D'après Trinquart , entre 80 et
95% des personnes prostituées
présenteraient un lien fort entre
antécédents de violences sexuelles et
entrée en prostitution. Les conséquences
psychiques se manifestent par des troubles
de type dissociatif où il se vit un
réel clivage entre la personnalité prostituée
et la personnalité " privée " de la
personne prostituée, constituant l'aspect
psychique de la décorporalisation. En
tant que mécanisme de défense psychique
contre les agressions et les violences
vécues en situation de prostitution,
le clivage se met en place à la suite
des rapports sexuels non désirés, subis
de manière répétitive. De fait, les états
affectifs prévalant et officiant à des rapports
à caractère sexuel tels, le désir, le
plaisir et le partage, se trouvent complètement
pervertis en situation de prostitution,
de même que la notion de bilatéralité
de l'échange disparaît totalement.
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La
prostitution ne saurait donc être envisagée
du point de vue des relations
d'échanges et encore moins assimilée à
une relation à caractère humain, pas plus
qu'une forme de sexualité. Le fait de
subir ces rapports sexuels de manière
répétitive et non désirée entraîne une
dissociation psychique afin de pouvoir
départager les deux univers de la personne,
et surtout protéger le domaine
privé des atteintes vécues dans le versant
prostitutionnel en se coupant de ce
qui est vécu dans ce dernier. Ce versant
en question n'est que simulation, totalement
factice où toute relation humaine
est artificielle. Les sentiments et les
émotions n'y ayant pas place, ils sont
refoulés car perçus comme des obstacles
par le client de services sexuels.
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D'aucuns émettent quelquefois le voeu
que ces " femmes n'aient pas d'âme ! ".
L'absence de tout affect humain (autre
que négatif, à l'instar de l'assimilation à
un objet sexuel totalement soumis, le
déni de ses désirs,
l'ignorance de son
identité humaine,
le mépris de la
personnalité, en
somme tout ce
qui constitue le
c a r a c t è r e
h u m a i n
unique d'une
personne est
nié et doit
disparaître
au bénéfice
du
r a p p o r t
strictement
commercial)
est extrêmement
destructrice
pour toute
personne vivant cette
situation.
Conséquences physiques
Sur le plan physique, la dissociation
existant sur le plan psychique se manifestera
également, car on ne peut dissocier
de manière contrôlée le ressenti
physique de ce qui se passe dans la tête.
Ces troubles perturbent le fonctionnement
de la sensibilité corporelle des personnes
prostituées, et constituent aussi
des mécanismes de défense : ne plus
ressentir physiquement ce qui n'est pas
désiré. Les manifestations physiques
essentielles vont être des troubles de la
sensibilité nociceptive (ou coenesthésique
), c'est-à-dire, de la sensibilité à la
douleur et aux sensations tactiles (du
toucher), dus à la dissociation " têtecorps
". Dans cette logique, la personne
prostituée pourrait présenter un seuil de
tolérance à la douleur supérieur à la
moyenne très élevée. Elle peut ainsi
supporter des douleurs nettement supérieures
à celles que peut
tolérer la population moyenne.
Des troubles de la sexualité peuvent
également être observés. Celle-ci
devient tronquée, dysfonctionnelle, ou
absente. Les subterfuges utilisés pour se
protéger des sensations physiques liées
à la relation dans la situation de prostitution
affectent, soit " contaminent " la
vie privée, et influencent négativement
la qualité des relations sexuelles privées
que ces personnes pourraient entretenir,
au point de les détruire.