Après la deuxième guerre
mondiale, des dispositifs
techniques et organisationnels
ont été mis en place dans les pays
développés pour promouvoir une
agriculture capable de nourrir leurs
populations et dégager le surplus pour
l'exportation. Les progrès techniques
doublés d'une volonté politique ont
favorisé une intensification de la production
qui a permis de satisfaire les
besoins alimentaires et de faire de
l'agriculture un secteur clé de l'économie.
Ces modèles productivistes ont
conduit à la surproduction dans les
pays occidentaux entrainant la baisse
des prix d'achat des produits agricoles
et la réduction des marges obtenues
par les producteurs. Pour maintenir
l'activité agricole et assurer la compétitivité
de leurs produits face à la
concurrence internationale, des systèmes
d'aide et de subventions ont été
mis en place. Ces systèmes biaisent
les règles des échanges prônées par
l'OMC et plombent les principales
filières émergentes et vitales des pays
en voie de développement. On se souvient
bien de l'inondation des marchés
africains par les découpes de poulet
importées vendues à vil prix et sans
véritable contrôle sanitaire sur les
marchés africains. On peut aussi évoquer
les importations de la poudre de
lait, des céréales (maïs, riz) et des
oignons qui mettent au chômage de
nombreuses familles et déstructurent
les économies locales dans les pays
en développement.
Du point de vue écologique,
la spécialisation des productions (cultures
pures de céréales sur des parcelles
et des bassins de production traitées
de façon homogène), la standardisation
des produits (homogénéisation
dans la présentation des produits,
sélection des variétés) et l'intensification
de l'utilisation des produits agrochimiques
ont conduit à des pollutions
de l'atmosphère (gaz à effet de
serre, pesticides, etc.) et de l'hydrosphère
(nitrates, pesticides, etc.), et à
la réduction de la biodiversité suite à
l'homogénéisation des paysages et à
l'utilisation des pesticides), dégradant
ainsi l'environnement et
accentuant les risques
sanitaires liés à la
consommation des produits
agricoles et à
l'inhalation de l'air pollué.
Des réalités différentes
Ces modèles " productivistes
" ont été très
peu diffusés dans les
pays en développement
et malgré tout, les résultants
en termes d'augmentation
de la production
ont été loin des
espoirs.
L'agriculture et l'élevage y
sont pratiqués par la majorité de la
population qui du reste est la plus
pauvre. Les exploitations familiales
n'ont pas accès aux facteurs de production.
L'accès au foncier est difficile
dans les régions saturées. L'accès
aux intrants (engrais, semences, aliments
concentrés) relève de l'exception
(filières des produits de rente) à
cause du faible pouvoir d'achat des
producteurs isolés et des difficultés
qu'ils ont pour accéder aux crédits à
des taux raisonnables. Les producteurs
ne sont pas solidement structurés
autour des filières, ce qui les fragilise
et limite leurs capacités à augmenter
les niveaux de production et à
faire face à la concurrence des produits
importés. Cette situation a été
aggravée par la libéralisation du secteur
agricole.
Les rendements restent faibles
et l'accroissement des niveaux de
production s'appuie le plus souvent
sur l'extension des surfaces cultivées
et sur la valorisation d'une importante
main d'oeuvre sous rémunérée. Faute
d'accompagnement suffisant (absence
de moyens financiers et techniques et
organisationnels), les terres continuent
à être cultivées sans restitution
suffisante de la matière organique ni
entretien de leur fertilité, ce qui
conduit généralement à une baisse
drastique de leur potentiel productif
qui plombent les rendements et les
niveaux de production. De plus, la
restriction ou la dégradation des aires
de pâturages et l'absence de cultures
fourragères limitent la production
extensive de ruminants. Or cette tradition
de production extensive connait
aujourd'hui ses limites dans de nombreux
contextes où l'espace est saturé.
Dans les écosystèmes forestiers où
l'agriculture itinérante sur brulis est
pratiquée, le maintien de la biomasse
ligneuse comme source de séquestration
du carbone est menacé. De
même, en zone de savanes humides
ou sèches, les zones cultivables arrivent
aujourd'hui aux portes des aires
protégées nécessaires à la préservation
de la biodiversité.