Le fruit de toutes ces expériences, de cette bataille pour l'honneur et la dignité de la femme africaine, Amely James
Koh Bela l'a capitalisé dans ses deux livres phares : le premier : La prostitution africaine en Occident. Vérités-
Mensonges-Esclavages. Sexes, drogues et crimes, la face cachée de la prostitution des Africains en Europe. Le
deuxième : Mon combat contre la prostitution dont elle dit qu'il est un outil, un outil qui va renforcer son travail
dans ses campagnes de sensibilisation en Afrique et ailleurs.
C'est dire qu'au-delà de la militante il y a l'experte, celle qui ne pousse pas seulement un cri contre la prostitution,
qui ne se livre pas à la diabolisation facile ni à la condamnation rapide des acteurs et auteurs du commerce de la
chair humaine, mais celle qui explique, données à l'appui, le fléau de la prostitution de nos soeurs, de nos mères et
de nos épouses en Europe. Il faut du talent, du courage et même de la témérité pour s'engager dans une telle guerre
dont les enjeux sont multiples et importants. Dans sa vie de tous les jours, Amely James Koh Bela fait preuve de ces
qualités-là. Toutes ses activités ainsi qu'on le percevra à travers cette interview sont motivées par le souci de contribuer
à la construction d'un nouvel horizon d'espérance pour des millions de femmes et d'enfants à qui on a tout
volé jusqu'à l'innocence, la jeunesse et l'humanité.
ECOVOX : La prostitution des
Africaines en Occident est
devenue une véritable épidémie sur
laquelle il est urgent d'attirer l'attention
des pouvoirs publics dans nos
pays. Pouvez-vous nous dresser le
tableau de ce phénomène dans son
ampleur actuelle et nous dire selon
quel processus il se développe ?
Amely James Koh Bela : La prostitution
des Africaines en Europe peut être
considérée comme le fléau du millénaire,
et je pèse mes mots. Car la pratique
clandestine dont elle a la spécialité
nous cache la réalité. Découvrir cette
réalité est chose très difficile, et la partager
l'est tout autant faute d'images et de
témoignages.
Pour avoir une idée, aucun trottoir
d'Europe n'est épargné par cette déferlante
noire. En France, les lois de
Monsieur Sarkozy ont " nettoyé " les
rues mais ont accentué la " clandestinisation
" de la prostitution. Il manque
cruellement de chiffres précis même si
le ministère de l'intérieur français a
publié les chiffres de 7% de prostitution
africaine en France en 2000 qui sont
passés à 40% en 2005. Cela vous donne
une idée de l'ampleur du phénomène.
ECOVOX : Si l'ampleur est telle que
vous la présentez, quelles sont les
racines, les causes et les origines de
cette tragédie qui atteint l'Afrique
dans sa dignité profonde ?
A.J.K.B : Les racines de la prostitution,
il faut aller les chercher parfois dans
notre histoire, dans notre rapport " à
l'homme blanc ", dans le pouvoir que
nous lui conférons uniquement par la
couleur de sa peau. Ce complexe que
nous affichons face à lui en privilégiant
tout ce qui vient de lui au détriment de
nos frères et soeurs. Une situation consolidée
par les reliques de l'esclavage. Le
blanc est une référence et tout ce qui
vient de lui est bon. Les familles poussent
les filles dans les lits des blancs car
c'est une fierté d'avoir un gendre blanc.
Nos langues dialectales sont toutes truffées
d'expressions faisant l'apologie du
blanc. Chez les Boulous, on est " beau
comme un blanc ", " on est riche comme
un blanc ", " on mange comme un blanc
" et pour marquer sa différence " on est
comme un blanc ", une référence à l'excellence.
Inconsciemment, cette situation va agir
dans le système éducatif car l'enseignement
qui est transmis aux enfants sème
en eux les graines qui vont favoriser des
situations prostitutionnelles plus tard.
La femme enceinte promet les fesses de
son enfant si c'est une fille à un blanc.
Cela veut dire que pendant toute l'enfance,
la mère va transmettre cette idée
de don au blanc. Si nous creusons
encore plus loin dans nos traditions et
coutumes, nous verrons des situations
d'utilisation du corps des filles comme
" monnaie " d'échange pour
obtenir un bien. On
retrouve ces tribus où les filles aînées n'étaient pas
mariées mais livrées à plusieurs amants
pour le bien de la famille. Chaque amant
avait la charge d'une facture, de la nourriture,
des vêtements, de la dot de différents
frères. Les parents refusaient le
mariage de ces filles dont le destin était
de nourrir la famille par le sacrifice de
leur corps. Les laisser partir était une
perte pour eux. On retrouve d'ailleurs ce
visage de la prostitution dans les nouvelles
formes de la dot en Afrique. Les
parents vendent leurs filles au plus
offrant comme du bétail et ça ne semble
plus choquer personne. Il y a une région
au Nigeria qui perpétue cette tradition
de fille aînée qui ne se marie jamais, et
se voue à la prostitution pour la famille,
ce qui est un grand honneur. Il y a aussi
un Etat nigérian parmi les 36 qui fait
l'apologie de la prostitution.
Il y a également les nouvelles causes, le
chaos économique, les conflits, la pauvreté
dans un continent aussi riche et la
misère. A différencier de la pauvreté qui
est un manque d'avoir tandis que la
misère est un manque d'être. Je crois que
cette dernière est la principale cause de
l'explosion des trafics. La misère avilit,
dévalorise l'être humain. Dans un état de
misère, un homme ne pense plus qu'à
manger à n'importe quel prix.
L'honneur, le respect sont du chinois
pour lui et il est prêt à faire n'importe
quoi pour survivre. C'est dans cet esprit
que l'être devient vulnérable, car son
intégrité humaine est touchée, et les
valeurs foutent le camp. Il n'est plus père
protecteur, il ne transmet plus aucun
enseignement, il n'est plus garant de
rien, il va légitimer les actes les plus
abominables et immoraux pour se justifier.
Il vend ses enfants, commet l'inceste,
prostitue ses enfants et même parfois
sa femme, etc… |
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Amely Koh Bela lors de son passage au CIPCRE
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N'oublions pas aussi l'absence des
femmes dans les foyers car elles travaillent
ou se débrouillent dehors. Résultat :
les enfants abandonnés s'auto éduquent
de façon anarchique parfois sur Internet,
sans filet de sécurité. Il y a enfin la solidarité
familiale qui n'existe plus. Le
nombre d'enfants dans la rue qui ont une
famille le démontre et le constat est
amer : les familles ne s'entraident plus,
c'est la loi de l'individualisme et de
l'égoïsme. Tous ces enfants abandonnées
dans la rue sont du pain béni et du miel
pour les pédophiles et autres touristes
sexuels. Maintenant que les familles
savent que ces enfants sont
un investissement
qui rapporte
gros, il ne faut plus s'étonner que
nos pays soient les nouvelles destinations
touristiques sexuelles les plus en
vue en ce moment.
ECOVOX : Vous êtes engagée dans la
lutte contre le commerce sexuel des
Africaines dans beaucoup de pays
occidentaux. Pouvez-vous nous dire
en quoi consiste exactement votre
lutte : ses objectifs, ses moyens, ses
enjeux et ses résultats actuels ?
A.J.K.B : Mon combat aujourd'hui n'est
plus seulement orienté contre la prostitution.
J'ai dédié ma vie à la cause des
femmes et des enfants. Les premiers
portent et donnent la vie, et les
deuxièmes sont la vie, le monde et la
relève de demain. Ils sont le plus grand
trésor des nations.
Mon premier objectif est de changer
l'image de la femme noire que je suis
moi-même. Je suis aujourd'hui dans un
combat identitaire. Dans ce côté du
monde, nous avons la réputation de
n'avoir rien dans la tête et tout dans le
derrière. Je veux changer cette vision
des choses. Il s'agit aussi de faire prendre
conscience aux Africains que nous
n'allons pas accuser l'Europe chaque fois
que cela nous arrangera. Le trafic des
Africains est tenu par des femmes africaines
qui voyagent à travers le monde
et ont pour marchandises des filles et
des enfants qu'elles vendent sans scrupule
et en toute impunité, car elles ont
des complices haut placés dans chaque
pays qui les couvre. Ce trafic est une
honte et nous, Africains, nous pouvons
le stopper. D'abord en collaboration
avec les associations et ONG, mais aussi
par le soutien des Etats qui doivent comprendre
l'urgence d'agir pour protéger
les filles et les enfants des trafics, l'urgence
de faire des campagnes de sensibilisation
pour prévenir des dangers
consécutifs aux trafics, notamment ceux
liés à la mauvaise utilisation de l'Internet
dont on connaît à présent les dérives et
les pièges. Je voudrais surtout créer un
mouvement de solidarité autour de l'enfant
africain pour le protéger et lui donner
les moyens de grandir en sécurité
loin des violences et abus faits par les
membres des familles proches.
Le plus grand moyen dont je dispose est
ma détermination. J'ai vu des horreurs et
je crois à la réussite de mon travail et
j'irai jusqu'au bout. Jusqu'à présent, j'ai
travaillé en collaboration avec d'autres
associations, mais souvent le rendu n'est
pas à la hauteur des efforts. Je m'efforce
en ce moment de fédérer les forces et de
trouver des fonds pour les campagnes
car les décideurs sont insensibles à ce
sujet pourtant urgent et grave.
L'enjeu est de mettre, face au rouleau
compresseur des associations du Nord
qui écrasent tout sur leur passage, des
associations du Sud compétentes et référencées
qui soient leurs partenaires
incontournables dans toutes les actions
menées en Afrique. L'autre enjeu est que
chacune des associations apporte son
expertise au service de la cause pour des
résultats plus efficaces. Partager nos
méthodes, c'est un atout gagnant pour
les campagnes de prévention et de sensibilisation.
Au bout de plusieurs années, le message
commence à circuler et des voix commencent
à s'élever à travers le continent.
Pour preuve, les artistes camerounais
qui ont rejoint Mayina et qui chantent
gracieusement sont légion : Ayissi le
Duc, Nicole Mara, Douleur, Thesy, Paul
Mbalombog, Vicky Edimo, etc. Je n'ai
jamais autant été sollicitée par les pays
comme le Libéria, la Côte d'Ivoire, le
Gabon, les deux Congo, le Sénégal, le
Bénin, le Togo, l'Angola, l'Afrique du
sud… et le Cameroun où la sollicitation
vient surtout des associations et ONG.
ECOVOX : Aujourd'hui, on se rend
compte qu'à côté de la prostitution
des femmes se développe également le
commerce sexuel des hommes et des
jeunes garçons dans des réseaux de
plus en plus puissants. Comment
voyez-vous ce phénomène et comment
l'analysez-vous en profondeur ?
A.J.K.B : Quand on voit la rentabilité de la prostitution des filles et des enfants, il fallait s'attendre que les
hommes s'y mettent aussi. Ici en Europe,
la prostitution des hommes est très développée
et segmentée. On a les transsexuels
qui viennent d'Amérique du
Sud, des hommes qui se transforment en
femmes avec reconstitution d'organes
génitaux féminins. Ils fonctionnent
comme des femmes et ont des seins artificiels.
Il y a les autres qui se font les
seins mais gardent les attributs masculins.
Nous avons des homosexuels qui
ont un art particulier de vivre car ils ont
des quartiers, des boutiques, des restaurants
et des boîtes de nuit qui leur sont
réservés. Ils ne se mélangent pas à n'importe
qui. C'est un marché très lucratif,
car ils ont des lignes de vêtements, des
parfums, et même les Etats commencent
à créer des lois pour eux.
 |
|
Les Africains sont arrivés sur ce marché
de façon fracassante en présentant le
discount du sexe. Non seulement ils ne
font aucune différence mais ils ont fait
comme les filles : réviser les tarifs à la
baisse pour appâter les clients. Ils se jettent
sur tout : les hommes, les femmes,
les animaux, sans différence et sans protection.
Des pères de familles, des étudiants
qui deviennent des prostitués
homosexuels et zoophiles, qui par ce
biais, peuvent subvenir aux besoins des
parents qui ne se posent pas de questions
sur la provenance subite et rapide de
l'argent qui leur est envoyé. La prostitution
des hommes est aujourd'hui un job
à plein temps qui se fait par téléphone,
par Internet, par annonce dans les journaux
et, dans la communauté africaine,
c'est le |
premier moyen dont disposent
les hommes qui s'y adonnent pour boucler
les fins de mois et se donner l'illusion
d'une vie de riches. Et ceux, même
pour ceux qui sont en couple.
Le plus grave et la nouveauté
c'est le boom du
trafic des mineurs sportifs
africains qui sont
délaissés à eux-mêmes
et se prostituent pour
répondre aux nombreuses
sollicitations
familiales. Un trafic
qui touche particulièrement
le Cameroun, la
Côte d'Ivoire et les
deux Congo dans le
domaine du football,
du tennis. Ces enfants
sont pris dans les
familles qui paient cher
pour soit disant les inscrire
dans des " prétendues
" écoles de football en Europe. Les
passeurs et les faux managers dévalisent
les familles et les enfants sont rejetés sur
les trottoirs d'Europe. Ce trafic prend
tellement d'ampleur que des sportifs
organisent des soirées pour sensibiliser
l'opinion sur cette arnaque.
ECOVOX : Si la prostitution des
femmes et des hommes d'Afrique en
Occident se développe comme elle se
fait aujourd'hui, c'est le signe qu'il
existe un marché lucratif et organisé,
pouvez-vous nous brosser le tableau
de ce marché avec ses clients, ses vendeuses
et ses mécanismes de mise en
esclavage des êtres humains ?
A.J.K.B : S'il y a une chose à savoir,
c'est que la prostitution existe parce qu'il
y a un marché. Il existe des clients pour
toutes les formes de prostitution qui
existent, même celle des enfants. Les
pays d'Europe de l'Ouest ont renforcé les
mesures contre la pédophilie et on a en
France des cyber gendarmes qui traquent
24/24h les pédophiles sur Internet.
Si vous allez sur un site pédophile, vous
êtes immédiatement repérés et vous êtes
arrêtés chez vous dans les cinq minutes
qui suivent. Il est plus facile de vendre
ces enfants dans des pays comme la
Pologne ou l'Autriche où les mesures
sont perméables et où la vigilance n'est
pas de force 10 comme en France.
L'arrivée des africaines dans le marché
de la prostitution de l'enfant est " récente
" : 10 ans tout au plus. La forme clandestine
qui est de prostituer l'enfant dans
l'intimité de l'espace familial est celle à
laquelle j'ai pu être confrontée. Une
forme qui se développe avec pour devise
" l'enfant comme alternative à la misère
" ou " enfants contre papiers ". Des
malades peuvent alors en toute tranquillité
abuser des enfants sans rien risquer
et vont même jusqu'à épouser les mères
et reconnaître ces enfants. Ce qui permet
à tous d'arborer de nouvelles identités.
C'est un système de débrouille comme il
en existe des milliers sauf que la marchandise,
ce sont des enfants qui n'ont
pas 10 ans. Ce trafic a d'ailleurs donné
lieu à un autre trafic dans les ministères
des pays d'origine de ces enfants car certains
fonctionnaires se font de l'argent
en facilitant l'obtention des papiers permettant
la sortie de ces enfants de leurs
pays d'origine. Il y a aussi Internet. Je
travaille en ce moment sur une piste de
vente d'enfants suite à une annonce
parue sur Internet. L'affaire est confiée
au parquet de la ville d'Epinal. Les premiers
résultats révèlent que l'annonce
vient du Cameroun. Ils indiquent même
le prénom laissé par la femme.
En Afrique, la pédophilie est aussi bien
pratiquée par les Africains que par les
Occidentaux : je prends le cas de l'association
l'Avenir de l'Enfant du Sénégal
qui nous donne le chiffre de 60% des
pédophiles au Sénégal qui sont des
Sénégalais. Au Cameroun, l'enquête co
réalisée par vos services (par le CIPCRE,
ndlr) a montré que 40% des jeunes
filles entre 5 et 18 ans disent avoir été
sexuellement exploitées soit à l'école
soit en famille. A force de voir les films
sur Internet, la curiosité, la perversité les
poussent à " essayer " ces pratiques criminelles.
Pour ce qui est de la prostitution des
femmes, je renvoie au site de l'association
www.mayina.info ou au mien pour
avoir cette réponse. La question que
vous posez est très large aujourd'hui :
j'ai établi des cartes pour expliquer les
trajectoires et les marchés.
ECOVOX : Quels liens établissezvous
entre la chaîne de la prostitution
externe des Africain(e)s en Europe et
l'exercice du métier de prostitué(e) en
Afrique même ?
A.J.K.B : Au départ aucun, ce sont deux
mondes différents. La filière africaine
ressemble aux filières de l'Est européen
dans le racolage, la violence, le procédé,
les intimidations. Comparées aux prostituées
françaises, elles sont des femmes
qui assurent faire une prostitution "
aseptisée ". Toujours couvertes, elles
choisissent leurs clients, et n'acceptent
pas n'importe quoi. Elles se reposent,
prennent des vacances et sont, pour
certaines, des mères qui se revendiquent " des prostituées
d'origine contrôlée ".
Les Africaines, à côté, font pitié à
voir parce que ne bénéficiant que de
peu de liberté. Elles n'ont ni le choix
du service, ni celui du moment et
encore moins du client. Elles sont
même parfois obligées d'accepter des
clients qui augmentent le prix des
passes pour ne pas utiliser les préservatifs
se mettant ainsi en danger. Elles
travaillent plusieurs heures d'affilée sans
repos et pour couronner le tout, elles
pratiquent les soldes toute l'année.
Le seul point commun avec les filles
prostituées françaises, par exemple, est
que les macs de certaines filles commencent
à s'alimenter chez les proxénètes
africaines afin satisfaire les clients
refusés par les françaises, ceux qu'on
considère comme la racaille des clients.
Ce sont ceux qui sont violents, sales et
refusent de se couvrir : ceux-là sont
réservés aux Africaines.
Quant à la pratique de la prostitution en
Afrique, elle est très archaïque si on la
compare à sa soeur européenne. Les prix
sont différents, les moyens aussi, et il y
a tellement de clients dont la demande
explose qu'on a la possibilité de devenir
riche en Europe en se prostituant. Les
formes de prostitution en Europe sont
tellement variées que tout le monde
trouve son compte et, pour les plus
culottés, l'ascension est fulgurante et la
chute aussi. Les nouvelles pratiques sont
tellement bestiales (zoophilie), cruelles
et dangereuses (fist fucking qui est l'introduction
des membres, bouteilles,
légumes et autres objets dangereux dans
le canal vaginal ou anal des filles)
qu'elles causent des perforations
internes avec des hémorragies et des
infections de toutes sortes, voire des
déplacements d'organes. Quand les filles
sortent de ces passes, elles ont certes un
peu d'argent qui d'ailleurs appartient aux
proxénètes mais elles sont en piteux état.
ECOVOX : Avez-vous le sentiment
que l'Afrique pourrait se donner les
moyens efficaces de juguler ce phénomène
de prostitution, externe comme
interne, dans l'état actuel des choses ?
A.J.K.B : L'Afrique a les moyens de
stopper ce trafic mais les enjeux financiers
énormes ont eu raison de tous. En
France, le chiffre donné est de 3 500
000 000 d'euros par an, une estimation
qui ne tient pas compte de
transferts d'argent
clandestins.
La prostitution
rapporte 10 000 000 000 d'euros
par an à l'ensemble de l'Europe. Vous
voyez que l'argent du sexe donne le vertige.
L'argent de la prostitution a pollué
les mentalités et, dans chaque sphère de
l'Etat, il y a des brebis galeuses qui
feront toujours les beaux jours des trafics.
Il ne faudrait pas arriver au niveau
de la Thaïlande où le produit du tourisme
sexuel représente plus de 60 %
des revenus de l'Etat.
Tout est une question de volonté. Les
ministères des femmes et des enfants et
tous les autres concernés comme la jeunesse,
en parlent comme si c'était un
gâteau qu'on peut mettre au frais et
attendre. Personne n'a compris la notion
de l'urgence. Tout le monde s'en fout. On
vous félicite, on vous promet des
choses, des changements, des séances de
travail qui n'arrivent jamais. L'Union
Africaine fait la sourde oreille pendant
que le continent est prostitué par tous.
C'est un sujet qui ne figure même pas
dans ses priorités. C'est moins important
que l'armement, le pétrole, les diamants,
le bois, le football, le sida, le paludisme,
etc.
Quand il y aura une véritable volonté
politique d'agir, les résultats seront
implacables. Nous avons des ressources
comme nos sportifs, nos artistes, nos
politiques, les acteurs de la vie civile, les
chefs traditionnels, les leaders religieux,
les guides spirituels, les associations des
femmes. En mettant cette synergie en
route, nous construirons une chaîne de
solidarité autour de l'Afrique. Il y a de
l'argent pour les campagnes à l'ONU,
mais les Etats sont plus habilités à le
décrocher que les ONG.
ECOVOX : Quel message pouvezvous
adresser à la jeunesse africaine
qui voit l'Europe comme un eldorado
sans du tout s'interroger sur des phénomènes
comme celui de la prostitution
?
A.J.K.B : Si l'Europe était un eldorado,
on le saurait ; il faut leur dire que l'eldorado
est sous leurs pieds. Il faut aussi
leur dire que l'Afrique est le grenier de
l'Europe. Migrer est un facteur de développement,
mais pour cela il faut se
préparer et rendre gagnante sa migration.
Mais en choisissant la clandestinité,
c'est déjà une dévalorisation
d'eux-mêmes, car ils se constituent "
esclaves volontaires " et misent leur
avenir dans les poubelles de ce continent
qui ne veut pas d'eux, même pas
dans ses poubelles.
Ils disposent de tout ce dont ils ont
besoin pour se réaliser et réaliser leur
rêve chez nous, chez eux. Le respect
passe par l'image qu'on a de soi et les
autres vous la renvoie. En vous présentant
comme des misérables et des quémandeurs,
les autres ne vous considèrent
que comme cela.
Je demande aux jeunes d'être fiers de
leur continent, et seul le travail peut
conduire à un épanouissement dans la
vie. La vie facile et l'argent rapide sont
de bien vilains amis, l'argent mal acquis
ne profite jamais. Comment finissent ces
personnes qui vivent de l'argent mal
acquis ? Mort violente, emprisonnement,
destruction du corps, temple du
Seigneur. Je les invite à une vie plus
saine et respectueuse des valeurs plus
riches et le reste viendra.
Il faut aussi leur dire qu'ils ont une responsabilité
vis-à-vis de leurs pays. Une
responsabilité d'engagement. Leurs pays
ont besoin d'eux et les abandonner pour
un statut d'esclave n'est pas chose reluisante.
Je ne peux pas empêcher les gens
de partir, mais il faut partir la tête haute
et fière et non en longeant les murs et en
les rasant. Les jeunes sont le futur de
leur pays, ils sont la relève. Je leur
demande de se battre pour changer les
choses dans leurs pays au lieu de fuir. La
responsabilité du changement leur
incombe dans le respect de l'autorité et
des autres et dans l'auto application des
droits de l'homme qu'ils revendiquent
haut et fort.
Ce ne sont pas les étrangers qui vont
relever l'Afrique, ce sont les dignes fils
d'Afrique qui relèveront leur mère. Mais
si tout le monde fuit en espérant que les
autres le fassent, nous continuerons
d'être des esclaves de tous en ce début
du troisième millénaire.
De toutes les manières, en choisissant de
partir dans des pays qui ne veulent pas
d'eux et dans des conditions clandestines,
seuls les réseaux des trafiquants de
toutes sortes les y attendent. Il faut
savoir qu'il y a parfois la mort au bout et
cela n'arrive pas qu'aux autres.