Si nous savions que la jeunesse est plurielle, qu’elle est urbaine et rurale, scolarisée et déscolarisée, lettrée et illettrée, en chômage déguisée et en chômage complet, qu’elle a des frustrations autant qu’elle a des attentes, qu’elle nourrit des ambitions autant qu’elle a, à son actif, des réalisations dignes d’intérêt, qu’elle sait être indomptable comme des lions mais aussi qu’elle peut être moutonnière, nous ne tomberions pas dans le péché de l’homogénéisation lorsque nous parlons d’elle. Nous serions plus circonspects et moins carrés, plus nuancés et moins arbitraires dans les politiques que nous concoctons pour elle et parfois sans elle.

Si nous savions que l’école est la clé de l’avenir, qu’elle doit préparer à résoudre les problèmes de la vie et non à s’y résigner, qu’elle doit apprendre la créativité et non être un facteur d’asservissement et d’habiles conditionnements, nous mettrions un terme au psittacisme et à la promotion de savoirs morts. Nous enseignerions aux jeunes à relier toute connaissance apprise aux situations de la vie, et plus généralement, à faire dialoguer en permanence les savoirs pour fonder de nouveaux savoirs et questionner les certitudes les plus ancrées. Nous leur enseignerions leurs langues maternelles pour leur permettre d’exprimer et d’assumer leur identité culturelle profonde. Nous ne les laisserions pas prendre de vertigineuses libertés avec les normes environnementales. Pour cela, nous ferions de l’éducation relative à l’environnement une priorité en mettant tout en oeuvre pour qu’elle soit le vecteur d’acquisition de connaissances, d’aptitudes et d’attitudes orientées vers la sauvegarde de la création, de toute la création et des liens vitaux qui l’animent et la pérennisent. 

Si nous savions que le prix de la violence, c’est la mort, que la violence n’est pas une solution, -même conjoncturelle-, mais un problème structurel, nous ne répondrions pas à la violence des jeunes par la violence, mais par la non-violence. Pour le philosophe français Jean Marie Muller, « Jamais, nulle part, la violence n’est la solution. Toujours, partout, la violence est le problème. Jamais, nulle part, la violence ne dénoue le noeud du conflit. Toujours, partout, elle ne fait que le resserrer. Jamais, nulle part, la violence n’apporte la justice. Toujours, partout, la violence redouble l’injustice…Jamais, nulle part, la violence n’apporte la victoire. Toujours, partout, la violence est une défaite, un drame, un malheur, une tragédie ». Comprendre et intégrer cette philosophie revient à « construire les ponts et détruire les murs » entre les jeunes et nous. Les ponts ouvrent des passages là où les murs forment des blocages. Face aux multiples contestations des jeunes, nous avons très souvent dressé et entretenu entre eux et nous des murs de haine sournoise au lieu de bâtir des ponts par-dessus nos malentendus pour promouvoir en toute lucidité le dialogue inter générationnel. Nous avons parfois préféré à la chaleur des débats le fracas des combats, reléguant aux oubliettes les vertus de la négociation et le devoir que nous avons de protéger les droits des plus jeunes. 

Si nous savions que les zones rurales de nos pays ont besoin de bras jeunes pour se développer, nous ne les laisserions pas se vider. Nous y construirions des structures de loisir et des infrastructures de développement. Nous y aménagerions des conditions de sécurité. Nous y engagerions un travail de salubrité matérielle et morale, de désenclavement physique et psychologique. Nous ferions voler en éclat le mythe des villes dans leurs imaginaires et découragerions par le même canal l’exode rural si dramatique pour nos pays aujourd’hui. 

Si nous savions que les jeunes ont besoin d’écoute, qu’ils cherchent plus à se confier à une oreille attentive qu’à entrer dans une logique d’affrontement avec les ainés, nous aurions à leur égard un comportement plus empathique et volontiers plus tolérant. Par notre comportement, nous leur enseignerions la tolérance et nous aurions une chance de faire passer notre message dans la mesure où l’on enseigne plus ce qu’on est que ce qu’on sait ou dit. La force de l’exemple aidant et la leçon s’imposant de génération en génération, le monde n’en deviendrait que plus humain et plus juste. Si vieillesse savait…