Eugène Fonssi
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L'agriculture industrielle aujourd'hui
ENTRE OBSESSION PRODUCTIVISTE
ET
DERIVES DESTRUCTRICES
Que ce soit dans les pays avancés ou dans les pays en voie de développement, deux constantes majeures se
dégagent des pratiques agricoles industrielles. D'abord : l'obsession productiviste et marchande ; ensuite les
tendances destructrices de la santé humaine et des écosystèmes que parfois cette agriculture développe.
Illustration.
L'agriculture moderne a indéniablement
permis d'augmenter
la production agricole tout en améliorant
globalement la sécurité alimentaire
mais l'agriculture industrielle
intensive est de plus en plus critiquée
en raison de ses dérives et des destructions
de plus en plus alarmantes qu'elle
inflige aux écosystèmes naturels.
La première des dérives
indexées a trait aux conditions de travail
des ouvriers agricoles et à leur paupérisation.
Dans la Société des
Plantations Nouvelles de Penja, comme
dans la société des bananeraies de la
Mbome et les Plantations du Haut
Penja ( dossier sur Economie et
Ecologie in Ecovox N°18, Avril-juin
1999), le coût humain de l'industrie
bananière est énorme : les employés
sont soumis à un rythme de travail
infernal. Quand ils ne sont pas absorbés
par la mise en terre des rejetons, ils
épandent les engrais, protègent ou coupent
des régimes, les lavent, les trient,
les pèsent ou les emballent et gare au
pied qui flanche ou à la main qui faiblit.
Pour un rien, on peut être viré à tout
moment ou voir son salaire de misère
coupé. Ce qui compte, c'est l'accroissement
des exploitations, l'augmentation
de la production bananière et la fructification
du capital.
L'agriculture industrielle fait
aussi peser des menaces réelles sur la
sécurité alimentaire. Les boeufs aux
hormones, le poulet aux dioxines, les
maladies de la vache folle et de
Kreutzfelt-Jacob, les contaminations
bactériennes d'aliments, et la tremblante
du mouton font planer des risques
de tous bords sur la santé de
l'homme en dépit des progrès qui ont
été faits en matière d'hygiène, de salubrité
et de contrôle bactérien des produits
alimentaires. Dans cette perspective,
l'activité agricole n'est plus seulement
l'affaire de l'exploitant. Elle est
aussi et surtout celle des consommateurs.
De nombreux déchets sont
imputés à l'agriculture industrielle. A
Njombe-Sud, chaque allée de plantation,
chaque artère, chaque maison et
même chaque coin et recoin du cimetière
local peuplé de bouts de plastique
bleu qui, comme on le sait, est un
déchet non biodégradable et comme on
ne le sait peut-être pas, est imprégné
d'insecticide et donc doublement toxique
à la fois pour ceux qui l'utilisent
pour divers emballages et pour le sol
qui en reçoit chaque jour.
Au fait, l'une des plus grandes
menaces que fait peser l'agriculture
industrielle sur les écosystèmes, c'est la
pollution. Et d'abord la pollution des
sols notamment par les métaux (cadmium
issu des engrais phosphatés,
plomb, cuivre et autres métaux issus
des pesticides ou des boues d'épuration
riches en métaux lourds). Lorsque les
sols sont soumis à un rythme de production
effréné et qui plus est, à
l'agression des émissions de polluants,
leur fertilité organique ne peut qu'en
prendre un coup.
La pollution des sols a pour
effet direct de se répercuter aussi sur les
eaux et plus grave encore, sur les nappes
phréatiques. Comme dans un système
de vases communicants, les
industries agro-alimentaires rejettent
dans l'environnement des eaux résiduaires,
lesquelles à leur tour vont polluer
les sols et les eaux. Les engrais
chimiques et les pesticides sont responsables
de cette pollution entretenue par
l'agriculture industrielle.
La conquête de nouvelles terres
pour la création des plantations
industrielles avec ce que cela comporte
de suppression des écosystèmes,
entraîne une érosion de la biodiversité.
Suite à la pression humaine sur les terres
mais aussi à l'installation de la
Société de Développement de la
Riziculture dans la plaine des Mbo
(SODERIM) à Santchou, de nombreuses
espèces fauniques ont disparu dans
la localité ou s'en sont éloignées
comme les éléphants.
L'agriculture industrielle ne
désorganise pas seulement la biodiversité.
Ses effets et impacts négatifs sont
une source importante d'ammoniac et
de méthane. Ce dernier gaz est réputé
21 fois plus puissant que le CO2 et
contribue au réchauffement climatique
dont on déplore partout aujourd'hui les
dégâts et dont l'agriculture est paradoxalement
une des premières victimes.
Au total, l'agriculture industrielle,
en plus d'installer les ouvriers
agricoles dans un cycle continu de paupérisation,
est génératrice de risques
divers aussi bien sur la santé humaine
que sur l'équilibre des écosystèmes.
Dans sa course au gigantisme, cette
agriculture se délocalise de plus en
plus, constituant même, à travers les
oligopoles agro-alimentaires, une
menace sérieuse à la souveraineté alimentaire
des Etats.
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