Dans la présente réflexion,
nous portons notre attention
sur la prostitution, l'un des phénomènes
les plus dramatiques et les
plus troublants de l'espèce humaine.
Nous en parlerons du point de vue de
la Bible, ou plus précisément de
l'Ancien Testament. Nous accorderons
une attention spéciale à la "
prostitution sacrée " avant d'élargir
notre angle de vision vers l'Ancien
Testament dans son ensemble.
Les juifs et la prostitution.
Au nom du monothéisme qui
considère la prostitution comme une
déviation qui détourne du culte du
seul et vrai Dieu, il est interdit à une
femme juive de s'adonner à cette pratique.
Le commerce du sexe fait
appel à une " main d'oeuvre " étrangère.
Malheureusement, nous
constatons que, quand bien même la
prostitution est interdite par la loi
(Lév. 19 : 29 ; 21 : 9 ; Deut. 23
: 17), elle est cependant pratiquée
par suite du relâchement
des moeurs et de l'influence
corruptrice du paganisme
environnant (Gen. 38 : 21 ;
Jos. 2 : 1 ; Jug. 11 : 1 ; 16 :1).
La Bible ou du moins
l'A.T. parle de deux sortes de
prostitution : la prostitution
religieuse et la prostitution
lucrative. Cette dernière est
d'ailleurs vue comme le
symbole et le miroir de la
première.
Pour ce qui est de la prostitution
religieuse, les prostituées consacrent
leur vie au service de la divinité.
La prostitution lucrative quant à
elle est celle que nous connaissons
mieux. Il s'agit des femmes qui vendent
leur charme au plus offrant. Soit
la femme choisit ce métier pour
gagner le plus d'argent possible, soit
elle est vendue comme esclave. Dans
ce cas, elle est exploitée par une
tierce personne. Il peut aussi s'agir
d'une période passagère que la
femme choisit pour ce commerce
odieux en attendant trouver un mari.
A ses deux formes bien explicites
dans la Bible, relevons que l'hypocrisie
des juifs a crée d'autres formes de
prostitutions très subtiles. C'est le cas
d'un père qui " prête " sa fille contre
rémunération. La tradition ne la
traite pas comme une prostituée. Ce
qualificatif désigne seulement les
femmes placées sous la tutelle d'un
homme et qui ont des rapports
sexuels rétribués sans l'autorisation
de celui-ci. Dans certaines contrées,
les filles peuvent être louées dès leur
bas âge. D'une façon générale, offrir
un(e) esclave à un hôte de passage
est une marque d'hospitalité. Cette
pratique a existé dans de très nombreuses
sociétés traditionnelles et pas
seulement au Moyen Orient..
La prostitution sacrée
La prostituée sacrée est une
sorte de prêtresse qui officie dans le
temple. Elle est vraisemblablement
une femme qui, s'étant révélée inféconde,
et trouvant une insertion
sociale dans ce rôle, ne pouvait être
l'épouse d'un seul homme. Mais il
faut dire que cette justification n'est
pas solide puisque Gomer, la femme
du prophète Osée n'était pas inféconde
(Voir Os. 3) Disons tout de
suite que cette pratique ne trouve pas
ses racines en Israël. Elle est une pratique
beaucoup plus babylonienne.
Nous n'en voulons pour preuve que
cette reproche d'Hérodote : " La plus
honteuse des loi de Babylone est
celle qui oblige toutes les
femmes du pays à se rendre
une fois dans leur vie au
temple d'Aphrodite pour s'y
livrer à un inconnu… Les
femmes sont assises dans
l'enceinte sacrée
d'Aphrodite, la tête ceinte
d'une corde, toujours nombreuses,
car si les unes se
retirent, il en vient d'autres. "
Ainsi, les femmes n'ont pas
le droit de retourner chez
elles avant qu'un homme ne
les aient choisies, en leur
mettant quelque pièces d'argent
sur les genoux et en prononçant ces mots : " j'invoque
la déesse Mylitta ". Il faut dire que
cette divinité est la déesse de l'amour
et de la guerre, une des grandes divinités
de Babylone.
Nous savons aussi grâce à
Hérodote que les temples
d'Aphrodite, à Paphos et à
Amathonte, abritaient des courtisanes
sacrées, sans pouvoir toutefois
affirmer que la même loi
était en vigueur. Quel
sens faut-il donner à
cette culture ?
P e u t - ê t r e
s ' a g i t - i l
d'un acte
de conséc
r a t i o n
de la virginité
à
la divin
i t é ,
p e u t -
ê t r e
a u s s i
faut-il y
voir un
acte de
déflorat
i o n
r i t u e l l e ,
p r a t i q u é
dans la plupart
des sociétés primitives, où la virginité
était considérée avec mépris, car
c'était une preuve d'impopularité.
Pour preuve, sur la côte de Malabar,
les jeunes filles ne pouvaient trouver
de mari tant qu'elle restaient vierges,
ceci parce que, versé le sang d'un
membre de la tribu était interdit par
un tabou.
Il faut aussi dire que la Bible
connaît des célébrations cultuelles
orgiastiques où les filles vierges avec
des virils garçons s'offrent en spectacle
d'acte sexuel pour solliciter la
bienveillance et la bénédiction des
baals, et plus précisément la baal de
la fertilité du sol et de l'amour. Et
comme nous l'avons déjà signalé, ces
pratiques sont étrangères à la législation
juive. Alors, s'il faut chercher ici
le rôle théologique des prostituées
sacrées, l'on dira simplement qu'elles
sont des victimes expiatoires. Ils ou
elles s'offrent pour que les divinités
apaisent leur colère contre la population.
Ils ou elles n'ont même pas le
rôle de médiateur qui est réservé aux
prêtres de baal. |
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La position de la Bible
Le législateur juif dira de la
part de Dieu : " L'Eternel parla à
Moïse et dit : parle aux enfants
d'Israël, et tu leur dira : Je suis
l'Eternel votre Dieu. Vous ne ferez
point ce qui se fait dans le pays
d'Egypte ou vous avez habité, et
vous ne ferez point ce qui se fait dans
le pays de Canaan où je vous mène :
vous ne suivrez point leurs usages…
" (Lév. 18 : 1-10). Voici l'un des
textes qui appellent les enfants
d'Israël à la pureté des moeurs. On ne
devrait se compromettre sous aucun
prétexte. Israël est invité à
une pureté de
vie.
L e
livre de la
Genèse 38 : 15
montre que les
hommes fréquentent
souvent les prostituées,
et si cette habitude est
condamnée, c'est seulement
parce qu'ils risquent
de gaspiller
leur argent et dilapider
leurs
biens. En plus,
la prostituée,
bien coupable,
pourra
être sauvée
par la foi
ainsi qu'en
t é m o i -
gnent les
textes de
l'Evangile.
Jésus fait
bon accueil
aux prostituées.
Il les cite
même en exemple
de foi. Mais ici, soulignons que
c'est quand elles ont abandonné cette
piteuse activité. Jésus ne veut
exclure personne de son paradis.
Mentionnons aussi que, sans la
méconnaître, les Pères de l'Eglise
estiment que la prostitution est un
mal nécessaire à l'équilibre des
sociétés. Quelques siècles plus tard,
Thomas d'Aquin justifiera l'existence
de la prostitution en la comparant à
des latrines. Il dira à propos : " Cela
pue, mais s'il n'y en avait pas, c'est
toute la maison qui serait
empuantie".
Notons que la Bible n'a pas
une position claire et tranchée par
rapport à la prostitution. Il y a des
passages où elle est condamnée et
des passages où elle semble
être acceptée.