Vendredi 14 novembre 2008,
nous sommes au nouveau
cybercafé du quartier Etoudi à Yaoundé.
Véronique N. et Maïmouna B. se partagent
l'un des douze ordinateurs que possède
le cyber. Les deux jeunes femmes
éclatent de rire de temps en temps. Elles
sont connectées sur le site www.passion.
com. Maïmouna chate avec
Dominique, un quinquagénaire de nationalité
suisse. Véronique facilite la
conversation, prodigue des conseils à
Maïmouna, rédige les messages. La
relation entre la Camerounaise et le
Suisse a commencé par la publication
d'une annonce sur le Web " Jeune
femme, Camerounaise, célibataire, 33
ans, 1,60 m, 58 kg, sérieuse, courageuse,
2 enfants (10 et 14 ans), souhaite
correspondre avec homme blanc parlant
français (33 - 55ans) pour une relation
sérieuse voire mariage. Joindre photo."
Maïmouna est aux anges depuis
deux jours. Après une semaine seulement
de rencontre sur Internet,
Dominique lui a proposé le mariage.
Maïmouna imagine son avenir : la vie en
Suisse avec un blanc aisé ; l'abandon du
Call box qui l'occupe et qui ne rapporte
pas grand-chose ; la prise en charge de
ses deux enfants et de sa pauvre famille
par son blanc ; la maison qu'elle bâtira
au village ; la voiture qu'elle offrira à
son père…Nombre de personnes sont
dans la situation de Maïmouna. Au 30
novembre 2008, 29 918 Camerounais
avaient publié une annonce sur le site
www.passion.com, 17 597 compatriotes
sur le site 123love.com, 27 058 personnes
sur www.camerounrencontre.
com, 6794 sur www.rapide
rencontre.com. A la faveur du développement
de l'Internet interactif (Web 2.0),
des milliers de sites de rencontre foisonnent
sur la toile.
Derrière Dominique se cache
parfois un proxénète ou un
réseau de prostitution.
Les
p r o x é n è t e s
piègent les femmes qui rêvent d'un mari
européen sur les sites de rencontre. Une
fois la relation et la confiance établies, le
" fiancé " offre le billet d'avion, envoie
les papiers nécessaires à la demande de
visa. Tout va vite : voyage de " l'élu " au
Cameroun, cérémonie de fiançailles
dans la belle famille, distribution de
cadeaux, célébration du mariage à la
mairie et bénédiction nuptiale à l'église,
photos souvenirs, soirée dansante,
escorte des nouveaux mariés à l'aéroport.
Le rideau se ferme. De l'autre côté
de l'Océan, commence une autre vie. La
nouvelle mariée a joué à la loterie. Elle
ne sait pas ce qui l'attend. Elle risque
d'être " vendue " par son mari au marché
du sexe avec toutes les conséquences
(bestialité, maladies vénériennes, violence,
alcool, drogue, harcèlement de la
police, perte de dignité…). Si elle garde
son époux, cela revient au même. Dans
les deux cas, l'acte sexuel est un service
contre rémunération. La seule différence
consiste dans le prix et la durée du
contrat…
Certains sites Internet sont plus
crus que les sites de rencontre classique.
Le site http://rj.michel.free.fr par exemple
offre un service d'Escort girls (filles
de compagnie) camerounaises aux chefs
d'entreprises en déplacement. Les
demoiselles sont présentées comme des
lycéennes et des étudiantes qui travaillent
temporairement pour financer leurs
études. Elles sont disponibles à tout
moment sauf en périodes d'examens
scolaires et universitaires. Un formulaire
permet au client de choisir la taille,
le teint (noir, brun, chocolat), les mensurations
(tours de poitrine, de taille et de
hanche). Lorsque le choix est validé,
une page s'ouvre. Une base de données
comprenant plusieurs prénoms féminins
est disponible. Il suffit de cliquer sur l'un
des prénoms pour découvrir le profil
détaillé de la jeune prostituée. Pour
avoir accès au contact des filles (téléphone,
Email), il faut débourser 10
euros. Un devis de prestation de service
est envoyé au clinet à sa demande. Pour
une escorte de deux jours à Douala par
exemple, ce dernier devra débourser 150
000 Fcfa. Seuls sont acceptés les clients
européens. D'autres sites Internet tels
que www.lapute.net offrent des conversations
chaudes, intimes et du striptease
en direct. Vous y découvrirez des messages
du type "Mature Monique, 52ans,
t'es là? Viens me voir en webcam ! Vite
!" …
Avec le développement des
TIC, la prostitution quitte la rue et les
bars pour Internet. Ce dernier présente
plusieurs " avantages " pour les marchands
du sexe. Il réduit le coût de
recrutement des prostituées étrangères
par les proxénètes. Le champ de racolage
est illimité pour les prostituées. Le
client peut être attiré partout dans le
monde. L'activité sur le net est plus discrète.
On peut dissimuler son identité
(sexe, âge, race..) ; se faire représenter.
Le risque de violence physique est nul.
La conversation est virtuelle ; à distance.
On est à l'abri des rafles policières. La
prostituée peut y développer une activité
individuelle sans être dominée par un
souteneur. Le voyage des péripatéticiennes
en Europe via Internet est mieux
organisé et moins périlleux que celui des
jeunes hommes sur des bateaux de fortune
via le Maroc et l'Espagne. La publicité
sur les filles de joie n'est pas interdite
sur la toile. Elle est même ostentatoire
à travers les photos érotiques, la
webcam et les annonces. Soit dit en passant,
des prostitués de sexe masculin
sont visibles sur Internet. Voir le site
http://gay.proximeety.com. Vous y
découvrirez des prostitués camerounais
mâles !
Face à l'expansion de la prostitution
sur le net, la société a une attitude
hypocrite. En public l'activité est
condamnée mais individuellement, entre
les quatre murs, les sites coquins sont
regardés sans honte, au risque d'aller
plus loin dans la tentation… La législation
est encore timide voire inexistante
dans la répression de la cyberprostitution.