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EDUQUER LE DESIR SEXUEL

L'image de jeunes femmes en tenues légères arpentant les rues des grandes villes la nuit tombée à la recherche de compagnons de fortune n'est plus l'indicateur absolu du pourrissement des moeurs sexuelles.A l'ère de la mondialisation, il y a mieux : la civilisation érotique du XXe siècle a créé de nouveaux lieux et instruments de drague, de voyeurisme et de commercialisation de l'amour, à l'instar du tourisme sexuel, des sites X, de blogs de plus en plus aguichants, accessibles sur simple clic ; les call-girls font de la prostitution en chambre : il suffit d'entrer en possession de leurs numéros de téléphone, de les joindre pour nouer le contact et conclure l'affaire.
 
Pasteur Jean Blaise KENMOGNE

Un vaste supermarché dédié aux plaisirs de la chair est en train de voir le jour à l'échelle planétaire. Toutes ces mutations ne peuvent que révolter la conscience morale universelle dont le pape Benoît XVI, l'un des plus farouches gardiens, tire la sonnette d'alarme en ces termes : " L'éros rabaissé simplement au "sexe" devient une marchandise, une simple " chose " que l'on peut acheter et vendre ; plus encore, l'homme devient une marchandise… L'homme considère maintenant le corps et la sexualité comme la part seulement matérielle de lui-même, qu'il utilise et exploite de manière calculée " (Deus Caritas, Libreria Editrice, Vaticana, Rome, 2006) Pour mesurer la profondeur de la déchéance qui est la nôtre, il importe de regarder la prostitution dans ce qu'elle nous révèle en profondeur :

- la logique de la domination libidinale du mâle qui, dans son intempérance phallique, est obsédé par la soumission de la femme à la toute puissance de son désir ;

- la vacuité d'une sexualité coupée de la sève spirituelle et sans ouverture à Dieu ;

- l'hypocrisie ambiante qui veut que l'on condamne le jour, le commerce de la chair et sacrifie à son rituel la nuit, à l'abri des regards indiscrets ;

- notre incapacité à construire des relations d'amour saines dénuées d'arrière-pensées mercantilistes et de chosification de l'autre ;

- l'avilissement et l'étourdissement de notre être et de notre corps dans des pratiques extrêmes de zoophilie, de scatologie et d'ondinisme ;

- la violence de l'ultralibéralisme mondialisé qui entretient et développe la fracture entre dominants et dominés, exploiteurs et exploités, riches et pauvres, forts et faibles, au-delà de la fracture de premier degré entre hommes et femmes.

Nos tares que la prostitution nous dévoile, déroutent par l'enchevêtrement et la complexité des situations dans lesquelles elle s'origine et/ou avec lesquelles elle est en lien. Y faire face exige la prise en compte de la multiplicité de ces variables dont aucune n'est à négliger. Dit autrement, la prostitution comme phénomène global présente et conjugue à la fois des aspects physiques, psychologiques, politiques, économiques et culturels. Organiser la prise en charge psychologique des victimes par exemple sans leur assurer une survie matérielle ni instituer des droits qui garantissent de façon pérenne leur réinsertion sociale, c'est créer les conditions de la réémergence du fléau. En tant qu'elle se joue à l'ombre de réseaux interlopes parfois absous de toute responsabilité, qu'elle est alimentée par des clients que l'on tolère au contraire des prostituées que l'on incrimine, qu'elle prospère sur le terreau de l'ignorance, de la pauvreté et d'une culture patriarcale millénaire, la prostitution doit par conséquent être combattue avec des armes multiples, sur des champs variés et par l'ensemble des acteurs sociaux, aux niveaux local, régional et international. Si l'amour bidon a planté son drapeau noir au coeur de nos vies et les régente sans partage, nous serions mal inspirés de capituler. La lassitude n'est pas de mise. Au-delà de la collaboration entre le proxénète, la prostituée et le client qu'il faut casser, et des causes mécaniques de la "triangulaire" de la prostitution qu'il faut déraciner, nous devons nous atteler à l'éducation du désir sexuel. Eduquer le désir sexuel, c'est désarmer tout regard qui n'est que concupiscence ; c'est tourner le dos à toute soumission passive et inconditionnelle à l'instinct ; c'est enfin amener la conscience morale à s'enraciner dans le corps. Tout un programme, en somme, qu'il n'est pas facile de mettre en oeuvre mais qui est la condition de transformation du désir sexuel en vecteur de découverte et de respect du/de la partenaire et un lieu d'expérimentation et d'exaltation de l'amour véritable.

Pasteur Jean-Blaise  KENMOGNE