Gilbert Soffo
Ingénieur Agro économiste |
AGRICULTURE
ET MONDIALISATION
En plus de s'être muée en une " agriculture des vaches folles, des volailles et porcs nourris aux produits
transgéniques, aux boues d'épuration, de la campagne désertifiée, aux eaux souillées par les nitrates et les
pesticides " (Le Monde diplomatique janvier 2001, article de Paol Gorneg), l'agriculture mondiale a été libéralisée
au grand dam des petits producteurs du Sud. Les multinationales de l'agrobusiness et les entreprises
d'élevage et de culture de blé, de maïs et de riz inondent les marchés du monde de leurs excédents à des prix
inférieurs aux coûts de production locale. La mondialisation version néolibérale a développé de nombreux
effets pervers sur l'agriculture et aggravé la faim qui paradoxalement perdure au siècle de toutes les abondances..
Explications et enjeux multiformes.
Lorsqu'on examine le fonctionnement
de l'économie
agricole marchande, on se
rend compte qu'un certain nombre de
mécanismes savamment huilés et
entretenus par des lobbies capitalistes
occidentaux et relayés dans nos pays
par des potentats locaux sans foi ni loi
sont en oeuvre. Les lois du marché
sont inéquitablement élaborées : les
divers accords et négociations commerciaux
couronnés par des textes,
conventions, traités, des sommets,
etc. où l'on se perd parfois en cherchant
à comprendre (fait non innocent)
sont une illustration éloquente.
Il serait ennuyeux de décrire tout ce
qui s'est passé depuis les accords du
GATT, en passant par l'OMC, les
APE, etc.) et les accords secrets des
différents sommets au cours desquels
les " grands du monde " décident du
sort des affamés sans eux. Lorsque les
altermondialistes tentent de porter
leurs voix ils sont maltraités et chassés
avec les moyens issus des efforts
des producteurs. Les multiples échecs
et désaccords qui surviennent lors des
rencontres de l'OMC, du G8, du G20
et les autres G à venir, ainsi que des
différents sommets de l'OUA devenue
UAsans changement de contenu ni de
mode de fonctionnement, le NEPAD
qui nous avait laissé présager un
espoir sont des indicateurs qui
démontrent clairement que l'économie
agricole marchande est dominée
par des politiques capitalistes.
Quelques faits et méfaits actuels de
la mondialisation néolibérale de
l'économie agricole africaine
Selon la FAO, la faim dans le
monde bat un nouveau record historique
en 2009 : l'humanité compte désormais
1 milliard 02 millions de personnes
victimes de la faim, soit une
personne sur six, principalement au
Sud. En un an, ce sont plus de 100
millions de personnes supplémentaires
qui sont venues grossir les rangs
de celles en état de sous-alimentation
chronique. Sur tous les continents, la
famine se répand, le tableau est déjà
monstrueux, odieux, insupportable et
la FAO annonce une augmentation de
11% pour l'année 2009.
Voilà une preuve par neuf qui
montre et résume l'échec du capitalisme
néolibéral mondialisé. De quoi
s'agit-il exactement ? Pour illustration,
lisez plutôt ces extraits de l'article
de Jérôme Duval paru dans "
Comité pour l'Annulation de la Dette
du Tiers Monde - n° 39 - Juillet - Août
2009 ":(...)
" Alors que nous produisons
suffisamment d'aliments pour nourrir
l'humanité entière, les peuples crèvent
de faim. Quelle en est la logique
hormis celle du profit avant l'homme
? Celle de la loi du plus fort dénuée
de morale au service du commerce ?
L'important est de rembourser les
créanciers, exporter et enrichir les
multinationales de l'agrobusiness, le
reste n'est qu'anecdotique. Même
l'aide alimentaire gérée par le PAM
(Programme alimentaire mondial) est
ambigüe : quand elle ne sert pas à
écouler les stocks en surplus, elle en géniques
à des pays du Sud qui y sont
réfractaires afin d'accroître les profits
de cette agro-industrie.
Le G8 s'est empressé d'inclure
le sujet à son ordre du jour,
mais comment ce G8 peut-il agir
pour des politiques réellement émancipatrices
en matière de souveraineté
alimentaire alors qu'il est au service
des grands créanciers et des sociétés
multinationales ? Renoncera-t-il aux
politiques qu'il a lui-même fait mettre
en oeuvre par le FMI et la Banque
mondiale, engendrant pauvreté et
famine ? ...En plus d'être illégitime, le
G8 est incapable d'éradiquer la
misère et la faim, tout autant que le
FMI et la Banque mondiale. Agissant
de concert, ce trio infernal accompagné
de l'OMC n'a fait qu'aggraver la
misère humaine du plus grand nombre
tout en augmentant les profits de
quelques-uns. Et pour couronner le
tout, il sauve la mise aux responsables
de la crise financière en cours
(...)
Les politiques d'ajustement
mises en oeuvre par ces mêmes institutions
sont en effet responsables de
la scandaleuse augmentation de la
faim : l'agriculture intensive principalement
dédiée à l'exportation pour
permettre le remboursement de la
dette est imposée au détriment d'une
agriculture familiale génératrice de
sécurité alimentaire. L'exode rural et
la surpopulation des bidonvilles à la
périphérie des mégapoles en sont la
conséquence directe. La Banque
mondiale promeut l'expansion des
agro-carburants, réduisant ainsi la
surface cultivée pour l'alimentation.
Les pays membres de l'ONU se sont
engagés, à travers les Objectifs du
Millénaire pour le Développement, à
réduire de moitié la population souffrant
de la faim entre 1990 et 2015.
En juin 2008, les pays membres de la
FAO avaient réaffirmé cette volonté.
On ne se bat pas pour abolir la torture
de la faim, on se contente de vouloir
la réduire de moitié. Pourquoi ne
pas en réclamer l'éradication totale ?
(...)
La situation de la faim dans
le monde est de plus en plus aggravée
avec la quête des terres arables et fertiles
par des occidentaux au profit de
ces multinationales crapules et
imbues du lucre en permanence. On
assiste à une razzia des capitalistes
chinois et autres sur des terres surtout
en Afrique pour promouvoir une agriculture
dont l'objectif premier est de
produire de l'argent et satisfaire à
long terme les besoins de leurs populations
respectives dont la croissance
est de plus en plus importante.
Le fait inquiétant est que ces
néo-colons arrivent, achètent des terres
et utilisent les propriétaires de ces
terres comme main d'oeuvre avec la
bénédiction des potentats au pouvoir
qui leur accordent des facilités d'exploitation
et de résidence sous le fallacieux
prétexte de la coopération et
des accords économiques négociés le
plus souvent dans l'ombre.
Peut-on empêcher cet accaparement
des terres ? "
Juridiquement, non. Depuis que la
Banque mondiale a déclaré dans les
années 1990 le principe d'universalité
des terres, tout le monde peut légalement
les acheter, observe Christian
Bouquet, spécialiste en géopolitique
(CNRS-université de Bordeaux).
Quelques pays comme le
Mexique ont promulgué des lois
visant à limiter cette nouvelle forme
de "délocalisation" afin de conserver
leur souveraineté alimentaire. Mais
les groupes multinationaux les respectent
plus ou moins. " Tout
dépendra donc de la façon dont les
contrats seront négociés et appliqués
localement. Et de la manière dont l'intérêt
des petits paysans sera pris en
compte (droit et accès à la terre,
reforme foncière et agraire, etc.).
En avril 2008, "GRAIN " a
publié un rapport sur les sommes
énormes qu'a engrangées l'agrobusiness
en profitant de la crise alimentaire.
Une année est passée. Les nouveaux
résultats financiers sont là. Les
choses ont-elles changé ? C'est le
commerce de la faim : les grandes
entreprises persistent et signent.
L'an dernier, au plus haut de
la crise alimentaire, une bonne partie
des plus grandes entreprises du
monde publiaient leurs résultats
financiers pour 2007. Partout dans le
monde, des gens manifestaient dans
les rues parce qu'ils ne pouvaient plus
manger correctement. C'est sur cette
toile de fond que, l'un après l'autre,
les géants de l'agroalimentaire sont
venus, sans gêne aucune, annoncer
des bénéfices record. Jamais les
négociants de céréales comme Cargill
ou ADM, les semenciers ou les entreprises
de pesticides comme Syngenta
ou Monsanto et les fabricants d'engrais
comme Potash Corp et Yara,
n'ont connu de circonstances plus favorables à leur résultat/solde final. Pour beaucoup, les bénéfices record qu'elles
avaient faits en 2007 sont dérisoires par rapport à ceux de 2008.
Quelques chiffres éloquents :
Principales acquisitions des terres en Afrique (Rapport de l'Institut International de l'Environement et du Développement juin 2009)
Au rythme où se développe l'agriculture mondiale, il n'est pas évident qu'un terme soit mis au système alimentaire
actuel qui tend à engraisser les uns tout en affamant les autres.
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