
Prof. François KAMAJOU
Université de Dschang |
Alimentation, sécurité, souveraineté
lES INGREDIENTS DE LA DEVISE AGRICOLE
Trois enjeux de fond sous-tendent l'activité agricole de par le monde : la sécurité alimentaire, la souveraineté
alimentaire et la souveraineté. Que recouvrent ces concepts et comment comprendre l'articulation entre eux.
Le concept de sécurité alimentaire
remonte aux
années 70. On peut associer
la naissance de ce concept à la
grande crise alimentaire de 1973.
Cette crise qui était ressentie particulièrement
en Afrique avait pour principale
cause la grande sécheresse. On
a parlé à cette époque de l'autosuffisance
alimentaire, concept qui renvoyait
alors à la capacité d'un pays de
produire suffisamment(en quantité et
en qualité) de vivres pour nourrir
toute sa population, sans dépendre de
l'extérieur. Il s'agissait alors de la simple
disponibilité physique.
Autour des années 80, une
autre dimension fut ajoutée au
concept, celle de l'accessibilité économique,
signifiant que la disponibilité
physique, bien que nécessaire,
n'était pas une condition suffisante
pour garantir l'accès de toutes les
populations aux vivres nécessaires
pour une bonne alimentation. Il fallait
donc qu'en plus, toutes les populations
détiennent un pouvoir d'achat
leur permettant de s'approvisionner
suffisamment en aliments
Dans les années 90, le
concept de la sécurité alimentaire fut
étendu à l'aspect nutritionnel. Il fallait
que les vivres disponibles et
financièrement accessibles puissent
permettre aux populations une nutrition
adéquate. Le concept est donc
devenu sécurité alimentaire et nutrition.
La décennie 2000 voit le
concept s'élargir pour prendre en
compte les aspects de vulnérabilité et
de gestion des risques c'est-à-dire
être capable de faire face aux situations
imprévues telles que les désastres
naturels.
C'est cette dernière conception
de la sécurité alimentaire qui a
amené la FAO à proposer la définition
opérationnelle suivante : un pays
jouit de la sécurité alimentaire " lorsque
toute la population à tout moment
a un accès physique et économique à
une alimentation suffisante, saine et
nutritive lui permettant de mener une
vie confortable et active "1
Développements théoriques responsables
de la sécurité alimentaire en
Afrique subsaharienne
.Plusieurs développements
théoriques de la fin des années 5O et
des années 60 sont en partie responsables
de l'insécurité alimentaire qui a
fait son lit au Cameroun et en
Afrique. Nous en rappelons les 3 qui
ont marqué de manière significative
le schéma de développement en
Afrique. Il s'agit d'abord du modèle
de croissance à 2 secteurs proposé
par Arthur Lewis qui faisait du secteur
agricole un simple pourvoyeur
du secteur industriel en facteurs
(main d'oeuvre, matières premières) et
en produits (aliments pour la consommation
des travailleurs du secteur
industriel). Il s'agit ensuite de la théorie
des effets d'entraînement développée
pat Albert Hirshman qui privilégiait
le secteur industriel au détriment
du secteur agricole qui, d'après lui, ne
possède presque pas d'effets d'entraînement.
Il s'agit enfin de la théorie du
déclin séculier ou du centre et de la
périphérie. Cette dernière théorie
développée par Raul Prebish soutient
que les pays en voie de développement
et exportateurs presqu'exclusivement
de matières premières souffriront
en permanence de la détérioration
des termes de l'échange.
Souveraineté alimentaire : un
prolongement de la sécurité alimentaire
La souveraineté alimentaire,
d'après les concepteurs de cette terminologie,
est une alternative à la libéralisation
aveugle du commerce agricole
mise en avant par l'OMC. Ce
concept a été discuté pour la première
fois au Sommet mondial de l'alimentation,
organisé par l'Organisation des
Nations Unies pour l'alimentation et
l'agriculture (FAO), sommet tenu à
Rome en 1996. On se rappelle que
c'est toujours en 1996 que la définition
opérationnelle de la sécurité alimentaire
présentée ci-dessus a été
élaborée.
La vision de la souveraineté
alimentaire devrait à terme :
- privilégier la production locale d'aliments
et favoriser les circuits courts
entre producteurs et consommateurs ;
- encourager les exploitations familiales
et à dimension humaine et promouvoir
un juste partage de profits le
long de la filière chaîne ;
- permettre un meilleur contrôle de la
qualité des aliments que l'on
consomme et une protection contre la
concurrence déloyale en provenance
des pays qui à force de subvention de
leur agriculture, pratiquent le dumping ;
- Certaines des préoccupations des militants de la souveraineté alimentaire sont légitimes pour peu qu'on se rende
compte que l'agriculture au sens large et particulièrement l'agriculture vivrière, est un secteur stratégique. Elle permet,
toujours d'après ces militants, de:
* promouvoir l'équité et la justice sociale tout en insistant sur les dimensions nourricières et environnementales de l'agriculture
;
* de prendre en compte les importantes différences climatiques, culturelles et sociales qui ne favorisent pas une juste
concurrence dans un contexte de libéralisation tous azimuts ;
* de définir une stratégie responsable face à la libéralisation aveugle du commerce agricole telle que l'envisage l'OMC.
Sécurité alimentaire, Souveraineté alimentaire et Souveraineté
La sécurité alimentaire est en réalité une condition nécessaire à la souveraineté globale. La souveraineté d'un peuple, il
nous semble, commence par sa capacité à se nourrir convenablement tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Si la souveraineté
alimentaire, comme l'affirment les partisans de ce concept, est un moyen d'assurer la sécurité alimentaire des
peuples, il convient d'ajouter que seuls les peuples politiquement et économiquement souverains peuvent assurer cette
souveraineté, et un peuple qui a faim ne peut pas assumer sa souveraineté. La sécurité alimentaire est donc le départ de
la recherche de la souveraineté alimentaire qui elle-même est tributaire de la souveraineté globale.
La sécurité alimentaire comme l'illustre la figure ci-dessous est un préalable à la souveraineté et à la souveraineté alimentaire.
La souveraineté d'un peuple, à son tour, est une condition nécessaire pour la réalisation de sa souveraineté alimentaire
et cette dernière facilite la souveraineté.
Sécurité alimentaire comme préalable à la souveraineté et à la souveraineté alimentaire

La sécurité alimentaire est un droit de l'homme au même titre que les autres droits et devrait même précéder ces derniers.
Il s'agit du droit à l'éducation, la santé, à l'information, au travail, à la participation, etc. Jean Ziegler, rapporteur
de la Commission des Droits de l'homme de l'ONU définit la sécurité alimentaire comme " le droit d'avoir un accès régulier,
permanent et libre, soit directement, soit au moyen d'achats monétaires , à une nourriture quantitativement et qualitativement
adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et
qui assure une vie psychique et physique, individuelle et collective, libre d'angoisse, satisfaisante et digne ".
Hiérarchisation des droits de l'Homme et du Citoyen

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