulateurs
habiles.
- Sexisme ou discrimination à l'égard des filles
Les violences à l'égard des
filles et des femmes constituent également
un terrain fertile sur lequel la
prostitution peut se développer. A
travers le monde, les législations
répriment de plus en plus les violences
envers les femmes, et les
avancées en matière d'égalité entres
les hommes et les femmes sont notables.
Il reste néanmoins beaucoup à
faire. Notamment dans le cercle
familial, où l'éducation n'est pas toujours
égalitaire,
et favorise encore le masculin au
détriment du féminin : jeunes filles
cantonnées à la sphère domestique,
parfois moins éduquées que leurs
frères, dont on attend obéissance et
soumission ; garçons que l'on encourage
à commander, à sortir, à être
sexuellement actif. Des stéréotypes
de genre que l'on va retrouver, poussés
jusqu'à leur caricature, dans la
relation personne prostituée - client
prostitueur, où l'homme qui achète
un acte sexuel trouve légitime que
des femmes soient disponibles à tout
moment pour la satisfaction de sa
sexualité, en dehors de tout affect, et
qui s'octroie le pouvoir sur cette personne
par le biais de l'argent.
La communauté éducative
L'école joue, elle aussi, un
rôle déterminant en préparant l'enfant
à la citoyenneté, en le sensibilisant
aux Droits Humains.
Il lui appartient, en plus d'instruire,
de permettre la construction et
l'épanouissement de la personnalité.
Et d'être particulièrement vigilante à
ce que soit favorisée une mixité harmonieuse
et égalitaire, en incitant
l'ensemble des adultes de la communauté
éducative à intervenir, par
exemple, dès que des comportements
sexistes apparaissent :
insultes, gestes déplacés… Il est
essentiel de rappeler à chacun ses
droits, mais aussi ses devoirs, d'éduquer
au respect de l'autre, de son intimité,
de ses choix, d'avoir recours au
dialogue plutôt qu'à la violence.
- Nombreux sont les jeunes pour qui
il est difficile de parler de sexualité
dans le cadre familial. Certains
parents sont eux-mêmes mal à l'aise
pour leur répondre. A l'adolescence,
il importe pourtant que jeunes
filles et jeunes gens trouvent
des réponses à leurs questions, faute de quoi leur propre
malaise risque de se transformer en
peur envers l'autre sexe. Il
incombe à l'école de mettre en
place des séances d'information
et d'éducation à la
sexualité humaine, qui
permettront aux jeunes
d'aborder la sexualité dans
sa dimension relationnelle.
Enfin l'école doit
aller plus loin que la simple
information. Une
véritable démarche préventive
visera à donner
aux jeunes les outils qui
leur permettront de faire
des choix au mieux de leurs
intérêts, et surtout d'être capables
de les affirmer ensuite,
quelles que soient les pressions
exercées, par la bande de copains,
par exemple, ou face au chantage
affectif d'un petit ami. En d'autres
termes, il est nécessaire de travailler
avec les adolescent-e-s le renforcement
de l'estime de soi qui les aidera
à s'affirmer.
Un enjeu social, un choix politique
Eviter que des personnes vulnérables
en viennent à vivre la prostitution,
et donc lutter contre les
causes de leur vulnérabilité n'est pas
un combat isolé. Il rejoint tous les
efforts d'insertion qui doivent être
menés dans le domaine de l'emploi,
du logement, de la santé, de l'accès
au savoir… autant de facteurs à
même d'empêcher les jeunes d'envisager
la prostitution comme une
moyen de vivre ou de survivre.
L'Etat se doit de protéger les
personnes les plus démunies en se
donnant les moyens d'organiser, avec
des partenaires, des politiques de
prévention et de développer des
actions, par exemple, dans le
domaine de l'enfance en danger.
Il doit aussi être cohérent
dans son mess
age ,
notamment à travers sa législation.
Ainsi, en matière de prostitution, à
quoi sert-il de vouloir éduquer les
jeunes au respect de soi et des autres,
si par ailleurs un Etat règlemente la
prostitution, et de ce fait légalise le
proxénétisme ? |
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A ce titre, il sera intéressant
de suivre, au fil des années,
l'impact de la loi suédoise qui interdit
l'achat d'actes sexuels, et donc pénalise
le client de la prostitution. On
peut penser que les jeunes gens qui
vont grandir dans un pays qui
annonce aussi clairement ses valeurs
seront plus à même de devenir des
hommes pour qui la sexualité ne
s'achète pas. La loi est, en ellemême,
un facteur de prévention.
Enfin, beaucoup de proxénètes
ne sont jamais inquiétés, voire bénéficient
de la protection de certaines
autorités policières, judiciaires ou
politiques. La répression du proxénétisme
et du trafic des êtres humains
doit être menée avec détermination.
C'est aussi une facette de la prévention.
C'est en tout cas toute une
conception de l'Etre Humain qui est
en jeu. Il revient à l'Etat de le
replacer au centre de ses
préoccupations, plutôt que
de le sacrifier aux exigences
du système économique.
Une dimension internationale
Le monde ne peut se
construire sur la seule
libéralisation économique
et sur l'exploitation
des personnes.
Alors que les
trafics en tous genres
se jouent des frontières,
la prévention de
la prostitution ne peut
être l'oeuvre d'un pays isolé.
Elle doit aller de pair avec une
véritable solidarité avec les pays en
voie de développement, afin qu'ils
maîtrisent leur avenir, protègent
leurs valeurs et ne se laissent pas dicter
leur modèle de société.
Un projet global de société
Rien ne sera possible sans
une mobilisation de tous les décideurs,
en lien avec l'opinion publique
: famille, partenaires sociaux, medias
et pouvoir politique. Mais chacun de
nous, dans la vie de tous les jours,
peut agir à son niveau par ses comportements,
ses regards, ses prises de
position. Chacun de nous peut choisir
de se faire, par son silence, son
acceptation tacite de ce système,
complice du développement de la
prostitution, ou au contraire par sa
parole, acteur de prévention.
Mettre fin à la résignation,
lutter pour la dignité des êtres
humains, construire, femmes et
hommes, une nouvelle façon d'être
ensemble en excluant la sexualité du
champ du marché, voilà qui doit être
notre grand projet pour demain ! |