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Le jour pas comme la nuit
Elles travaillent aussi le jour. Mais les activités sont différentes. Voyage au coeur des activités parallèles des prostituées.
 

Guy Modeste DZUDIE, Journaliste

La quarantaine entamée, Denise est une femme atypique, pour les personnes introduites dans les circuits de la prostitution au niveau du quartier Nylon à Bafoussam. Car en journée, elle porte fièrement la casquette de Bayam-sellam. L'achat et la revente des bananes plantains constituent son credo. Quelquefois, elle se déplace en direction des marchés de la capitale économique, Douala, pour placer ses produits. Mais cela n'empêche pas que la nuit, loin de se reposer après une intense journée de labeur dans les marchés, elle arbore une mini jupe pour se placer " au poteau ". Question " d'attaquer " cette fois-ci, des clients friands du sexe. A ses proches, elle explique que sa présence sur plusieurs fronts n'est pas gratuite. Elle ambitionne de maximiser ses revenus pour pouvoir soutenir l'éducation de ses enfants et encadrer ses cadets. Non loin du domicile de Denise un cliché quasi identique de la débrouillardise des "femmes de rue" se déroule. Le manège est offert par un groupe de femmes, réputées vieilles prostituées qui ont établi un quartier général pour la fabrication du tapioca grâce à la pâte du manioc qu'elles pressent à longueur des journées.

Un déploiement qui fait que ces dernières ne jouissent pas d'un quotidien ordinaire. Elles doivent se réveiller à cinq heures du matin, et par conséquent se séparer de leurs clients, pour aller se ravitailler en tubercules de manioc. Autre génération, autre secteur d'activités. Colette, ancienne étudiante à l'université de Buéa, a abandonné ses études pour venir se livrer au commerce du sexe au lieu dit " Carrefour auberge " à Bafoussam. A ses débuts, il y a environ quatre ans, elle comptait se livrer à cette sale pratique uniquement à titre provisoire. L'appétit venant en mangeant, elle s'est définitivement établie dans la rue. C o l e t t e rentre dans le registre de ces professionnelles du sexe qui, en j o u r n é e , s'ennuient à ne rien faire, leurs clients ne les sollicitant qu'à la tombée de la nuit.
 

C'est pourquoi elle s'exerce dans un salon de coiffure situé à un jet de pierre de sa maison. " Il n'est pas bon de rester sans rien faire. Ce que nous faisons n'est pas un travail. Je suis devenue prostituée à cause de l'extrême pauvreté de ma famille. Mais cela ne permet pas de s'en sortir. Les gens qui entrent, sortent aussi facilement. Il faut s'habiller avec des vêtements toujours à la mode. Aujourd'hui je suis obligée d'apprendre la coiffure. Car lorsque j'aurai fini ma formation, je pourrai m'installer à mon propre compte grâce à mes économies ", soutient- elle. D'ailleurs, elle est loin d'être la seule prostituée qui s'exerce dans un salon de coiffure. Les jeunes filles qui se prostituent parallèlement à l'apprentissage de la coiffure sont légion. Au lieu dit " Carrefour de l'auberge " à Bafoussam plusieurs salons de coiffure sont tenus par des prostituées en activité ou celles qui sont en retraite. L'espoir est d'autant plus permis que des organismes tels que la Croix rouge camerounaise travaillent pour la reconversion des professionnelles du sexe ou des filles à partenaires sexuels multiples. Le quotidien Le Messager dans son édition du 28 septembre 2007 retrace le quotidien des ex prostituées reconverties grâce à l'implication de cette structure. L'article rédigé par Thierry Ndong indique comment J. Benny a abandonné la prostitution pour se consacrer à des études à l'université de Douala de même qu'à l'apprentissage de la coiffure. " Je rentre immédiatement chez moi ; pour éviter toute tentation ; la rue, c'est du passé, désormais", s'exprimait ainsi B. Jenny dans les colonnes du quotidien de la rue des écoles. Contrairement aux prostitués du terroir qui se livrent des activités parallèles pour " sortir de la rue ", celles basées en Europe notamment en Suisse montent des affaires sur place. Pour elles, il vaut mieux conquérir les Euros dans les rues là-bas que de revenir souffrir en Afrique…