Découvrez chaque semestre des analyses, des interviews, des enquêtes et des reportages sur les grands problèmes de notre société.
 
 
 
 
 
 
 

Confessions d'une prostituée

C'est dans un quartier chaud de la ville de Bafoussam que nous avons rencontré N.H. Elle est prostituée. Pourquoi l'est-elle devenue ? Comment exerce-t-elle son " métier " ? Et si elle avait une proposition de mariage ? Lisez plutôt ses confessions.

 ECOVOX : Depuis combien de temps faites-vous ce métier ?

N.H. : Moi, ça date de 2 ans. Parce que je suis arrivé là en 2006, le 3 avril. Ca fait deux ans. Oui

ECOVOX : Pourquoi avoir choisi de faire ce métier ?

N.H. : Je n'ai pas totalement choisi de faire ça. C'est question de sentiment. Oui, quand je dis sentiment c'est dans le sens que j'ai été marié mais mon mari ne me regardait pas en tant que femme. Il me donnait bien ce que je voulais, mais il ne rentrait pas à la maison à temps. Il me donnait ce que je voulais, mais je n'étais pas satisfaite dans le sens du sexe, oui.

ECOVOX : Et vous l'avez quitté ?

N.H. : Si. Bon je me suis un jour demandé que mais un homme qui s'occupe de moi. Il me donne ce que je veux. Il fait de moi ce que je veux mais il ne me satisfait pas. Ca ne vaut pas la peine

ECOVOX : Il ne faisait pas l'amour avec vous ?

N.H. : Si, pas comme je voulais. Il le faisait si. Mais pas comme je le voulais

ECOVOX : Comment avez-vous été introduite auprès de votre premier client ?

N.H. : C'est une copine qui m'a amenée ici à Bafoussam. Elle m'a dit que c'est comme ça que ça se passe ici. Moi je n'avais jamais su que le sexe ça se vendait, je savais qu'on pouvait avoir un ami, un petit ami. Bon. Quand je suis donc arrivée, elle me dit bon tiens je vais habiter chez elle. Ce soir on doit sortir. Nous sommes sorties. On m'a bien admiré. Les hommes ne faisaient que m'appeler. Je me dis que bon tien ces gens ci m'appellent, je ne les connais pas. Elle me dit que non c'est comme ça que ça se passe. Elle me dit que bon toi tu vas taxer ton prix. J'ai dit que bon tiens je n'ai rien à vendre là. Mon premier client m'a accosté, il m'a dit que ma chérie je voudrais être avec toi, combien tu coûtes ? Je lui ai dit que non peu importe combien je coûte. Mais j'aimerais être femme devant un homme. Bon on s'est amusé. Il m'a emmené à l'hôtel où on a couché ensemble. Il m'a demandé combien il devait me donner. Je lui ai dit non je ne vends rien. Il s'est levé. Il m'a donné ce qu'il avait je lui ai dit merci et je suis partie. Le 2ème jour j'étais là, j'étais entrain de prendre un pot. Il y a un monsieur qui est venu vers moi. Il m'a salué et m'a dit que j'étais très jolie. Il a aussi dit qu'il voulait être avec moi. Je lui ai dit qu'il y 'a pas de quoi. Nous avons pris nos bierettes. Puis on s'est levé, on est parti. Il me demande combien coûte la soirée. J'ai dit que je n'étais pas une marchandise et qu'il me donne ce qu'il peut me donner pour vivre ma vie. Il m'a donné ce qu'il pouvait me donner et je suis rentrée chez moi.

ECOVOX : Est-ce que vous avez des enfants ?

N.H. : Non

ECOVOX : Vos parents sont-ils en vie?

N.H. :
Mon papa était un militaire. Il est décédé depuis 4 ans aujourd'hui. Ma maman est à Bamenda.

ECOVOX : Est-ce qu'elle est au courant de ce que vous faites ?

N.H. : Non. Elle sait que sa fille travaille. Parce que je lui ai dit mois je travaille dans un bar.

ECOVOX : Vous avez des frères, des soeurs ?

N.H. : Si je suis l'aînée chez nous. Nous sommes au nombre de 5, j'ai une petite soeur qui a 3 enfants. C'est moi qui m'occupe de ces enfants-là.

ECOVOX : Ils savent ce que vous faites ?

N.H. : Non ils ne savent pas

ECOVOX : Pourquoi est-ce que vous ne déclarez pas ce que vous faites ?


N.H. : Dans le sens que j'ai la dignité. Dans tout ce que je fais il y a d'abord le respect et deuxièmement moi je n'ai pas aimé faire cette vie, c'est pourquoi je leur cache ça. Tout ce que je recherche c'est un homme qui est comblé, qui connaît me cajoler. Je ne cherche pas celui qui est riche, celui qui doit m'aimer tel que je suis.

ECOVOX : Quel est votre niveau d'étude ?

N.H. : Mon niveau d'études. Je ne peux pas vous mentir, vous dire que j'ai trop fréquenté. Je n'ai même pas fait la classe de 6ème, chez nous les anglophones, on dit le First School Living. J'ai eu ça.

ECOVOX : Racontez-nous un peu votre journée/nuit de travail

N.H. : Bon il n'y a pas de journée. Moi en tant que femme, je suis chez moi toute la journée. Je joue ma musique, je m'amuse un peu avec mes voisines. Le soir je sors, si je trouve un " client " qui me convient, parce que je prends l'homme que je veux, pas parce qu'il a l'argent, parce que je le veux,, c'est ça mon principe à moi.

ECOVOX : Est-ce que vous avez des clients qui vous sont fidèles ? Des clients réguliers

N.H. : Si j'en ai, parce que j'ai un portable, on m'appelle " Nana toi tu es où ? " on me dit trouves moi à tel endroit, trouves moi à tel hôtel, je les trouve, oui voilà mes clients que j'ai par mon coup de fil.

ECOVOX : Quel est le profil des clients qui viennent vers vous ? C'est des grands messieurs ? Les débrouillards ?

N.H. : Parlant de moi, ceux avec qui j'ai à faire ce ne sont pas n'importe qui. C'est ceux qui travaillent, je n'ai pas à faire à des voyous. J'aime celui qui sait ce qu'est le dehors. Oui. Et moi j'aimerais dire ceci. Je fais avec des hommes travailleurs. Pas avec des voyous.

ECOVOX: Est-ce que vous utilisez le préservatif ?

N.H. : Si c'est conseillé oui, j'ai moimême mes préservatifs. Je te propose mes préservatifs. Quand tu viens avec pour toi, ça ne m'arrange pas.

ECOVOX : Comment vous approvisionnez vous en préservatifs ?

N.H. : je les achète dans une boutique

ECOVOX: Et si un client vous disait qu'il va y aller sans préservatif

N.H. : Non, non loin de là

ECOVOX : Vous n'allez pas accepter ?

N.H. : Je ne vais pas accepter dans le sens que j'aime d'abord mon corps je le respecte. Je fais ce que je fais. J'appelle ça mon travail oui.

ECOVOX : S'il vous arrive de tomber malade ou d'attraper une MST, arrêtez- vous momentanément le métier ou continuez-vous de travailler avec la maladie ?

N.H. : J'attendrais d'être guérie dans le sens que dans ce que moi je fais. Je me rends dans un centre de santé chaque week-end pour au moins faire un bilan de santé, je prends mes injections, je regarde si je suis en santé pour faire ce que je fais. Parce que ce n'est pas seulement l'argent qui m'importe. Il y a ma santé qui m'importe beaucoup, parce que aujourd'hui là si je chute c'est que mes petits frères, mes petites soeurs vont chuter.

ECOVOX : Est-ce qu'il y a des risques dans votre métier ?

N.H. : Si. Dans notre métier, il y a le risque dans le sens que tu trouves un " client " qui te demande de te positionner d'une certaine façon. Je veux que tu fasses comme ça, je veux que tu me fasses la pipe. Je dis non, je n'ai pas connu ça. Je lui dis ce que je connais. Quand ça ne marche pas. Même si tu me donnes n'importe combien, je te rembourse ton argent. Pour ne pas avoir des ennuis, si tu me perds le temps et que tu me donnes 10 000 Frs je retire peut être 3 000 Frs, 4 000 frs je dis qu'avec tout ce temps que tu m'a perdu, tu me fiches le camp.

ECOVOX : Quelle somme d'argent demandez-vous à vos clients ?


N.H. : La somme d'argent que je demande. Déjà quand je dis je ne taxe pas cela veut dire que j'aimerais avoir à faire avec des hommes réfléchis, ceux qui savent ce dont la femme à besoin. Je ne taxe pas puisque je ne vends rien, oui je fais ça pour vivre, je ne vends rien

ECOVOX : Que faites vous avec cet argent ?

N.H. : Je m'occupe de ma petite famille. Mes petites soeurs, mes petits frères, ma maman qui est actuellement à Bamenda

ECOVOX : Quel sentiment éprouvezvous lorsque vous rencontrez vos clients dans la rue ? Est-ce la honte ou l'indifférence ?

N.H. : Il n'y a pas question de sentiment de honte parce que nous sommes humains. Quand je le rencontre dans le journée je lui dis bonjour

ECOVOX : S'il vous arrivait de trouver un autre métier seriez vous prête à abandonner la prostitution ?

N.H. : Si, si, je vais abandonner, parce que ce que je fais c'est pour vivre et soutenir ma famille

ECOVOX : Vous arrive-t-il de tomber amoureuse d'un client ? Si oui, cela complique-t-il les relations avec les autres clients ?

N.H. : Non parce que ce qui est dans ma tête. Pour moi je me dis que l'homme qui vient déjà payer une femme pour coucher avec elle, c'est qu'il est habitué donc j'évite d'être amoureuse de celui-là. Oui, mais par contre celui qui vient il me dit " Ma chérie, je t'aime vraiment et bon j e n'ai rien. Au moins je peux le considérer mais sans ignorer qu'il y a des hommes gigolo dehors mais dans mon métier il n'y a pas d'amour.

ECOVOX : Est-ce que vous pouvez accepter une proposition de mariage ?

Réponse : Si. Et je sais que après ce que je fais là, je vais finir dans la maison d'un homme sous le toit d'un homme un jour dans le sens que ma maman n'était pas frivole. Comme les choses se sont vite développées la vie n'est pas telle que nos mamans l'ont vécue, mais je sais que moi je vais finir sous le toit d'un homme un jour.

ECOVOX: Est-ce qu'il arrive que votre mère ou vos frères ou soeurs vous rendent visite ?


N.H. : Si.

ECOVOX : et dans le cas où ils séjournent quelques temps chez vous, n'allezvous pas travailler pendant ce temps

N.H. : Oui, même si c'est 2 semaines, je ne vais pas travailler parce que je leur donne cet honneur, je les respecte d'abord, tout ce que je fais j'ai une dignité pour cela.

ECOVOX : Ils peuvent se poser des questions au cas où vous ne sortez pas pour aller quelque part.

N.H. : Oui je peux sortir, parfois je sors le soir en leur disant, je vais là où je gère. Je rentre le matin, je peux aller prendre une chambre dans une auberge, je gère ma soirée là-bas. Le matin je rentre chez moi

Entretien mené le 12 Août 2008, Par
Flore DEUGOUE & Roger KOUAM