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Nathalie TAMO
Ingénieur Agroéconomiste

AU COEUR DES PRATIQUES
AGRICOLES DURABLES

L'un des défis actuels de l'agriculture durable est de trouver un équilibre entre la logique économique et le souci écologique. Comment les agriculteurs de la région de l'Ouest procèdent-ils pour relever ce défi ? Reportage

Balessing est un village du département de la Menoua où Samuel Nopedseng comme d'autres agriculteurs a opté pour l'utilisation du compost qu'il fabrique à base des résidus des récoltes, des restes de cuisine et des déjections de porc. Le compost et les fientes de poule sont des engrais de fond qu'il utilise sur environ deux hectares de terre exploitées pour les cultures maraichères (poivron, chou, tomate, poireau) et vivrières (maïs, haricot, soja). Dans la région de l'Ouest en raison de la forte densité de la population, les superficies cultivées sont en général de petites tailles mais peuvent aller jusqu'à 12 hectares. L'agriculture intégrée, l'association des cultures, la rotation et l'assolement, les cultures en courbe de niveau, la jachère améliorée, l'utilisation des engrais verts, les cultures en couloirs sont des techniques adoptées par la plupart des paysans pour une agriculture durable. Les parcelles sont cultivées deux fois par an et en dehors des engrais verts qui fertilisent les champs toute l'année, les autres engrais sont apportés uniquement pour la première campagne.

Techniques agricoles

Pour ce qui est de l'entretien des plantes, les méthodes employées sont différentes d'une personne à l'autre. Si Samuel Nopedseng a choisi les pesticides chimiques pour combattre les maladies et les ennemis des cultures, Mme Elise quant à elle préfère pérenniser les méthodes de ses ancêtres. Elle se sert de la cendre pour empêcher le développement des parasites sur les cultures et utilise les feuilles de Crotalaria sp portées à ébullition pour le traitement de certaines maladies des cultures. Dans la localité de Fotchouli où elle vit avec sa petite famille, elle élève les porcs, les poules, les cobayes et les aulacodes dont les déjections lui servent de fertilisants. Elle pratique aussi l'agroforesterie et la jachère améliorée avec le Crotalaria sp. A cause de sa parcelle en pente, Elise pratique les cultures en couloir de façon perpendiculaire à la pente utilisant le calliandra et l'acacia qui sont des légumineuses permettant non seulement d'améliorer la fertilité du sol, mais aussi de lutter contre l'érosion. Toutefois, les intrants organiques produits par chaque agriculteur sont insuffisants au regard de la multiplicité des parcelles exploitées, ce qui les amène à compléter la fertilisation des sols par les engrais chimiques. Téfou Thomas est un agriculteur de la localité de Galim qui, en plus d'associer les engrais de synthèse et les engrais organiques, pratique le zéro labour en seconde campagne, technique qui permet de limiter l'érosion et de réduire le coût de la main d'oeuvre. Il produit en plus des cultures vivrières, le bananier plantain et le palmier à huile qui lui permettent de prendre soin de sa famille. Même si les techniques culturales varient d'une localité à l'autre, il n'en demeure pas moins vrai que l'agriculture nourrit son homme même lorsqu'elle tient compte des préoccupations écologiques et sociales. En plus des profits réalisés dans l'activité, les agriculteurs biologiques tirent leur satisfaction du fait qu'ils contribuent à la bonne santé des populations par la vente des produits sains. Pour Samuel de Balessing, " la fiente et le compost sont les meilleurs fertilisants. Ils nourrissent le sol et le préparent pour les p r ocha i n e s cultures. En plus, ils donnent aux p r o d u i t s a g r i c o l e s tout leur goût naturel ". Quant à Thomas Téfou, ses clients sont particulièrement satisfaits de ses produits et estiment qu'ils ont un goût meilleur que ceux de l'agriculture conventionnelle. Selon plusieurs témoignages, les pratiques utilisées produisent des résultats satisfaisants. Thomas Téfou par exemple récolte 4 tonnes de maïs à l'hectare tandis qu'Elise obtient 187 kg de pommes de terre à partir de 17 kg semés.

Grâce à la qualité de leurs produits, les agriculteurs biologiques ont conquis des clients réguliers dans leurs localités et ailleurs. " Nous avons des clients fidèles qui se disent satisfaits de nos produits ", affirment- ils.