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Dr Guillaume FONGANG
Université de Dschang
LES FAIBLESSES DE L'AGRICULTURE MONDIALE

Après la deuxième guerre mondiale, des dispositifs techniques et organisationnels ont été mis en place dans les pays développés pour promouvoir une agriculture capable de nourrir leurs populations et dégager le surplus pour l'exportation. Les progrès techniques doublés d'une volonté politique ont favorisé une intensification de la production qui a permis de satisfaire les besoins alimentaires et de faire de l'agriculture un secteur clé de l'économie. Ces modèles productivistes ont conduit à la surproduction dans les pays occidentaux entrainant la baisse des prix d'achat des produits agricoles et la réduction des marges obtenues par les producteurs. Pour maintenir l'activité agricole et assurer la compétitivité de leurs produits face à la concurrence internationale, des systèmes d'aide et de subventions ont été mis en place. Ces systèmes biaisent les règles des échanges prônées par l'OMC et plombent les principales filières émergentes et vitales des pays en voie de développement. On se souvient bien de l'inondation des marchés africains par les découpes de poulet importées vendues à vil prix et sans véritable contrôle sanitaire sur les marchés africains. On peut aussi évoquer les importations de la poudre de lait, des céréales (maïs, riz) et des oignons qui mettent au chômage de nombreuses familles et déstructurent les économies locales dans les pays en développement.

Du point de vue écologique, la spécialisation des productions (cultures pures de céréales sur des parcelles et des bassins de production traitées de façon homogène), la standardisation des produits (homogénéisation dans la présentation des produits, sélection des variétés) et l'intensification de l'utilisation des produits agrochimiques ont conduit à des pollutions de l'atmosphère (gaz à effet de serre, pesticides, etc.) et de l'hydrosphère (nitrates, pesticides, etc.), et à la réduction de la biodiversité suite à l'homogénéisation des paysages et à l'utilisation des pesticides), dégradant ainsi l'environnement et accentuant les risques sanitaires liés à la consommation des produits agricoles et à l'inhalation de l'air pollué.

Des réalités différentes

faiblesses de l'agricultureCes modèles " productivistes " ont été très peu diffusés dans les pays en développement et malgré tout, les résultants en termes d'augmentation de la production ont été loin des espoirs. L'agriculture et l'élevage y sont pratiqués par la majorité de la population qui du reste est la plus pauvre. Les exploitations familiales n'ont pas accès aux facteurs de production. L'accès au foncier est difficile dans les régions saturées. L'accès aux intrants (engrais, semences, aliments concentrés) relève de l'exception (filières des produits de rente) à cause du faible pouvoir d'achat des producteurs isolés et des difficultés qu'ils ont pour accéder aux crédits à des taux raisonnables. Les producteurs ne sont pas solidement structurés autour des filières, ce qui les fragilise et limite leurs capacités à augmenter les niveaux de production et à faire face à la concurrence des produits importés. Cette situation a été aggravée par la libéralisation du secteur agricole.

Les rendements restent faibles et l'accroissement des niveaux de production s'appuie le plus souvent sur l'extension des surfaces cultivées et sur la valorisation d'une importante main d'oeuvre sous rémunérée. Faute d'accompagnement suffisant (absence de moyens financiers et techniques et organisationnels), les terres continuent à être cultivées sans restitution suffisante de la matière organique ni entretien de leur fertilité, ce qui conduit généralement à une baisse drastique de leur potentiel productif qui plombent les rendements et les niveaux de production. De plus, la restriction ou la dégradation des aires de pâturages et l'absence de cultures fourragères limitent la production extensive de ruminants. Or cette tradition de production extensive connait aujourd'hui ses limites dans de nombreux contextes où l'espace est saturé. Dans les écosystèmes forestiers où l'agriculture itinérante sur brulis est pratiquée, le maintien de la biomasse ligneuse comme source de séquestration du carbone est menacé. De même, en zone de savanes humides ou sèches, les zones cultivables arrivent aujourd'hui aux portes des aires protégées nécessaires à la préservation de la biodiversité.