Les jeunes Africains n’ont plus confiance en eux et en leur capacité de construire, se construire, réaliser et se réaliser chez eux. Alors beaucoup choisissent ou rêvent d’exode et quittent un « continent de misère », s’exposant aux exactions diverses, aux pièges du désert, aux méchantes vagues de la mer et mourant parfois par centaines dans l’indifférence la plus totale. 

Aux origines de l’hécatombe

Ce n’est pas seulement la crise économique que traverse le continent qui est à l’origine de cette hécatombe. On assiste à une véritable crise spirituelle, doublée d’une crise de conscience. Avec le sentiment d’infériorité de leur continent d’origine chevillé au corps, les jeunes pensent que l’herbe est assurément plus verte ailleurs. C’est une jeunesse clochardisée, délaissée, enfoncée et défoncée qui se présente en esclave aux portes de l’Europe, complètement désespérée. Loin de l’état de pauvreté qui n’est juste qu’un état de manque dans lequel les valeurs humaines priment telles que l’estime de soi, le respect de soi, l’honneur ou la dignité, c’est dans un état de misère qu’ils se présentent. Un état qui avilit, qui transforme les hommes en quemandeurs sans conscience car, dans cet état de misère psychologique, les valeurs foutent le camp et sous le prétexte de survivre ou de se nourrir, c’est la porte ouverte à tous les dérapages. C’est l’échelle des valeurs humaines qui s’est renversée mettant en première place l’argent à tout prix et en dernière, la vie. 

Les jeunes choisissent de partir pour vivre comme des animaux dans le désert marocain en mangeant des racines pour survivre. Leur espoir, les poubelles de l’Europe comme tremplin pour la fortune et la réussite pour leurs familles. Alors, comme des animaux en cage, ils se cognent contre les grillages de la honte installés par le Maroc qui joue les gendarmes de l’Europe en violant toutes les lois sur la dignité humaine. Pris au piège, ils errent sans le courage de rentrer pour ne pas affronter les moqueries ou les fureurs des familles qui attendent de l’argent pour changer leur vie. Pourquoi ne pas partir quand rien n’est fait pour les retenir ? 

Le coût d’un tel voyage vers l’inconnu revient à quelque 5 000 euros, soit plus de plus trois ans de salaire dans la majeure partie des pays d’Afrique subsaharienne. Un vrai capital pour commencer une activité génératrice de revenus. Les familles sont prêtes à sortir ces fonds pour envoyer leurs enfants en Europe et n’en sont pas capables pour les aider à se fixer sur place. L’envie d’aller chez les Blancs est plus forte que tout. Tout y est bon, tout ce qui a rapport au Blanc ne peut être que bon et l’équation Blanc égal riche est plus que vraie. Une forte croyance qui pousse des milliers de jeunes à fuir leur terre natale pour aller se vendre comme esclaves à tout faire. Ils se spécialisent dans de basses besognes, tout ce dont les Européens ne veulent pas. Poussés par le désespoir, ils se dévaluent, se sous-estiment et se vendent toujours au rabais. 

L’Occident peut autant s’avérer une fantastique chance qu’un redoutable cauchemar. Mais personne de ceux qui vivent le pire n’est là pour témoigner, car ils ont honte de leur « échec ». Alors comme des pauvres orphelins et des sans abris, ils vivent dans des conditions inhumaines que leur impose cet exil, et prennent soin de se bâillonner pour taire leur douleur. De toutes les façons, on ne les croirait pas. Une religion du paraître s’installe, ouvrant la porte à tous les faux-semblants, les mensonges et à toutes les fins qui justifient les moyens. Et ceux qui semblent avoir tellement réussi ne sont rien d’autre que de tristes esclaves maltraités, qui vivent dans des immondes taudis où ils sont frappés, violés, humiliés ; Ils vivent dans un monde artificiel, fou et fait de flou et de superflu, où tout brille, un monde haineux et écoeurant de violence et de brutalité. Des escrocs, des trafiquants d’enfants, des criminels de toutes sortes deviennent alors des modèles de réussite vénérés et admirés. Ils fuient leur mère l’Afrique qui se meurt de les voir partir pour un monde qu’ils admirent et qui les rejette de toutes ses forces en violant les plus basiques des droits de l’homme, en piétinant leur honneur, leur dignité et leur respectabilité au nom des lois contre l’immigration et les intérêts de leurs Etats...

A qui la faute ? La société a démissionné de son rôle de garante et de gardienne des valeurs. Elle a cédé face aux biens matériels, valeurs de référence et véritable baromètre pour mesurer « la réussite ». La famille s’est transformée en bourreau en poussant ces jeunes à se sacrifier pour son honneur. Une dette morale qu’ils portent comme un boulet qui entrave leur épanouissement personnel alors interdit. Un enseignement favorisé par un système éducatif implacable où la famille passe avant tout, à qui on lui doit tout et sans qui on n’est rien. Comment en arrive-t-on à sacrifier ainsi ses enfants ? Parce que l’Afrique est pauvre, avanceront certains. Faux. 

pauvre. Loin de là. Même si l’image entretenue par l’Occident et auto entretenue par les africains eux-mêmes reste tenace. Si les entreprises occidentales, à l’image de celles regroupées au sein du Conseil des investisseurs français en Afrique ou de son homologue américain du Corporate council of Africa, sont installées en Afrique, ce n’est pas par philanthropie. Elles y prospèrent. Car l’Afrique est riche. Riche de son sous-sol, riche de ses hommes, riche de sa diversité. On peut tout faire en Afrique et tout est à faire en Afrique. Un continent qui ne doit rien à personne et à qui tout le monde doit tout. Bien exploité, en s’appuyant sur ses potentiels et en développant ses compétences, ce continent peut consciemment devenir, j’en ai l’intime conviction, une véritable plaque tournante de l’économie mondiale. Par expérience je sais, que ça ne sert à rien de faire la morale. La jeunesse veut expérimenter. Mes mots ne sont là que pour cacher mes larmes. Et pourtant, je veux espérer que cela servira à les faire réfléchir. C'est le libre choix, partant du principe qu'on ne peut pas faire le bonheur des gens malgré eux, je me dis que c'est peut-être en ne cherchant pas à imposer mais en laissant la possibilité de faire ou de ne pas faire - mais en toute connaissance de cause – que cette jeunesse prendra conscience que son destin est dans le creux de ses mains et que le trésor à ses pieds. 

Mon cri du coeur Il serait trop facile de rejeter toute la responsabilité de notre condition sur les épaules du Blanc en brandissant les séquelles du colonialisme et les affres du néo colonialisme. Car le but n’est pas uniquement de se faire entendre, mais bel et bien de construire et de partager une nouvelle image de l’Homme, spécialement africain, basée sur ses capacités et ses potentialités. Nos jeunes ont toutes les ressources en eux pour grandir et se développer sur notre continent.

Et il est de notre responsabilité de faire bouger les choses. Nos enfants constituent le plus grand trésor de nos nations. Un trésor que nous devons protéger, carde lui dépend le futur du continent. J’en appelle à chacun, au-delà de tous clivages culturels, politiques et ethniques pour qu’ensemble, nous façonnions un nouveau paradigme pour le développement et une autre Afrique pour nos enfants. C’est mon cri du coeur. Pour que les choses s’améliorent en Afrique, il faut que les Africains changent la vision qu’ils ont de leur continent et d’eux-mêmes. Il leur faut reprendre confiance en eux, en leur potentiel et en leurs ressources. Il leur faut développer des projets concrets, rentables et adaptés à leurs besoins et à leurs réalités socio-économico-ethno-culturelles.

Nous, Africains, devons agir sur les causes plutôt que sur les conséquences de l’émigration clandestine ; montrer que l’exode ne saurait être la seule alternative, et que chacun de nous dispose de tout ce dont il a besoin pour réussir et se réaliser sur place ; aider les hommes et les femmes à opérer des choix dans leurs traditions et à y puiser les moyens de se réaliser. Car je suis persuadée que c’est dans la culture que résident les freins et les solutions endogènes à leur prospérité. De la prospérité générale, naitront les conditions de la promotion de la jeunesse africaine qui se débat encore entre fausses croyances, stéréotypes et illusions d’optique sur l’Occident.